MAROC
12/12/2017 11h:20 CET | Actualisé 12/12/2017 11h:56 CET

Floués, les investisseurs au Maroc du projet Paradise Beach manifestent de nouveau leur colère à Londres

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SCANDALE - Des centaines d'investisseurs ont manifesté lundi 11 décembre, pour la 7e fois consécutive, devant l'ambassade du Maroc à Londres, dénonçant un projet immobilier de grande envergure soutenu par l'État marocain, le "Paradise Beach & Golf Resort" (PBGR), au point mort depuis onze ans et dans lequel ils s'estiment floués.

"Honte au Maroc", "Rendez-nous nos millions", "Stop à la corruption au Maroc", ont scandé les manifestants, implorant au passage l'aide du roi Mohammed VI dans ce scandale immobilier qui stagne et qu'ils qualifient d'"arnaque immobilière".

En 2007, 800 européens, en majorité des Britanniques, mais comprenant aussi des MRE, des Espagnols et des Irlandais, investissent près de 35 millions de livres dans un projet de la société Prestige Properties. Un parcours de golf 18 trous, des piscines, des hôtels et 800 appartements de luxe devaient être construits entre Tanger et Assilah, sur des terres de l'État. Le projet s'inscrivait en effet dans le plan Vision 2010 du royaume, qui visait, entres autres mesures, à faire du pays une terre promise attrayante pour des acheteurs de logements d'origine européenne, afin de développer son marché touristique. Campagnes publicitaires dans la presse anglaise, brochures et communication de masse, PBGR fait rêver et attire dans la foulée plusieurs investisseurs, prêt à débourser la somme requise pour un appartement face à la mer.

L'Etat marocain apporte alors son soutien et une convention est signée entre les ministres du Tourisme, de l'Industrie, de l'Économie et des finances, et le promoteur Larbi Tadlaoui, Marocain alors résidant à Londres. Le quotidien britannique Telegraph affirme ainsi avoir consulté un document daté de mai 2007, autorisant la poursuite du projet sous la signature des ministres des Finances, du Tourisme et de l’Industrie de l’époque. Les biens immobiliers devaient être livrés en 2011, avec promesses de mécanismes de contrôle et de protection pour les acheteurs.

Travaux arrêtés, promoteur écroué

En 2009, les travaux s'arrêtent brutalement, sans explication. Le chantier est aujourd'hui encore à l'abandon. Neuf ans après le versement des acomptes allant de 300.000 dirhams à un million de dirhams, certains des acquéreurs anglais sont décédés sans avoir vu leur résidence. D’autres, MRE comme Européens, attendent réparation et que la justice statue sur le dossier. Un collectif de victimes a d'ailleurs été crée pour défendre leurs intérêts.

ruines

Le chantier à l'abandon du projet Paradise Beach

Larbi Tadlaoui a été arrêté en janvier 2017 pour fraude et "non respect des engagements contractuels", mais le collectif de victimes s'insurge: "20 mois de prison" ne représentent pas grand chose face "à 10 ans de désespérance", peut-on lire dans un communiqué.

D'après eux, "Tadlaoui, collaborait avec la société immobilière Prestige Properties, connue précédemment sous le nom de Palmera Properties et sise à Marbella, elle-même en charge du projet immobilier PBGR". Ils ajoutent que "ces sociétés sont connues en Espagne dans le monde de l'arnaque immobilière avec un "modus operandi consistant à sciemment faire traîner un projet, pour prétexter ensuite retard hors de leur contrôle, ou litige quelconque avec un prestataire.. .un filet pour ne pas ou plus rembourser les acomptes".

Après plusieurs sièges devant la représentation diplomatique du royaume, cette énième manifestation tenue ce lundi 11 décembre soutient l'espoir d'éclaircir cette affaire et d'alerter davantage les pouvoirs publics.

L'affaire prend un tournant diplomatique

Les victimes avaient adressé une lettre au roi Mohammed VI, le 27 mars dernier, et au cabinet de Theresa May, Première ministre britannique. Une autre missive avait été envoyée à Benkirane, alors en fonction. Des lettres restées sans réponse. Une rencontre avec l'ambassadeur du Maroc au Royaume-Uni n'aurait apparement pas non plus apporté les solutions espérées.

Le 10 octobre dernier cependant, une réunion à Londres réuni Alistair Burt, Secrétaire d’Etat anglais pour le développement international et Secrétaire d’Etat pour le bureau des Affaires Etrangères et du Commonwealth, le ministre du Tourisme du Maroc, Mohammed Sajid, et la secrétaire d’État en charge du Tourisme, Lamia Boutaleb. L'affaire "Paradise Beach & Golf Resort" est au coeur des discussions, mais peu d'avancées significatives auraient été proposées d'après le collectif.

Toujours selon la même source, "l'État marocain refuse d'admettre les graves manquements dont il a été coupable alors que les preuves sont foison". Un porte parole du gouvernement marocain avait cependant rejeté en janvier 2017, dans une déclaration au Télégraph, que l’affaire ait un quelconque lien avec le gouvernement, ajoutant que le Paradise Beach and Golf Resort "est un projet d'investissement privé contractés entre des parties privées".

De nombreuses personnalités politiques britanniques prennent partie pour les victimes de cette arnaque immobilière. Début janvier 2018, un débat aura lieu à Westminster à la demande des parlementaires anglais Thomas Brake du parti libéral-démocrate, Stephen McCabe du parti travailliste et Robert Courts du parti conservateur. Des éclaircissements sont attendus dans cette affaire qui ternit la volonté du Maroc, engagé dans de grands chantiers à l’échelle internationale, d'attirer davantage d'investisseurs.

Galerie photoLes manifestants en colère devant l'Ambassade du Maroc à Londres Voyez les images

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