TUNISIE
03/12/2016 10h:08 CET

"L'échec de la réforme éducative mènera à une catastrophe nationale" affirme Néji Jalloul à l'ARP

Facebook/Neji Jalloul

En réponse aux interventions des députés de l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), le ministre de l'Education Néji Jalloul a déclaré, vendredi soir, que "l'échec de la réforme éducative mènera vers une catastrophe nationale".

S'exprimant à l'occasion de l'examen du projet de budget 2017 de son département, Jalloul a rappelé que cette réforme a été engagée par le ministère en collaboration avec tous les courants idéologiques et politiques, et a fait l'objet d'un "consensus total" avec les syndicats de l'Union Générale Tunisienne du Travail.

Il s'agit, a-t-il fait remarquer, de "la première réforme profonde du genre en Tunisie depuis l'indépendance", affirmant qu'il est possible d'en réviser certains points, sans pour autant toucher au fond.

"Les 15 commissions qui travaillent sur cette réforme, et qui comptent les meilleurs experts en éducation du pays, sont sur le point d'achever leurs travaux", a-t-il dit, ajoutant que le projet final sera par la suite soumis au gouvernement et à l'ARP.

La réforme était "une nécessité absolue" après "l'effondrement" du système éducatif en Tunisie, a affirmé le ministre, s'appuyant sur les classements internationaux qui placent la Tunisie en bas du classement des systèmes éducatifs dans le monde, à l'instar des évaluations PISA ou TIMSS.

Néji Jalloul a signalé que l'élève tunisien a trois années de retard par rapport aux élèves des pays développés, déplorant une baisse "effroyable" de l'apprentissage des langues étrangères "et même de l'arabe, censé être la langue maternelle".

Il a imputé la faiblesse du système éducatif national à l'absence de véritables paliers d'évaluation durant la scolarisation, considérant que même l'examen du baccalauréat était biaisé avec la comptabilisation de 25% de la moyenne annuelle, "voilà pourquoi nous avons supprimé ce système", a-t-il indiqué.

Il a, par ailleurs, souligné que l'une des plus importantes causes d'abandon scolaire est le système de groupes, qui a poussé 100 mille élèves au décrochage. "Voilà pourquoi le ministère a annulé ce système et lancé le programme 'l'école réintègre ses enfants' qui a permis à environ 15 mille élèves de retourner sur les bancs de l'école", a-t-il argumenté.

S'agissant du déséquilibre entre les zones côtières et l'intérieur du pays, le ministre a rappelé qu'il a été décidé, cette année, de généraliser les classes préparatoires et d'en instaurer la gratuité, l'objectif étant, a-t-il expliqué, de redorer l'image de l'école publique "même si nous ne pouvons pas empêcher les parents d'aller vers le privé".

Abordant la question du réaménagement de l'horaire scolaire, il a expliqué que cette mesure a dû être appliquée d'urgence cette année "devant le gaspillage inacceptable" des heures de cours". En dépit de quelques points faibles, cette mesure a permis de réduire considérablement ce gaspillage et de faire baisser l'absentéisme des enseignants, a-t-il assuré.

Revenant sur la rentrée scolaire, Jalloul a considéré qu'elle a été globalement "moyenne" cette année, étant donné que les acteurs du système éducatif ne sont pas parvenus à un accord pour l'avancer au 1er septembre. Il a, à ce propos, espéré que la rentrée prochaine se fera à cette date "pour que les avantages du réaménagement de l'horaire scolaire puissent être ressentis".

Au sujet des rapports avec le corps enseignant, le ministre a affirmé: "Il n'y a aucun conflit avec les éducateurs, qui sont le pilier du système éducatif. La dignité de l'enseignant est une ligne rouge que personne ne peut franchir. Le ministère engage rapidement une procédure pénale à chaque cas d'atteinte à un enseignant".

Et d'ajouter: "Il n'y a jamais eu autant d'augmentations salariales des enseignants que celles accordées durant mon mandat. Elles ont atteint plus de 100 millions de dinars", a-t-il rappelé, soulignant que des programmes de valorisation des éducateurs ont été décidés par son département, à l'instar des "villages éducatifs" et de la mutuelle du ministère de l'Education.

Néji Jalloul a, en outre, indiqué que le rétablissement des écoles de formation des instituteurs et des professeurs (écoles normales) aura un impact positif sur le succès de la réforme éducative et redorera le blason de l'enseignant. Il permettra également de rompre avec les recrutements aléatoires et sauvages, a-t-il assuré.

Il a par ailleurs nié que le ministère soit "en guerre" avec les syndicats, affirmant qu'il est uniquement question de "divergences" qui n'affectent pas les relations basées sur la concertation et le respect.

Sur un autre plan, Jalloul a mis en exergue l'importance du partenariat public-privé, qu'il a qualifiée d'"inévitable" pour assurer un service scolaire de qualité, comme le transport et la cantine. Les entreprises privées ont permis de garantir le transport de 18 mille élèves et un demi-million de repas chauds servis aux élèves du primaire, a-t-il dit.

Il s'est, en outre, félicité du succès des campagnes "le mois de l'école" 1 et 2, qui ont permis de restaurer et réhabiliter plus de 4000 établissements éducatifs, annonçant qu'à la fin 2018, "le ministère ne connaitra aucun problème d'infrastructure".

En réponse aux accusations de népotisme pour avoir nommé son frère à la tête du projet de l'école numérique, le ministre a affirmé que son frère Romdhane Jalloul est inspecteur, depuis plusieurs années, au ministère de l'Education, et qu'il est simple membre volontaire dans le comité directeur de ce projet.

"Plusieurs de mes proches travaillent au ministère de l'Education, il serait inconcevable que je les renvoie tous parce qu'ils ont un lien de parenté avec le ministre", a-t-il lancé.

Les députés ont, par la suite, approuvé le budget du ministère de l'Education pour l'exercice 2017, avec 122 voix pour, 19 contre et 9 abstentions.

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