ALGÉRIE
21/01/2017 06h:54 CET | Actualisé 03/03/2017 10h:07 CET

Feriel Gasmi Issiakhem, designer aux multiples inspirations

Huffpost Algerie

Par Architecture elle entend "transversalité avec le Design". Feriel Gasmi Issiakhem, designer d'espaces et d'objets, a passé ces sept derniers mois à redonner "vie" à une friche dans un vieil immeuble de la rue Didouche Mourad, à l’abandon depuis plusieurs années.

L’objectif : créer un espace harmonieux et inspirant où cohabitent différentes disciplines de l’art.

Le résultat est majestueux. D’emblée, Feriel vous dira que "Les ateliers sauvages", est le projet le plus "particulier" qu'elle a eu à réaliser "c’est un élan de cœur. Une belle aventure avec une femme d’exception la fondatrice du projet, l’écrivaine, Wassila Tamzali".

les ateliers sauvages

L'initiatrice de ce projet, qui se veut un tremplin pour la création et la réflexion artistique, est Wassyla Tamzali, ancienne avocate, écrivaine, directrice à l’Unesco et grande collectionneuse d’art.

Elle confie à Feriel cette structure, située au 43 rue Didouche Mourad, lui fait part de ses attentes et ensemble, se réapproprient le lieu, et ce qui était une friche promise à la dégradation est devenue une structure de création pluridisciplinaire.

"Les Ateliers Sauvages"

Visiter les "Ateliers Sauvages" c’est entrer de plain-pied dans l’univers de Feriel. Le lieu tel qu’il est conçu, du petit objet qui occupe le coin jusqu'à l’agencement des espaces, représente une relation harmonieuse entre le contenant et le contenu.

"Intervenir pour la réalisation d’un objet à différentes échelles, doit être en parfaite symbiose avec son environnement direct", explique Feriel.

Au cours de cette visite guidée, elle se souvient de la première fois où elle a visité la structure. "Le lieu ne payait pas de mine, mais avait beaucoup de potentiel par sa forme rectangulaire, mais assez monotone. La tâche s’annonçait ardue mais l’aventure en valait la peine", souligne Feriel.

Le challenge était de taille car c’est avant tout la réhabilitation d’un vieux bâti. Sur l’un des piliers, on peut encore lire l’inscription de "1876" en référence à la date de construction de l’immeuble. Mieux encore, Feriel pense que le fer qui a servi à la construction de l’immeuble provient des mines de "Zaccar" à Miliana. Ce même fer aurait également servi à la construction de La Tour Eiffel à Paris.

Il fallait donc prendre en considération l’identité du lieu. Conserver des traces de son passé était indéniable. "Nous avons tenu à garder le marbre qui orne l’entrée, posé par les anciens propriétaires, et le carrelage du côté gauche du bâtiment datant de l’époque de sa construction. Mais également le plafond a voutain rempli de briques, qu’on a restauré", souligne Feriel.

Après une période de réaménagement, Feriel a redéfini les espaces en fonction des nouveaux besoins, et créer des inclinaisons par esprit de «de constructivisme» en rapport avec cette forme rectangulaire de la structure.

Aujourd’hui, le rez-de-chaussée est fin prêt. Si l’empreinte de Feriel est partout, celle-ci se fond dans une ambiance austère et fonctionnelle. "L’aménagement intérieur évolue dans un esprit minimaliste. Car le lieu doit magnifier le travail des artistes, d’où cette intervention sobre", précise-elle.

Ce qu’elle qualifie d’"aventure esthétique", ce sont ses choix d’architecture intérieure et d’aménagement de l’espace. La majorité des objets qui occupent les ateliers, Feriel les a dessinés. En plus d’être des créations artistiques, chaque objet est commode et utile.

"Pour l’aménagement intérieure, nous avons opté pour un mobilier sur roulettes, afin d’optimiser l’espace en fonction des besoins. Une cuisine discrète, en bois massif, du chêne vieux de 10 ans. Et beaucoup d’autres choses dénichés chez des brocanteur".

Rien n’est donc laissé au hasard. Chaque étape de la mise en œuvre de ce projet, a été pensée et étudiée avant d’être réalisé.

Ces efforts consentis par ces deux femmes afin de faire de ce lieu un "creuset" artistique, sont à saluer. Ce projet citoyen est engagé, à la fois, dans l’encouragement de la création artistique, et incarne également la volonté d’offrir au public un espace de culture et de réflexion.

Portrait

Si le projet des "Ateliers Sauvages" marque une étape importante dans sa carrière, Feriel cumule des années d’expérience ponctuées de nombreuses réalisations.

Elle fait partie des premières promotions de l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger dans la spécialité design aménagement. Quant à l’architecture elle l’a étudié la faculté de Rome (Italie) la Sapienza.

Feriel commence sa carrière dans le cabinet d’architecture de son père, avant de rejoindre la compagnie pétrolière Sonatrach où elle a travaillé pendant 15 ans en tant que Chef de projet de plusieurs infrastructures.

Ces années passées à l’entreprise publique, n’ont pas détourné Feriel de son travail individuel. Elle continue de concevoir ses propres créations et les expose en Algérie et à l’étranger.

Ses réalisations ont conquis de prestigieuses expositions à travers le monde, notamment : Mobil art de l’institut du monde arabe Paris, la Biennale internationale du design de saint Etienne, le "Design Days" à Dubaï...etc.

En 2015, c'est à Milan à l'occasion de la 21e triennale, que Feriel présente le projet des "Ateliers Sauvages".

Design, patrimoine et artisanat

Dans ses créations, Feriel s’inspire souvent du patrimoine matériel Algérien. Nombreuse de ses œuvres rendent hommage à certains objets de son propre environnement et qui font partie de son identité en tant qu’Africaine, Maghrébine et Algérienne.

"Je reviens souvent sur les codes esthétiques des années 50-60. Cela fait partie également d’un héritage de patrimoine de la période coloniale que je n’ai pas vécu mais qui nous a entourés dans notre enfance. Pour moi la revalorisation de matières et techniques ancestrales sont synonymes de réconfort visuel" explique Feriel.

Parmi ses œuvres inspirés d’objets d’autrefois, "Kanoun", cet objet d'antan aux multiples fonctions, notamment pour cuisiner et se réchauffer, a été revisité par Feriel.

"C’est un objet électroménager multifonction, à la fois grill, appareil à fondue et autocuiseur. On peut le décomposer et obtenir plusieurs ustensiles" décrit-elle.

Le travail de la designer c’est aussi une recherche constante des matières végétales, et ce par le biais d’une étroite collaboration avec les artisans. "Le travail des artisans est toujours au centre de mes préoccupations et de nouvelles histoires que je construis avec eux. Sans ces talents, tout projet ne serait que croquis sans lendemain ; il arrive parfois que le résultat de ma première pensée change de trajectoire en passant un après-midi de discussion avec l’un d’eux ! ".

Cette touche artisanale humanise le travail de Feriel, elle exprime également son engagement à la valorisation de ce qui a autrefois fait notre identité.

Elle rend aussi hommage à certains métiers qu’on voit de moins en moins. Feriel a réalisé une table basse en bois avec une trentaine de piétements sous différente formes en hommage aux artisans tourneurs de bois.

Feriel fait de son métier un mode de pensée et d’être. De l’esthétique à la fonction en passant impérativement par la valorisation du patrimoine artisanal algérien, c’est dire combien le travail de cette architecte-désigner est engagé.

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