MAROC
27/12/2016 07h:23 CET | Actualisé 27/12/2016 07h:39 CET

Ce que cache la guerre des communiqués entre l'Istiqlal et le RNI

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POLITIQUE - Le torchon brûle entre le parti conservateur de l'Istiqlal et le Rassemblement national des indépendants (RNI), depuis les déclarations controversées du secrétaire général du parti de la balance Hamid Chabat sur la "marocanité de la Mauritanie".

Après le communiqué incendiaire du ministère des Affaires étrangères, qui a qualifié de "dangereuses et irresponsables" les propos tenus par le trublion istiqlalien, c'est au tour du RNI de fustiger le syndicaliste et chef de parti, par la voix de son président, le milliardaire Aziz Akhannouch.

A l'issue d'un nouveau round de négociations pour la formation du gouvernement, lundi 26 décembre à Rabat entre Abdelilah Benkirane et Aziz Akhannouch, celui-ci a qualifié d'"inquiétants" les propos de Chabat et estimé qu'il serait inopportun de "s'allier avec ces gens" pour la formation du gouvernement.

L'homme politique, que l'on voit souvent au côté de Mohammed VI et qui participe à la plupart des tournées diplomatiques royales, a également déploré les attaques de Hamid Chabat à son endroit, lequel avait déclaré deux jours plus tôt qu'Akhannouch ne serait qu’un "pion téléguidé par le PAM (Parti authenticité et modernité)".

Quelques heures plus tard, le RNI a enfoncé le flou dans un communiqué très critique à l'encontre de celui qui "parasite" le travail des institutions en charge des questions diplomatiques.

Du tac au tac

Immédiatement après, le bureau exécutif de l'Istiqlal s'est réuni et n'a pas hésité à répondre aux critiques du département des Affaires étrangères dans un communiqué. Accusant Salaheddine Mezouar de "faire de l’intégrité territoriale du Maroc un sujet à polémique", l'Etat major de l'Istiqlal a insisté sur le fait que le département de Mezouar "n’a pas pour prérogative d’interférer dans les positions exprimées par les partis politiques", et que "l’Istiqlal n’a pas de leçon de patriotisme à recevoir d’un ministre des Affaires étrangères".

Pour autant, la question de répondre au ministère des Affaires étrangères n'a pas fait consensus au sein de l'Istiqlal. Des membres dirigeants tel que Taoufik Hjira ou Karim Ghellab ont pris leurs distances vis-à-vis de Hamid Chabat, objectant que celui-ci avait tort de lancer des déclarations irréfléchies à l'endroit de la Mauritanie, vu la sensibilité du sujet. Mis en minorité au sein des instances dirigeantes du parti, ils ont, finalement, dû se plier à l'avis de la majorité, et accepter que l'Istiqlal réponde au ministère des Affaires étrangères par voie de communiqué.

Guerre d'influence

En filigrane de cette guerre des communiqués, une guerre d'influence entre le RNI et l'Istiqlal pour la constitution du nouveau gouvernement. Car si les tractations n'ont pas abouti près de 10 semaines après les élections législatives du 7 octobre, c'est bien en raison de désaccords entre Benkirane et Akhannouch sur la participation ou pas de Chabat au futur gouvernement. Akhannouch aurait en effet exigé de Benkirane qu'il écarte du prochain gouvernement le parti de l'Istiqlal. Une condition considérée comme "inacceptable" par le chef du gouvernement, qui a obtenu le ralliement de l'Istiqlal en plus celui du PPS.

Toujours est-il que la sortie de Chabat a compromis les chances de son parti de participer au gouvernement, et mis dans l'embarras le chef du gouvernement, lequel se rendra ce mardi à Nouakchott pour éteindre l'incendie allumé par Hamid Chabat. Pendant ce temps, Aziz Akhannouch se retrouve conforté dans sa position de "faiseur de majorité".

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