TUNISIE
21/06/2017 08h:23 CET | Actualisé 21/06/2017 08h:24 CET

L'Histoire manipulée et instrumentalisée doit être réécrite affirme Sihem Ben Sedrine dans une interview au journal Le Monde

FETHI BELAID/AFP/Getty Images
Sihem Ben Sedrine, president of the Forum of Truth and Dignity (FTD) speaks to journalists during a press conference on June 17, 2016 in Tunis, as the deadline for the submission of complaints of abuse under former presidents Habib Bourguiba and Zine El Abidine Ben Ali passed. Bensedrine reported they had received 65,000 files from the 'victims' of human rights violations in Tunisia between mid-1955 and the end of 2013. / AFP / FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images)

Dans une interview accordée au journal français Le Monde, la présidente de l'Instance Vérité et Dignité Sihem Ben Sedrine a affirmé que "l’État bloque la justice transitionnelle en Tunisie".

Obstructions

Interrogée sur ses relations avec la présidence de la République, Sihem Ben Sedrine a regretté que celle-ci "se soit placée dans une posture d’obstruction" à la justice transitionnelle.

Selon elle, le parti Nidaa Tounes est composé de plusieurs courant dont "une forte composante de personnalités de l'ancien régime" qui ne souhaiteraient pas forcément que cette justice transitionnelle aboutisse.

D'ailleurs a-t-elle rappelé: "Le candidat de ce parti à la présidence de la République, Béji Caïd Essebsi, qui a été élu, a dit clairement lors de la campagne électorale qu’il n’était plus d’accord avec la justice transitionnelle et allait dissoudre l’IVD".

D'autres griefs portés par Sihem Ben Sedrine vont à l'encontre du chef du contentieux de l'État qui bloque, selon elle, les dossiers liés à la corruption: "On a traité des milliers de dossiers liés à la corruption, et une cinquantaine de dossiers est en arbitrage. Nous avançons. Qui bloque? L’État" indique-t-elle au journal Le Monde.

Auditions publiques

Les auditions publiques organisées par l'Instance Vérité et Dignité ont connu un véritable succès à la télévision mais également sur les réseaux sociaux. Pour Sihem Ben Sedrine, c'est également un outil "pour que l’opinion publique soit saisie de tous ces mécanismes de corruption et de violations des droits humains" pour que ceux-ci ne se répètent pas.

Jugées "satisfaisantes", ces 10 séances ont permis de mettre un terme à "la nostalgie de la dictature" selon elle.

Par ailleurs, Sihem Ben Sedrine a signalé qu'une audition publique sur les évènements de Siliana de 2012 aura lieu.

Justice transitionnelle et loi sur la réconciliation

Revenant sur le projet de loi de réconciliation économique et financière soumis à l'Assemblée des représentants du peuple, la présidente de l'IVD a affirmé qu'à partir du moment où un mécanisme neutre et indépendant est mis en place, elle ne serait pas contre. Or regrette-t-elle, ce projet de loi ne répond pas à ces critères et présente une "une pâle copie de la commission d’arbitrage à l’IVD".

"Cette nouvelle commission serait nommée par l’exécutif. Du coup, elle ne serait pas indépendante parce que l’Etat devient partie prenante de ce processus d’arbitrage" explique-t-elle avant de rappeler que ce projet prévoit une amnistie, ce qui va à l'encontre de la justice transitionnelle.

Réécrire l'histoire?

À l'occasion de la séance d'audition publique du 24 mars dernier, Sihem Ben Sedrine a appelé a "réécrire" ces pages de l'histoire en faisant référence à la répression des partisans de Salah Ben Youssef entre 1955 et 1958. Tollé sur les réseaux sociaux.

Interrogée par Le Monde sur ces propos, l'intéressée affirme qu' "on a manipulé l’Histoire", celle-ci ayant été écrite par "des agents de Bourguiba".

"Oui nous faisons appel aux historiens pour que cette Histoire manipulée et instrumentalisée soit réécrite, car elle le doit" ajoute-t-elle.

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