TUNISIE
15/12/2017 09h:14 CET

Entre janvier et novembre 2017, près de 8000 migrants tunisiens ont été arrêtés en Italie selon le Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux

Migrants are seen on a capsizing boat before a rescue operation by Italian navy ships "Bettica" and "Bergamini" (unseen) off the coast of Libya in this handout picture released by the Italian Marina Militare on May 25, 2016. Marina Militare/Handout via REUTERS    ATTENTION EDITORS - THIS PICTURE WAS PROVIDED BY A THIRD PARTY. FOR EDITORIAL USE ONLY.       TPX IMAGES OF THE DAY
Handout . / Reuters
Migrants are seen on a capsizing boat before a rescue operation by Italian navy ships "Bettica" and "Bergamini" (unseen) off the coast of Libya in this handout picture released by the Italian Marina Militare on May 25, 2016. Marina Militare/Handout via REUTERS ATTENTION EDITORS - THIS PICTURE WAS PROVIDED BY A THIRD PARTY. FOR EDITORIAL USE ONLY. TPX IMAGES OF THE DAY

Quelque 307 opérations de migration non réglementaire ont été déjouées depuis le 1er janvier jusqu’au 12 décembre 2017, a souligné vendredi Romdhane Ben Amor, membre du Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES).

Lors d’un point de presse tenu à Tunis à l’occasion de la célébration de la journée internationale des migrants, Ben Amor a indiqué que ces opérations ont abouti à l’arrestation de 3424 migrants, 129 passeurs et 150 embarcations et autres équipements.

Ainsi Sfax est la région qui occupe la première place au niveau du nombre d’opérations de migration irrégulière (112), suivie de Zarzis (34) et Bizerte (32).

L’âge des migrants varie quant à lui entre 15 et 60 ans et 66% sont âgés entre 20 et 30 ans.

D’après les chiffres du FTDES, entre le 1er octobre 2017 et le 04 décembre 2017, 59 opérations de migration non réglementaire ont été enregistrées. Le nombre de personnes arrêtées serait de 1383 dont 2,38% sont des étrangers et 1,3% des femmes.

Romdhane Ben Amor a ajouté que selon le ministère de l’Intérieur italien 7988 migrants tunisiens ont été arrêtés entre janvier et fin novembre 2017 dont 2783 auraient émigré en octobre dernier.

S’agissant du rapatriement "forcé" des migrants tunisiens par les autorités italiennes et tunisiennes, l’intervenant a indiqué que le FTDES estime ce chiffre entre 1560 et 2190 depuis le début de l’année soit un taux qui varie entre 29 et 39% du total des Tunisiens ayant émigré clandestinement vers l’Italie en 2017.

Dans ce contexte, Romdhane Ben Amor a réaffirmé la position du FTDES qui plaide en faveur de la libre circulation des personnes.

Ces Tunisiens, disparus en mer

La conférence de presse a été une occasion pour donner la parole aux parents de jeunes migrants tunisiens dont les corps n’ont pas encore été retrouvés depuis des mois pour les uns, voire des années pour d’autres.

"Depuis la révolution plus de 30 mille jeunes tunisiens ont émigré clandestinement vers l’Italie. 504 d’entre eux, nous avons les preuves qu’ils sont en Italie mais nous ignorons à ce jour leur sort", a souligné Jamel Eddine Mili, l’un des parents.

L’intervenant a rappelé que la commission d’enquête et de suivi du dossier des migrants Tunisiens disparus en Italie n’a fourni aucune information aux parents sur le sort de leurs enfants alors qu’elle a été créée depuis deux ans et elle a les empreintes et les analyses ADN des parents.

"Il s’agit bien du destin de nos enfants et il est hors de question que nous abandonnions cette affaire! L’État doit assumer ses responsabilités et nous fournir des informations sur le sort de nos enfants qu’ils soient morts ou vifs", a-t-il insisté.

