TUNISIE
13/12/2017 14h:43 CET

Le covoiturage, retour sur une tendance qui inquiète les "louagistes" en Tunisie

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Le covoiturage, ce mode de déplacement est devenu un véritable phénomène de société grâce à l’impulsion d’Internet et des réseaux sociaux. Une alternative intéressante de transport facile et souvent peu coûteuse qui prend de l'ampleur dans le monde entier. Pourtant, cette tendance demeure hésitante en Tunisie.

Pourquoi le covoiturage a la cote?

L’idée du covoiturage, c’est de partager un trajet effectué en voiture avec d’autres personnes. Ses avantages sont palpables, selon certains. Pour le conducteur, cela lui permet de partager l’essence, tandis que pour le passager, c’est plus agréable que de prendre les transports en commun. De plus, certaines zones ne sont pas très bien desservies.

"Je ne rentre chez moi au Kef durant les vacances qu'en covoiturage" annonce Yasmine, une jeune étudiante à Tunis. "Les prix des trajets varient entre 5 et 10 dinars et on a en plus un certains confort par rapport aux transports publics où c'est de plus en plus dangereux et incommodant surtout pour une femme" explique-t-elle.

Pour Mohamed, fan d'un groupe Facebook de covoiturage, il a indiqué que ce concept lui est très pratique. "Je n'ai pas de voiture et le transport public me fait peur. Les bus comme les louages sont très dangereux. J'ai d'ailleurs été victime d'un accident de louage sur l'autoroute Sousse-Tunis" précise-t-il. Parmi les raisons invoquées quant à ce choix, figurent la sécurité et le coût. "Quand on est 4 dans la voiture, pour un Sousse-Tunis, on paye entre 5 à 7 dinars par personne et on a en plus le confort d'une bonne voiture" réplique-t-il avant d'ajouter: "En plus, on peut se faire des amis".

Cependant, cette nouvelle tendance ne fait pas l'unanimité et dérange, surtout, les professionnels du secteur.

Pour les "louagistes", c'est le mal incarné

Récemment, les "louagistes" se sont mobilisés et ont levé la voix pour mettre fin à ce phénomène. Selon Abdelatif Ben Ali, le président de la chambre régionale des propriétaires des louages à Sfax, le covoiturage représente une réelle menace pour les professionnels du secteur. Il a expliqué sur les ondes de Mosaïque Fm, que ce service est géré par des intrus et des personnes qui n'ont rien à voir avec le transport. "Il y a même des personnes qui ont créé de simples pages Facebook en vue de proposer leur service" a-t-il regretté.

Selon lui, cette nouvelle tendance a frappé de plein fouet le secteur. Il a indiqué que le nombre des voyageurs ainsi que les recettes ont nettement baissé ces derniers temps. "De plus, les propriétaires de louages paient des taxes et des charges alors qu'un particulier n'a aucune charge" a-t-il ajouté.

Le responsable, a par ailleurs, dénoncé sur Diwan Fm, un moyen de transport jugé "dangereux et illégal". Il a argué que le covoiturage dénote aussi d'une absence de toute garantie légale ou physique. Il a relevé le problème concernant la sécurité personnelle du fait que les passagers et les automobilistes ne se connaissent pas les uns les autres ou que le passager ne connaît pas les aptitudes de conduite de l’automobiliste.

"3500 infractions routières ont été enregistrées contre les conducteurs de voitures de covoiturage", a-t-il précisé ajoutant que ce phénomène est considéré comme une infraction passible d'une amende.

Une campagne contre le covoiturage?

Plusieurs réclamations ont été évoquées ces derniers jours dans des groupes de covoiturage annonçant le démarrage d'une campagne sécuritaire pour faire face à ce phénomène. D'ailleurs, le blogueur Haythem Mekki a réagi en postant un post Facebook dans lequel il revient sur la position de la direction régionale de Sfax. "Si la direction régionale du transport de Sfax veut faire face au covoiturage, je déclare alors ma page comme espace pour contrecarrer la direction régionale du transport et faire la promotion de covoiturage" a-t-il souligné.

Samedi dernier, un groupe de jeunes a été intercepté par la police alors qu'ils étaient à mi-chemin entre Sousse et Sfax. Le conducteur de la voiture a été accusé de "transporter des individus sans autorisation".

Le covoiturage est-il légal en Tunisie?

Interrogé par le HuffPost Tunisie, l'avocat et professeur universitaire Chiheb Ghazouani a indiqué que le secteur des transports est fortement encadré et strictement régulé en Tunisie. Il a fait savoir que le transport payant des personnes n’est possible que pour les activités règlementées de taxi, de louage et semblables. "Il est possible donc d’affirmer que le covoiturage payant est interdit par la loi tunisienne. Seul le covoiturage gratuit est autorisé" a-t-il souligné.

Il a fait savoir que les utilisateurs de covoiturage tombent en effet sous la Loi n° 2004-33 du 19 avril 2004 portant organisation des transports terrestres. Les dispositions relatives au secteur des transports publics routiers non réguliers, que sont le taxi individuel, collectif, et grand tourisme, les voitures de louage, et le transport rural, sont applicables. Quant au transport occasionnel, il est également soumis à une autorisation, a-t-il précisé.

Quant aux sanctions, elles peuvent aller jusqu’à la mise de la voiture sous fourrière en plus du paiement d’une amende ne dépassant pas mille dinars.

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