MAROC
12/02/2017 09h:21 CET

Frank-Walter Steinmeier, le nouveau président allemand qui pourrait faire de l'ombre à Angela Merkel

German Foreign Minister Frank-Walter Steinmeier and Chancellor Angela Merkel attend a meeting at the lower house of parliament Bundestag on 2017 budget in Berlin, Germany, November 23, 2016. REUTERS/Fabrizio Bensch
Fabrizio Bensch / Reuters
German Foreign Minister Frank-Walter Steinmeier and Chancellor Angela Merkel attend a meeting at the lower house of parliament Bundestag on 2017 budget in Berlin, Germany, November 23, 2016. REUTERS/Fabrizio Bensch

INTERNATIONAL - Après les États-Unis et avant la France, l'Allemagne change elle aussi de président. Ce dimanche 12 février, une assemblée de grands électeurs élit le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, 61 ans, en remplacement de l'indépendant Joachim Gauck - ovationné par le Parlement, comme vous pouvez le voir ci-dessous - à ce poste essentiellement honorifique outre-Rhin.

Personnalité politique la plus populaire d'Allemagne devant Angela Merkel (qui ne voulait initialement pas de lui comme président), Frank-Walter Steinmeier était encore il y a quelques semaines ministre des Affaires étrangères dans "la grande coalition" qu'elle dirige. Connu pour son franc parler, il a aussi souvent été un rival pour la chancelière.

De Schröder aux espoirs déçus

Docteur en droit, Frank-Walter Steinmeier est peu connu du grand public avant d'être nommé ministre des Affaires étrangères une première fois, fin 2005, à la suite d'élections fédérales anticipées. Il devient alors chef de la diplomatie dans le premier gouvernement de coalition (conservateurs et sociaux-démocrates) d'Angela Merkel.

Auparavant, Frank-Walter Steinmeier a gravi les échelons politiques dans l'ombre de son mentor Gerhard Schröder, dont il fut le chef de cabinet à la Chancellerie de 1999 à 2005. À ce titre, il a participé de près à l'élaboration de ses réformes économiques, dénoncées par la gauche radicale comme génératrices de pauvreté mais considérées par d'autres comme le cœur de la bonne santé de l'économie allemande.

Après son premier passage au ministère des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier échoue à incarner une alternative, essuyant une cuisante défaite aux élections fédérales de 2009. En tant que tête de liste du SPD, il rêvait de devenir chancelier à la place d'Angela Merkel et avait fait campagne avec le slogan "Notre pays peut faire plus".

Opposition, retrait puis retour au premier plan

Avec l'effondrement subi par les sociaux-démocrates du SPD, Angela Merkel n'a plus besoin d'eux pour gouverner et forme donc une coalition avec les libéraux du FDP. Résultat, Frank-Walter Steinmeier se retrouve dans l'opposition à la chancelière, dont il devient l'une des principales figures en tant que patron des députés SPD.

Mais en août 2010, il annonce son retrait temporaire de la vie politique. Il ne s'agit pas de prendre des vacances, mais d'aider sa femme, Elke Büdenbender. Cette juriste, qui a alors 48 ans, est gravement malade et a besoin d'un nouveau rein. Pour lui éviter d'attendre, Frank-Walter Steinmeier décide d'être lui-même le donneur. Comme tout se passe bien, il revient aux affaires dès le mois d'octobre.

Les élections fédérales de 2013, qui voient les libéraux éjectés du Bundestag, donnent l'occasion aux sociaux-démocrates de revenir au gouvernement dans le cadre d'une nouvelle "grande coalition" dominée par la CDU. Frank-Walter Steinmeier, qui n'a pas souhaité être à nouveau le chef de file du SPD, récupère alors le poste de ministre des Affaires étrangères.

Faire de l'ombre à Merkel

Comme le souligne Libération, Frank-Walter Steinmeier est "susceptible de faire de l'ombre" à Angela Merkel. La raison? Sa popularité bien sûr, mais aussi son expérience à la tête de la diplomatie allemande, où il s'est "présenté en avocat d'un engagement plus actif de l'Allemagne pour résoudre les conflits internationaux".

Frank-Walter Steinmeier n'a pas non plus hésité à exprimer très clairement tout le mal qu'il pensait du président américain Donald Trump durant sa campagne, qualifiant le milliardaire de "prédicateur de haine", mais surtout après son élection, disant s'attendre à des temps "plus difficiles" sur le plan international et refusant ostensiblement de féliciter le président républicain pour sa victoire.

Avec Frank-Walter Steinmeier, l'Allemagne se dote par ailleurs d'un président qui a longtemps eu la réputation d'être un russophile. Ce fin négociateur, qui a œuvré pour calmer le jeu lors de la crise ukrainienne, est en tout cas plus souple qu'Angela Merkel à l'égard de Moscou. Il n'a pas non plus hésité à critiquer la politique jugée trop belliciste de l'Otan envers la Russie.

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