ALGÉRIE
14/12/2017 15h:34 CET | Actualisé 14/12/2017 16h:13 CET

A Bouira la crise estudiantine dégénère en affrontements entre deux groupes de la population

Riot police stand outside the gate during a strike by medical staff at University Hospital Mustapha Bacha in Algiers February 3, 2010. The medical staff staged the protest to demand for better terms of employment. Their leaders said they planned to march towards the presidential administration, but police, acting on the basis of a law banning protest marches in Algeria, prevented them from leaving the grounds of the hospital. REUTERS/Zohra Bensemra (ALGERIA - Tags: POLITICS HEALTH EMPLOYMENT BUS
Zohra Bensemra / Reuters
Riot police stand outside the gate during a strike by medical staff at University Hospital Mustapha Bacha in Algiers February 3, 2010. The medical staff staged the protest to demand for better terms of employment. Their leaders said they planned to march towards the presidential administration, but police, acting on the basis of a law banning protest marches in Algeria, prevented them from leaving the grounds of the hospital. REUTERS/Zohra Bensemra (ALGERIA - Tags: POLITICS HEALTH EMPLOYMENT BUS

Des affrontements ont continué à Bouira aujourd’hui pour le troisième jour et la situation semble pouvoir déraper vers l’irréparable tellement les tensions sont exacerbées.

Ce qui a commencé, mardi 12 décembre, par être des manifestations estudiantines a fini par prendre l’inquiétante tournure, mercredi et aujourd’hui jeudi 12 décembre, d’affrontements entre deux groupes de la population dans les rues et quartiers de la ville.

Aujourd’hui, les affrontements ont eu lieu essentiellement au centre-ville de Bouira, aux environs du quartier appelé les “140 Logements” et Draa el Bordj, selon un résident de la ville, gérant d’un cyber café au centre-ville et président de l’association Tagrawla, Rachid Hamla.

“En gros les affrontements ont lieu entre de jeunes étudiants, lycéens mais aussi des chômeurs et autres citoyens qui se battent contre des résidents de la cité des 140 Logements”, relate Rachid Hamla qui déplore d’emblée la “propagande et les rumeurs qui ont circulé à propos d’une fille attaquée et même tuée par un groupe de voyous qui habitent les 140 Logements alors qu’il n’en est absolument rien”.

Le “groupe de voyous” en question sont en fait, explique Youcef Bachouche, étudiant en management master 1 à l’Université de Bouira, “des hommes de main qui ont été appelés en renfort pour s’attaquer aux étudiants qui sont sortis manifester pour Tamazight et contre la loi de finances 2018”.

Tout a commencé mardi 12, jour où les étudiants de l’Université de Bouira ont répondu à l’appel de la Coordination nationale pour la promotion de la langue amazighe, “la mobilisation s’est faite au sein de l’université” dit Youcef Bachouche, “le premier jour, les forces de l’ordre ont empêché les étudiants de sortir de l’université, il y a eu des heurts entre police et étudiants au niveau du portail de l’université”. Et cela s’est arrêté là.

Le lendemain, les étudiants ont réussi à sortir hors de l’université et ont marché dans la rue en scandant des slogans appelant à la “promotion de Tamazight” et disant “non à la loi de finances”:

“Lorsque nous sommes revenus à la fac à la fin de la marche nous avons trouvé des étudiants qui sont des militants des organisations de l’UGEL qui sont proches du Hamas et de l’UNEA qui sont proches du FLN et qui étaient en train de nous intimider et nous jetaient des propos vulgaires et racistes”, raconte Youcef Bachouche.

Les échanges d’insultes ont très vite dégénéré et les étudiants affiliés à ces deux organisations auraient fait appel à des hommes de main qui ne sont pas de l’université:

“Ils ont eu recours à des ‘extras’ hors université, des hommes qui ont pénétré l’université certains armés de couteaux, ils étaient autour de 40 à 50 hommes”, dit Youcef Bachouche.

Le HuffPost Algérie a été dans l'incapacité de contacter des étudiants de ces deux organisations.

Les bagarres qui s’en sont suivies ont causé des blessés, explique encore Youcef mais il affirme dans le même temps que ces échauffourées ont été le prétexte à des rumeurs et des fausses informations qui ont circulé et selon lesquelles “il y aurait eu des morts et des filles auraient été agressées”.

Youcef Bachouche déplore, à ce propos, la décision prise par le recteur de l’Université cette nuit-là de fermer l’université pour une durée indéterminée, mettant ainsi de fait le conflit non résolu hors de l’université, dans la rue.

“Toutes les rumeurs qui ont circulé ont soulevé les réactions de gens qui n’ont rien à voir avec la situation de départ et qui n’étaient pas parmi ceux qui se sont mobilisés pour Tamazight, il y a des gens qui sont même venus des villages alentour de Bouira et tout ce monde est allé à la cité des 140 Logements”, relate encore Youcef Bachouche qui ajoute: “heureusement les forces de l’ordre ont intervenu et ont empêché un massacre à la cité des 140 Logements”.

Les heurts dans la cité ont continué, dit-il encore, toute la journée d’hier mercredi. Et alors que la matinée d’aujourd’hui était calme, des affrontements ont encore éclaté dans l’après-midi à différents endroits de la ville.

Selon Rachid Hamal, des réunions entre résidents de la ville avec des étudiants se multiplient avec pour objectif de faire pression sur le recteur pour qu’il ordonne la réouverture de l’université :

“Nous sommes là pour dire que les rumeurs qui ont circulé, y compris à propos d’étudiants brulant le drapeau algérien sont fausses, il y en a qui veulent attiser la tension entre berbérophones et arabophones mais nous sommes là pour dire que ce sont des mensonges. La solution est que le recteur doit réouvrir l’université et mettre les voyous qui n’en font pas partie dehors. Il faut que les étudiants puissent revenir à l’université si l’on veut mettre fin à la crise actuelle”.

Bouira a connu beaucoup de tension ces trois derniers jours mais le pire a été évité. Que ce soit Youcef ou Rachid, tous espèrent que le pire est déjà passé.

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