MAROC
30/01/2017 00h:08 CET | Actualisé 30/01/2017 05h:34 CET

Union Africaine : et si l' "Esprit d'Addis" soufflait sur les relations Maroc Algérie ?

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ANALYSE- il y a 54 ans, l’un des premiers sommets de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ancêtre de l’Union Africaine, était l’occasion de sceller à Addis-Abeba une réconciliation éphémère entre les deux "frères ennemis" du Maghreb, le Maroc et l’Algérie. Signé entre Hassan II et Ahmed Ben Bella sous le regard bienveillant du Négus éthiopien le 31 Octobre 1963, le traité mettait fin à la guerre des sables et ouvrait la voie à une vague d’espoir qui aurait pu aboutir à une normalisation des relations entre les deux pays. Cette dernière n’aura toutefois jamais lieu et les relations entre les deux pays ont été marqués par une "inimitié structurelle" depuis.

En ce début de semaine, le Maroc a désormais rendez vous avec l’histoire et le continent, en réintégrant l’Union Africaine, après en avoir claqué la porte il y a trente-quatre ans suite à l’entrée du Front Polisario. Gage de l’importance de cet événement, le Maroc a au cours des dernières semaines élu dans l’urgence un Président du parlement pour ratifier le retour au sein de l’Union Africaine, alors même que la majorité gouvernementale n’était pas constituée. Dernier signal fort en date, le départ du roi Mohammed VI pour l’Ethiopie vendredi après-midi, sans que l’on sache à ce jour s’il participera ou pas aux travaux de l’Union Africaine. Une chose est sûre toutefois, le roi du Maroc rencontrera une bonne partie de ses homologues africains lors de ce séjour, et surveillera de près le retour de son pays au sein de l’institution.

Toutefois, au delà du changement de doctrine diplomatique du Royaume chérifien que ce processus implique, est-il envisageable que l’ "esprit d’Addis", qui avait permis la réconciliation entre les deux pays il y a plus de cinq décennies, puisse enclencher un processus de rapprochement entre Maroc et Algérie ?

Les conditions ne sont pas remplies à date …

Première pierre d’achoppement: la question du Sahara. L’Algérie fait partie d’un bloc minoritaire mais actif au sein de l’Union Africaine qui défend bec et ongles les séparatistes du front Polisario et tient à ce que ces derniers soient représentés au sein de l’organisation panafricaine, la seule à les reconnaître formellement dans le monde. Côté marocain, l'agenda est clair: le retour au sein de l’Union africaine du Royaume est une première étape qui sera suivie par un activisme actif au sein de l’organisation afin d’obtenir le gel- ou l’exclusion- du Polisario. Dans cette compétition Maroc-Algérie, chacun compte ses soutiens et avance ses pions. La manière dont se déroulera le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine et comment les diplomates chérifiens investiront les différentes commissions constituera donc un double enjeu fondamental en mettant dans un face à face frontal les cadres des deux pays. Côté algérien, il apparaît que les tenants de la « ligne dure » tiennent actuellement le haut du pavé, à l’instar du chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, un ancien de l’Union africaine qui connaît sur le bout des doigts les arcanes de l’institution. Côté marocain, l’on compte mettre à profit le carnet relationnel continental issu d’années de "bilatéralisme" actif pour contrer les efforts algériens.

Mais une situation qui pourrait évoluer rapidement

Malgré les joutes verbales et médiatiques régulières qui émaillent les relations entre le Maroc et l’Algérie, il semblerait que les opinions des deux pays soient lasses de ce conflit, surtout les populations qui vivent dans les zones frontalières qui ne peuvent se rendre de part et d’autre du fait de la fermeture des frontières terrestres. Depuis une dizaine d’années, des membres des sociétés civiles des deux pays appellent à un rapprochement, incluant des figures historiques emblématiques telles que Abderrahmane Youssoufi ou le diplomate Lakhdar Brahimi qui auraient tenté de rapprocher les positions mutuelles. L’idée centrale qui préside à cette réconciliation serait de mettre de côté la question du Sahara et d’avancer sur la coopération économique. Esquissée lors du déplacement de Mohammed VI à Alger en 2005, cette position n’a jamais pu être mise en œuvre entre les parties. Reste que la situation pourrait évoluer rapidement, selon certains observateurs. En effet, l’Algérie comme le Maroc sont parfaitement complémentaires sur le plan économique, et les deux pays sont en quête de relais de croissance additionnels. Pour Alger, il s’agit de diversifier une économie qui s’appuie encore trop sur les hydrocarbures. Pour Rabat, l’enjeu est d’offrir de nouveaux débouchés à l’est pour les sociétés de services marocaines très actives en Afrique de l’Ouest. Si les tenants du pragmatisme économique des deux pays arrivaient à faire valoir leurs points de vue, il est envisageable de mettre en place une dynamique positive entre les deux pays.

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