TUNISIE
14/12/2017 11h:41 CET

Report des municipales: Des partis d'oppositions refusent, la société civile partagée

A Tunisian woman casts her ballot in the capital Tunis December 21, 2014. Tunisians began voting on Sunday in a presidential run-off election that completes the country's last steps to full democracy nearly fours years after an uprising that toppled autocrat Zine El-Abidine Ben Ali. REUTERS/Anis Mili (TUNISIA - Tags: ELECTIONS POLITICS)
Anis Mili / Reuters
A Tunisian woman casts her ballot in the capital Tunis December 21, 2014. Tunisians began voting on Sunday in a presidential run-off election that completes the country's last steps to full democracy nearly fours years after an uprising that toppled autocrat Zine El-Abidine Ben Ali. REUTERS/Anis Mili (TUNISIA - Tags: ELECTIONS POLITICS)

Alors qu' Ennahdha, Nidaa Tounes et l'UPL, ont demandé à l'Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (ISIE) le report des élections municipales, plusieurs partis et acteurs de la vie politique leurs ont opposé une fin de non recevoir.

Samir Taieb, actuel ministre de l'Agriculture, a affirmé à la radio Mosaïque FM, que lui et son parti Al Massar étaient "contre le report": "Nous sommes pour que les élections aient lieu à la date qui a été prévue" à savoir le 25 mars 2018.

Même son de cloche du côté du dirigeant du Courant Démocrate Ghazi Chaouachi qui a indiqué à la radio Shems FM écarter l'idée que les élections municipales se déroulent " en 2018 ou 2019 parce que ce n'est pas dans l'intérêt des partis au pouvoir". Selon lui, ces dernières n'auront pas lieu avant 2020 ou 2021.

Pour Ghazi Chaouachi, l'échec des partis politiques qui gouvernent actuellement le pays pourrait se retranscrire dans les urnes, d'où la volonté d'Ennahda, de Nidaa et de l'UPL de faire reculer la date des municipales.

Al Badil insiste sur la nécessité d’organiser les municipales le 25 mars 2018

Le président du parti "Al-Badil", Mehdi Jomaa, a insisté sur la nécessité d’organiser les élections municipales le 25 mars 2018, et ce en réponse à la demande de certains partis de reporter cette échéance électorale.

Il a affirmé, mercredi, à Gafsa, lors de la mise en place d'un bureau régional du parti, l’impératif de respecter certaines conditions pour la tenue des municipales, dont l’adoption du Code de collectivités locales qui, a-t-il dit, va clarifier le cadre général relatif au transfert de la prise de décision aux autorités locales.

Le parti "Al-Badil" considère que les candidats aux municipales doivent figurer parmi l'élite de la société civile et les compétences locales et non se présenter sur la base de leur appartenance partisane.

Mehdi Jomaa a fait part de l'existence d'une coordination avec plusieurs partis politiques pour mettre en pratique cette idée.

Al Irada met en garde contre tout report des municipales

Le Mouvement Al Irada a mis en garde, mercredi, contre toute "manœuvre politique" visant le report des élections municipales, à priori, prévues pour le 25 mars 2018.

Le parti s’est également prononcé contre toute activité parallèle qui menace l’indépendance de l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE) et entrave son bon fonctionnement", lit-on dans un communiqué à l’issue d’une réunion de concertation mardi avec l’instance électorale.

Dans le même sillage, Al Irada a appelé l'ISIE à défendre les prérogatives qui lui sont dévolues par tous les moyens légaux et à informer l'opinion publique de toutes les restrictions auxquelles elle est soumise, réaffirmant son soutien absolu à l’indépendance et à la neutralité de l’Instance.

"La date et l'annonce des élections relèvent des prérogatives de l’ISIE conformément aux dispositions de la Loi organique n°2012- 23 relative à l’ISIE ", a indiqué le parti, cité dans le même communiqué et qu'a appuyé le membre du parti Tarek Kahlaoui sur les ondes de la radio Shems FM.

