MAROC
06/01/2017 18h:24 CET | Actualisé 07/01/2017 10h:13 CET

L'UC, cheval de bataille de Aziz Akhannouch

MAJORITÉ - L'on serait tentés de croire en un retour à la case départ. Ce vendredi 6 janvier, le président du Rassemblement national des indépendants (RNI) Aziz Akhannouch a annoncé, par voie de communiqué, que "les développements récents des négociations pour la formation du gouvernement, suivis par les prises de position de différents partis politiques, nécessitent de rencontrer ces formations politiques pour se concerter."

Alors que le chef du gouvernement a proposé, le 4 janvier, de reconduire la majorité sortante, le lendemain, l'Union constitutionnelle (UC), qui a annoncé après les élections législatives qu'elle liera son destin à celui du RNI, s'est fendue d'un communiqué rejetant la proposition de Benkirane. L'offre proposée par le chef du gouvernement, lit-on dans le communiqué, "manque de rationalité", et ne tient pas compte de "certains développements de la scène politique".

Pour l'UC, la proposition de Abdelilah Benkirane "appelle directement au désengagement entre deux partis politiques qui ont décidé, avant le début de la série de consultations, de se rapprocher et de mettre en place une équipe unifiée à la Chambre des représentants".

L'USFP se mêle au jeu

Jeudi 5 janvier au soir, le Parti de la justice et du développement a choisi de répondre de manière indirecte au communiqué de l'UC. A l'issue d'une rencontre du secrétariat général du parti, l'Etat-major du PJD a décidé de "soutenir la décision du chef du gouvernement de limiter les négociations aux partis de la majorité sortante".

Dans la soirée, l'Union socialiste des forces populaires (USFP) est venue ajouter son grain de sable. Dans un communiqué diffusé suite à une réunion de son bureau politique, le parti de la rose a critiqué "la méthodologie adoptée par le chef du gouvernement pour conduire les négociations". Refusant d'être exclue du gouvernement, l'USFP a décidé que "le premier secrétaire Driss Lachgar poursuivra les pourparlers avec le reste des partis politiques qui ont participé aux consultations" menées par Abdelilah Benkirane, lit-on dans le communiqué.

Une tentation existante

L'idée était déjà en gésine. Contacté le 4 janvier, le secrétaire général du Mouvement populaire Mohand Laenser nous a déclaré que "sur le plan du principe, la proposition du chef du gouvernement de reconduire la majorité nous satisfait", mais qu'une "rencontre est prévue avec le président du Rassemblement national des indépendants pour réfléchir aux moyens de renforcer et de consolider la majorité", qu'il jugeait, à demi-mot, précaire.

Partis politiques dans un jeu de quilles?

Comme nous l'écrivions précédemment, en reconduisant la même majorité et en fermant la porte à de nouveaux entrants - ce qui aurait permis au RNI de négocier une position plus avantageuse au sein de l’exécutif- Abdelilah Benkirane a voulu accélérer les tractations tout en se mettant dans une position où lui et Akhannouch sont désormais condamnés à s’entendre.

Mais c'était sous-estimer la détermination de Aziz Akhannouch d'intégrer l'UC. Selon des sources au parti, la décision de Aziz Akhannouch d'approfondir les négociations avec l'USFP et l'UC vise, en premier lieu, à obtenir un compromis favorable de la part du chef du gouvernement au sujet de la participation de l'Union constitutionnelle au gouvernement.

Une participation de l'UC signifie, pour le RNI, qu'il sortira de sa condition d'associé minoritaire, le parti dirigé par Aziz Akhannouch n'ayant obtenu que 37 sièges lors des dernières élections législatives. Avec un groupe parlementaire commun de 56 députés, le RNI, épaulé par l'UC, surmontera le statut de parti d'appoint auquel il est actuellement cantonné -- certes incontournable au gouvernement, mais dont le poids numérique est faible-- pour être en position de force au moment de négocier des portefeuilles ministériels.

Au sein du PJD, la tentation d'opposer le joker de l'Istiqlal à la carte USFP-UC jouée par Aziz Akhannouch est grande, apprend-t-on de sources au parti. D'autant que le communiqué du parti annonçant à demi-mot l'éviction de l'Istiqlal, conciliant à souhait, gardait la porte entrouverte à une participation du parti de Hamid Chabat au gouvernement. Et l'Istiqlal lui-même s'est dit disposé à se prêter au jeu: dans un article prémonitoire publié aujourd'hui sur le site officiel du parti, l'Istiqlal estime qu'il est du droit du PJD et du PPS de faire usage "de leur alliance avec l'Istiqlal pour faire face à ce qui peut être en train d'émerger au cours des consultations". Si l'Istiqlal intervient dans ce sens, c'est "pour gâcher la célébration (du RNI ndlr) de la victoire allégué" (sic), et pour permettre à Abdelilah Benkirane de conduire "les consultations actuelles avec un poids de 183 sièges à la Chambre des représentants", soit les 125 sièges du PJD, les 46 de l'Istiqlal et le 12 sièges du PPS.

Néanmoins, certains des dirigeants du parti de la lampe craignent qu'un usage de l'Istiqlal dans ces circonstances débouche sur une situation où les formations politiques n'obéiront qu'à une logique purement instrumentale, destinée à maximiser les chances de chaque bloc. Situation qui donnera lieu, sans nul doute, à un ras le bol des partis politiques qui seront relégués hors du gouvernement, qui se rendront compte a posteriori qu'ils ont contribué à renforcer les positions d'autres formations politiques à leur propres dépens, sans en tirer de bénéfices politiques.

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