"L’Etat doit respecter ses obligations et répondre aux attentes des familles des personnes disparues dans le cadre de la migration non réglementaire, qui ont le droit de connaître le sort de leurs enfants", a souligné pour sa part Romdhane Ben Amor.

Par ailleurs, Romdhane Ben Amor a indiqué que le FTDES appelle aussi le gouvernement à consacrer un terrain à Zarzis pour le transformer en cimetière pour les migrants dont les corps sont retrouvés sur les côtes de la région et revendique la réalisation des analyses ADN pour connaitre l’identité des cadavres.

Le FTDES propose une série de mesure

"L’État doit respecter ses obligations constitutionnelles afin de garantir le respect des droits des Tunisiens - et en particulier des jeunes -par une élaboration urgente de plans de développement pour les différentes régions du pays", a appelé Romdhane Ben Amor. Il a fait remarquer que ceci nécessite des mesures audacieuses dans la lutte contre la corruption, la réhabilitation de la gestion des installations publiques et le travail sur la révision des choix économiques et sociaux qui ont échoué afin de réussir une approche plus globale et ralentir le phénomène de la migration non réglementaire.

Il convient également de respecter les droits des migrants en Tunisie et de réduire les violations économiques, sociales et les atteintes racistes à leur encontre, en particulier à l’égard des femmes, note le FTDES dans un communiqué.

Celui-ci appelle, en outre, à stimuler le Conseil des Tunisiens à l'étranger avec une révision de sa composition en accord avec les observations des associations qui travaillent sur la migration.

Il souligne également la nécessité de promulguer un cadre juridique pour la migration et l'asile en Tunisie, conformément aux exigences de l'article 26 de la Constitution et des Conventions Internationales ratifiées par l’État tunisien et de signer les Conventions Internationales (OIT) (97 et 143) sur la protection des droits des travailleurs migrants ainsi que la Convention des Nations Unies (1990) relative à la protection des travailleurs migrants et de leurs familles, et de la Convention 189 de l'OIT sur les travailleurs et les travailleurs domestiques.

Le FTDES note aussi qu’il faut respecter le droit de libre circulation des personnes et appelle le gouvernement à être transparent lors des négociations avec l'UE et respecter le droit des citoyens à l'information.

"Il convient de rejeter les politiques européennes qui obligent la Tunisie à accepter les politiques d'immigration inégales de l'Europe en contrepartie de l'aide au développement et de geler la coopération en cours avec les pays européens visant à mettre un terme à la migration non réglementaire sans proposer d'alternatives concrètes promouvant et facilitant une migration réglementaire", indique le communiqué.

Par ailleurs, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux appelle l'Assemblée des représentants du peuple à revoir toutes les lois relatives à l'immigration, notamment la loi du 3 février 2004, qui viole à plusieurs reprises les droits des migrants.

Il appelle l’ARP à adopter des lois garantissant les droits des migrants en Tunisie, quel que soit leur statut juridique et à accélérer l’adoption de la loi soumise par le FTDES ainsi que le Comité pour les Libertés et le Respect des Droits de l'Homme (CLRDH) et le Réseau euro-méditerranéen des Droits de l'Homme sur " l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale".

Le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux appelle les pays européens à abandonner les approches sécuritaires dans la gestion du dossier de la migration conformément aux normes internationales et aux exigences de la politique de bon voisinage présumée. Le Forum affirme qu'un véritable partenariat nécessite le respect et l'activation du principe de la liberté de circulation.

Il appelle aussi à la dissolution de l’ "Agence européenne des garde-côtes frontières" et à l'élaboration de politiques fondées sur le respect des droits fondamentaux, y compris " le droit de toute personne de quitter tout pays, y compris le sien. "

Le communiqué souligne la nécessité de garantir le droit de libre circulation des personnes et pas seulement des biens, des équipements, des flux financiers et des échanges commerciaux.

La politique de réinstallation forcée et de détention dans les centres d'hébergement, qui atteignent la dignité humaine, doit être immédiatement arrêtée, ajoute la même source.

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