MAROC
29/01/2017 23h:56 CET | Actualisé 30/01/2017 12h:47 CET

La conférence de presse du BCIJ, le FBI marocain, comme si vous y étiez

TERRORISME - Réveil très matinal pour la presse nationale dimanche matin. Convoqués vendredi par le ministère de l’Intérieur, les journalistes des différents supports se sont rendus à Salé pour la conférence de presse du Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ), surnommé le FBI marocain.

Après avoir déposé leurs cartes d’identité nationale, récupéré leur badge et mis leurs portables en mode avion, les journalistes foulent le sol de l’institution spécialisée dans le démantèlement de cellules terroristes, les enlèvements, la contrebande d'armes et le grand banditisme. Autant dire que l’ambiance n’est pas à la rigolade. L’accueil à l’entrée par des agents du BCIJ tout de noir vêtus, cagoulés et l’arme au bras en impressionnerait plus d’un. On hésite même à leur adresser un regard ou un bonjour.

brij

Dans le lobby, les journalistes se préparent : micros, caméras et ordis prêts à capturer l’info. Le sujet de la conférence n’a pas été révélé, mais l’opération de vendredi 27 janvier, lors de laquelle le Bureau a lancé une offensive pour arrêter une cellule terroriste de sept membres liés à Daech, pourrait bien être l’objet de cette sortie médiatique du BCIJ.

Cette hypothèse est confirmée lorsque la presse est conviée à constater les objets saisis lors de l’opération sécuritaire de vendredi, qui a permis au BCIJ de découvrir une planque aménagée à El Jadida par le cerveau de cette cellule terroriste, et qui visait à préparer des opérations au Maroc sous l'ordre de dirigeants de l'"Etat Islamique".

Un important arsenal a été saisi, comme le montre le diaporama ci-après.

Galerie photoLes détails de la saisie du BRIJ du vendredi 27 janvier Voyez les images

C'est autour d'un bureau ovale que les journalistes prennent place pour le point de presse qui a suivi et qui a fait salle comble. Abdelhak Khiame, directeur du BCIJ, commence alors son exposé, derrière un bouquet de micros et sous une pluie incessante de flashs. Dur de prendre une photo depuis le fond de la salle.

abdelhak khiame

Le ton est tout de suite donné par le patron du Bureau relevant de la Direction générale de la surveillance du territoire national (DGST), qui énonce les faits: "En se basant sur des renseignements précis fournis par la DGST, le BCIJ a réussi à démanteler cette cellule dangereuse le 27 janvier 2017. Après avoir suivi et observé la cellule, il a été décidé d’intervenir au moment opportun, en saisissant les armes, les gilets et les substances utilisées dans la fabrication des explosifs qu'ils allaient utiliser dans des opérations kamikazes". Il rappelle que cette cellule est affiliée au groupe dit “Etat islamique”, qui opère actuellement en Irak, en Syrie et dont le noyau se trouve en Libye. Et de préciser que 7 membres de la cellule terroriste ont été arrêtés jusqu'alors mais que des complices courent toujours et sont activement recherchés.

Le mode opératoire du chef de la cellule

Le directeur du BCIJ explique que l'"émir" de cette bande criminelle, qui a prêté allégeance à l’”Etat islamique”, était actif sur les réseaux sociaux et qu'il a tenté de se mettre en relation avec des branches de Daech établies en Irak et en Syrie. Il a d'ailleurs "contacté une personne convertie à l'islam et qui est un membre actif de l’organisation 'Jound Al Khilafa' en Algérie" pour l'aider à intégrer l'organisation terroriste et opérer au Maroc. Cette tentative se soldant par un échec, déterminé à mourir en "martyr", au Maroc ou ailleurs, il a essayé de contacter d'autres individus en Irak puis a réussi à se connecter à l'un des 1600 Marocains qui se proclament membres de "l'Etat islamique". Cet individu lui a promis un appui logistique pour l'aider à perpétrer des attaques terroristes sur le sol marocain et les moyens financiers lui ont ensuite été fournis. C'est alors qu'il a réuni toute une cellule autour de lui pour perpétrer des attaques ciblant des personnalités politiques et publiques, des représentations diplomatiques et des sites touristiques du royaume.

Le profil des membres de la cellule

Phénomène inquiétant, mais non isolé, les membres de la cellule terroriste démantelée vendredi sont tous des jeunes. Agés de 20 à 29 ans, leur niveau d'éducation ne dépasse pas le premier cycle secondaire, à l'exception d'un seul qui est allé jusqu'en deuxième année universitaire. En terme d'activité, un est sans emploi, un est journalier, deux sont artisans et deux autres sont agriculteurs.

Le directeur du BCIJ tient néanmoins à préciser que l'idéologie des organisations terroristes, à travers le monde, s'adresse certes toujours à des jeunes qui n'ont pas un haut degré d'éducation, mais il ne faut pas lier cela à la pauvreté car ils peuvent également recruter des personnes qui sont dans une situation aisée. Khiame alerte surtout sur le mode de recrutement des jeunes, qui se fait le plus souvent à travers les réseaux sociaux comme Facebook.

Questionné par HuffPost Maroc sur l'objectif de cette sortie médiatique du BCIJ, à savoir s'il s'agissait de rassurer les citoyens ou de prévenir les actes terroristes en leur montrant le dispositif employé pour les appréhender, le directeur du Bureau a répondu en alertant sur le danger et en appelant toutes les composantes de la société à jouer leur rôle dans la lutte contre la menace terroriste.

Abdelhak Khiame: "L'objectif de cette communication est d'abord d'informer l'opinion publique sur l'avancement de l'enquête parce que les dispositions de la constitution le stipulent. Et d'autre part, à chaque fois que j'organise une conference de presse, je ne cesse d'insister sur le fait de sensibiliser l'opinion publique sur le danger de l'usage des moyens technologiques en matière de recrutement de jeunes qui ne sont pas encadrés et qui doivent être encadrés.

Il y a un danger et c'est un danger qui reste imminent et qui va durer dans le temps tant que toutes les composantes de la société, non seulement les services de sécurité mais aussi la société civile et vous mêmes (les journalistes ndlr), l'institution de la famille... ne jouent pas pleinement leur rôle. J'insiste toujours sur le rôle de la famille et de toutes les composantes de la société pour faire face à ce danger qui menace la sécurité de tout le monde et pas uniquement le Maroc. Je dis toujours que le terrorisme est une menace pour l'humanité toute entière".

Sur ces mots, et juste avant de quitter salé où se trouve le siège de l'antre de la lutte anti-terroriste au Maroc, il était difficile de s'empêcher de prendre en photo les "Men In Black" du BCIJ. Impressionnants par leur stature, imposants par leur carrure et leur arsenal, ils ont été shootés sous tous les angles par les photographes de presse.

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