MAROC
08/12/2017 07h:29 CET | Actualisé 08/12/2017 07h:48 CET

"Appel de Rabat": des ministres incitent à agir en urgence pour renforcer le financement de l'éducation

Bibliothèque de l'université Mohammed V de Rabat.
Arne Hoel/World Bank Flickr CC
Bibliothèque de l'université Mohammed V de Rabat.

ÉDUCATION - Agir de manière urgente et proposer des mécanismes innovants pour financer les systèmes éducatifs. Tel est le mot d'ordre du Séminaire international sur le financement de l'éducation qui s'est tenu à Rabat du 5 au 7 décembre. Organisé par la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN) en collaboration avec le ministère marocain de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l'événement a réuni plus de 200 participants, dont une vingtaine de ministres, à relancer réflexions et débats sur cette préoccupation récurrente de nombreux pays francophones du Sud qu'est le financement de l'éducation, mais aussi la lutte contre la déscolarisation.

Rareté des ressources, insécurité, forte demande de l’offre éducative due au fort taux de croissance démographique des pays en développement, fort taux de chômage et migration massive et non contrôlée des jeunes vers les pays développés, aggravation de la pauvreté et du changement climatique... Autant de facteurs qui freinent l'accès à une éducation de qualité et au bien-être des populations, et qui ne permettent pas de répondre aux Objectifs de Développement Durable (ODD), en particulier l'objectif 4 qui vise à "assurer à tous une éducation équitable, inclusive et de qualité et à promouvoir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie".

Durant ces deux jours, les participants, incluant ministres, partenaires techniques et financiers, secteur privé, représentants de la société civile et organisations internationales, ont analysé les différents mécanismes de financement de l’éducation, dressé un état des lieux de la situation globale du financement de l’éducation, en mettant l’accent sur les contextes nationaux, pour définir une grille d’évaluation de l’efficacité de la dépense publique en éducation.

Mettre à contribution le secteur privé

À l'issu du séminaire, après des exposés de cadrage, des études de cas et des échanges d’expériences, les participants ont élaboré l"'Appel de Rabat", qui regroupe 17 recommandations innovantes pour obtenir les ressources financières requises et qui répondent aux ODD. Ils invitent tous les gouvernements des pays de la CONFEMEN à les mettre en oeuvre.

L'appel exhorte ainsi les pays à faible revenu ou revenu intermédiaire à compter davantage sur leurs ressources propres, à limiter les fraudes et renforcer la lutte contre les évasions fiscales, à allouer une plus grande part des dépenses publiques au secteur éducatif jusqu'à atteindre au moins 6% du PIB, mais aussi permettre une reddition systématique des comptes et convaincre les contribuables à faire plus d'efforts en faveur de l'éducation.

Les gouvernements sont également invités à mobiliser le secteur privé et le soutien de certains secteurs d'activité comme la téléphonie, les banques et assurances pour faciliter entre autres le financement de l'éducation et l'accès à des crédits étudiants.

Les membres de la CONFEMEN soulignent toutefois que l'amélioration de l'éducation doit impliquer davantage les parents d'élèves. Ils doivent contribuer financièrement à la scolarisation de leurs enfants, et dans les pays où la contribution est faible, des mesures devront être prises pour ne pas pénaliser les enfants issus de familles pauvres.

"Pour assurer une éducation de qualité pour tous, il faut se procurer des moyens matériels et humains conséquents" a insisté Mohamed Laâraj, ministre de l'éducation par intérim, dans son allocution en ouverture du séminaire. "L'État ne peut à lui seul supporter l'essentiel de cette charge, ce qui rend indispensable de recourir aux concours d'autres parties", poursuit-il.

"Au regard du contexte actuel, tant au niveau national qu’au niveau international, nous admettons tous, que les défis liés au financement de l’éducation sont nombreux et divers, surtout pour les pays francophones du Sud, un constat qui exige la synergie des efforts pour promouvoir l'éducation qui demeure le moyen le plus sûr et le plus pertinent du développement durable et l'un des facteurs de la mobilité sociale", conclut Nadine Anguile Obame, présidente de la CONFEMEN et ministre de l'Education nationale du Gabon.

Mise à contribution du secteur privé

La 11e recommandation de l'Appel de Rabat invite à davantage de contributions financières de la part du secteur privé et autour du concept de responsabilité sociétale des entreprises à travers (RSE). Les idées suivantes ont été suggérées:

  • Solliciter les fondations d’entreprise ou susciter un engagement des organisations professionnelles ou territoriales
  • Appeler au soutien de certains secteurs d’activité, comme la téléphonie (avec un prélèvement opéré sur les communications par exemple) et les banques entre autres
  • Mobiliser des associations d’anciens élèves ayant des responsabilités d’encadrement dans les entreprises ;
  • Développer l’entreprenariat social dans le secteur de l’éducation
  • Innover les secteurs bancaires, de la microfinance et des assurances pour offrir des produits liés au financement de l’éducation (épargne éducation, crédits étudiants, etc.).

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