MAROC
15/12/2017 14h:31 CET | Actualisé 15/12/2017 17h:43 CET

Contre le "repli identitaire", des Corses veulent baptiser une rue du nom d'un ancien combattant marocain

HISTOIRE - C'est un bel hommage que veulent rendre des élus de l'agglomération de Bastia en Corse. Alors qu'une vague nationaliste vient de déferler sur l'île française lors des élections territoriales dimanche 10 décembre, le groupe d'opposition "Mouvement corse démocrate" (MCD) s'apprête à déposer une motion pour rebaptiser une rue du nom d'un des derniers goumiers marocains qui s'est battu pour libérer la Corse pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Ali Nadi, mort récemment dans le Haut-Atlas selon les médias corses, avait participé en octobre 1943 à la libération du premier département français lors des combats contre les Allemands sur le col de Teghime, dans les hauteurs de Bastia. Né en 1924, le sergent-chef Ali Nadi était officier de la Légion d'honneur, titulaire de la médaille militaire et de la Croix de Guerre 39-45. Il avait été décoré par le Général de Gaulle qui lui avait donné le surnom de "Lion de l'Atlas".

goumier marocain ali nadi

"Adieu le lion", titre cette semaine l'hebdomadaire corse Settimana

"Dans un contexte national de repli identitaire, c'est important d'assumer son passé, son histoire. C'est aussi important de dire aux générations futures que des gens qui ne connaissaient pas la France se sont engagés pour elle et que certains sont morts pour la libérer des nazis", explique au HuffPost Maroc Julien Morganti, vice-président de la communauté d'agglomération de Bastia, qui déposera mardi 19 décembre la motion au conseil municipal de la ville. "On a un devoir de mémoire et de reconnaissance envers ces gens qui se sont battus pour une terre qui n'était pas la leur", ajoute-t-il. "Cela force le respect".

Un acte historique et symbolique donc, puisque si la motion est acceptée par les élus municipaux, une rue de la ville du nord de la Corse pourrait être rebaptisée l'année prochaine lors des commémorations des 75 ans de la libération de l'île. Un acte politique aussi, qui intervient quelques jours après la victoire des nationalistes corses aux élections territoriales.

"La Corse est en pleine évolution politique, avec une majorité nationaliste qui ne cesse de rappeler ce qui rattache la Corse d'aujourd'hui avec la Corse du passé pour raviver la flamme nationaliste. C'est très bien, mais il ne faut pas oublier tout le reste. Certains pans de l'histoire de la Corse méritent aussi d'être rappelés et commémorés", estime François Tatti, président de l'agglomération de Bastia, interrogé par le HuffPost Maroc.

Le choix de la rue où devrait être apposé le nom de Ali Nadi n'a pas encore été fait et dépendra de l'acceptation de la motion par le conseil municipal. Mais "le sujet normalement est consensuel donc il ne devrait pas y avoir de problème", explique Julien Morganti. Le Mouvement corse démocrate veut en tout cas "pousser très fort" pour que Bastia rende hommage aux goumiers marocains.

"Il faut élargir notre horizon, qu'on ne reste pas limités à notre petit nombrilisme", indique François Tatti. "L'humanité transcende les frontières. Les goumiers ont fait preuve d'abnégation et de courage qu'il faut rappeler parce que c'est cette exemplarité que nous cherchons", ajoute-t-il. "Au moment où la Corse se vit pour certains comme un territoire à part, je pense qu'elle se doit de rappeler que nous avons besoin de tout le monde pour évoluer dans notre humanité."

Si Ali Nadi est parfois présenté comme le dernier combattant marocain de la libération, il y en aurait encore quelques uns en vie. Un travail d'identification des combattants marocains toujours vivants, dont certains pourraient se trouver au Maroc, est en cours, avec la collaboration du consulat marocain à Bastia. 200 seraient morts pendant les combats en Corse en 1943.

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