Par ailleurs, Tounes Al-Irada a dénoncé ce qu'il a qualifié de "pression" exercée par la présidence du gouvernement sur l'imprimerie officielle pour ne pas publier le calendrier électoral au Journal Officiel de la République Tunisienne (JORT). Ce calendrier a été annoncé le 24 novembre dernier par l’ISIE.

Le mouvement a dénoncé les tentatives de certaines forces de reporter les élections municipales dans le dessein de déstabiliser l’Instance et de compromettre le processus de la transition démocratique.

Wided Bouchamaoui dit non

Intervenant à Monastir en marge du 9ème congrès de l’Union régionale de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, la présidente de l'UTICA Wided Bouchamaoui a refusé le report des élections municipales: "Je souhaite que les élections municipales ne soient pas retardés" a-t-elle affirmé indiquant que cela va retarder la mise en place d'un climat propice aux investissements dans les régions et retardera donc le développement régional.

La société civile craintive

La question du report ou du maintien des élections municipales suscite également la controverse du côté de la société civile.

Interrogé à ce sujet, la présidente de l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (ATIDE), Leila Chraïbi, a, dit refuser le report des municipales, prévues le 25 mars 2018.

Dans une déclaration accordée jeudi, à la TAP, elle a estimé que "le report ne sert ni l’intérêt des Tunisiens, ni l’intérêt du pays, encore moins celui du processus de transition démocratique qui ne sera parachevé qu’une fois installée la démocratie participative".

D’après elle, le report des municipales aura un impact majeur sur l’image de la Tunisie et portera préjudice à la réputation de l’Instance supérieure indépendante pour les élections qui, a-t-elle dit, a "perdu de sa crédibilité" après le report pour la quatrième fois consécutive de cette échéance électorale.

Il y a un réel manque de volonté politique à organiser les élections, a-t-elle estimé, indiquant que ATIDE tiendra, avec un collectif d’associations, une conférence de presse au cours de la semaine prochaine pour exposer son point de vue au sujet des élections municipales.

De son côté, le coordinateur général du Réseau "Mourakiboun", Rafik Halouani, a apporté son point de vue, plutôt favorable au report des élections.

Il a expliqué que le report des élections permettrait à l’Instance supérieure indépendante pour les élections de préparer convenablement cette échéance.

Pour Rafik Halouani, l’ISIE n’est pas prête à plusieurs niveaux. Le premier concerne l’absence d’entente entre les membres du conseil de l’instance, le second a trait à l’organisation administrative et le troisième se rapporte aux sections régionales, a-t-il précisé.

Il a ajouté que le report permettra, également, à l’ISIE de combler la vacance au sein de l’équipe administrative, surtout après la fin de la mission de dix de ses cadres.

La date des élections n’est plus l’apanage de l’ISIE qui, selon lui, a "renoncé à sa souveraineté en faveur des partis". "Ces derniers s’ingèrent d’une manière directe dans le travail de l’ISIE".

Suite à la demande d'Ennahdha, de Nidaa Tounes et de l'UPL de reporter les élections municipales, dix partis politiques avaient appelé l’ISIE à organiser, dans les plus brefs délais, une réunion de concertation avec tous les partis pour définir la feuille de route pour les élections municipales.

La coalition des partis comporte "Afek Tounes", "Al-Massar", "Al-Badil", "Machrou Tounes", "La Tunisie d’abord", "Al-Joumhouri", "Al-Moubadara", "Al-Moustaqbel", le parti du Travail patriotique et démocratique et le parti de la "Rencontre destourienne".

Mercredi, le chef du gouvernement Youssef Chahed a appelé l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) à poursuivre les concertations avec les parties concernées par les élections municipales afin de décider de la date de leur organisation, a indiqué Farouk Bouasker, membre de l'ISIE.

"Le gouvernement ne présente pas des propositions à ce sujet mais soutient l'instance dans ses décisions", a-t-il fait remarquer dans une déclaration à l'agence TAP.

La rencontre a aussi porté sur la question de la publication du calendrier électoral des municipales au Journal officiel de la République tunisienne (JORT), a indiqué Bouasker, affirmant que le chef du gouvernement a promis de le publier dans les plus brefs délais.

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