MAROC
22/04/2016 06h:17 CET | Actualisé 22/04/2016 06h:17 CET

Ce que la COP21 a déjà changé, avant même que l'accord de Paris soit signé

Ce que la COP21 a déjà changé, avant même que l'accord de Paris soit signé
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Ce que la COP21 a déjà changé, avant même que l'accord de Paris soit signé

ENVIRONNEMENT - Voilà plus de quatre mois que le soufflet est retombé et que l'euphorie de la COP21 a pris fin. Pourtant, l'accord de Paris ne sera officiellement signé ce vendredi 22 avril à l'ONU, en présence des représentants de plus de 150 pays. Un événement organisé alors qu'est célébrée la 46e Journée de la Terre.

Ainsi, aux côtés de la Chine, les Etats-Unis, la France, le Canada et la Russie, le Maroc fera partie des premiers signataires. Et c'est la princesse Lalla Hasnaa qui représente le roi Mohammed VI lors de la cérémonie de signature, premier grand rendez-vous pour le climat après la COP 21, en attendant la COP 22, qui aura lieu en novembre prochain à Marrakech.

Et ce n'est que le début d'un (très) long processus administratif. La signature en elle-même est ouverte pendant un an. Il faudra ensuite que chaque pays ratifie au niveau national le texte (via décret, vote, etc). Il faut dire que l'accord de Paris, censé remplacer le protocole de Kyoto, n'entrera théoriquement en vigueur qu'en 2020. Mais malgré ces temps extrêmement longs, la COP21 a déjà, en quatre mois, changé les choses.

"C'est peut-être une anticipation de l'accord, mélangée à d'autres facteurs", estime Thibault Laconde, consultant et auteur du blog Energie & développement. "C'est un des intérêts potentiels de l'accord. Au-delà de la portée juridique, il peut inciter à changer les choses avant de se retrouver obligé de le faire" par de nouvelles lois environnementales, précise le consultant.

Et effectivement, dans de nombreux domaines, le début de l'année 2016 a été marqué par des changements notables et qui vont souvent dans le bon sens.

Le début de la fin du charbon

La semaine précédant la signature de l'accord de Paris, une nouvelle retentissante et symbolique a secoué le monde de l'énergie. Peabody, le premier producteur de charbon américain, a fait faillite. Si, comme le rappelle Le Monde, les causes des difficultés financières de Peabody (et de 50 autres sociétés américaines travaillant dans le charbon depuis 2012, d'ailleurs) sont à chercher dans l'émergence du gaz de schiste et dans le ralentissement économique en Chine, la pression politique contre le charbon, grand-méchant-loup du climat, a certainement sa part de responsabilité.

"JP Morgan a annoncé (en mars) qu'elle ne financera plus de nouvelles mines de charbon pour combattre le changement climatique et l'Agence internationale de l'énergie a apporté la preuve (fin décembre) d'un 'pic du charbon' en Chine en 2013", explique au HuffPost France Liz Gallagher, du World Ressource Institute.

La Chine a d'ailleurs annoncé fin décembre qu'elle allait fermer 1000 mines de charbon et ne va plus ouvrir de nouvelles mines dans les trois années à venir. Quelques semaines après, le Vietnam a annoncé qu'il n'allait plus autoriser de nouvelles mines (mais de nombreuses sont déjà en construction).

Aux Etats-Unis, Barack Obama a également annoncé mi-janvier le gel de la construction de nouvelles mines dans les trois ans à venir, même si les permissions actuelles semblent suffisantes pour les sociétés américaines.

Le gouverneur de New-York a de son côté affirmé que son Etat aura supprimé toute centrale à charbon d'ici 2020 et que 50% de l'énergie consommée devra provenir de sources renouvelables d'ici 2030. La ville de Cracovie en Pologne a elle annoncé fin janvier qu'elle comptait interdire l'usage de charbon pour les particuliers d'ici 2019.

L'après pétrole est encore loin, mais se prépare

Si la baisse des prix du pétrole est liée à de nombreux facteurs bien éloignés de l'environnement et si l'industrie pétrolière est loin de la situation des charbonniers, certains indicateurs récents indiquent que le changement, c'est peut-être pour bientôt.

Le 16 janvier, le gouvernement d'Arabie Saoudite a organisé une conférence pour réfléchir à une économie de l'après-pétrole. Le 1er avril, le Guardian rapportait que le pays prévoyait la création d'un fonds souverain de 2000 milliards de dollars, en vendant ses actifs pétroliers, pour préparer cette économie de demain.

Du côté des Etats-Unis, Barack Obama a évoqué en février une taxe de 10 dollars par baril de pétrole pour "créer une vraie incitation pour le secteur privé afin d'innover et de réduire la dépendance américaine au pétrole en investissant dans les énergies propres". Mais les Républicains, qui contrôlent le Congrès, ne comptent pas valider cette mesure.

En attendant d'éventuelles décisions politiques, le vrai changement vers l'après pétrole vient peut-être de Tesla, le fabricant américain de voitures électriques. Avec sa Tesla Model 3, le constructeur a présenté son premier véhicule entièrement électrique à un prix "abordable" (35.000 dollars) fin mars. En une semaine, 325.000 précommandes ont été enregistrées, alors que le nombre de voitures électriques en circulation aux Etats-Unis dépassait en 2015 à peine les 400.000.

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe

Pendant ce temps, le secteur des énergies renouvelables continue de se développer et le secteur privé est poussé dans ce sens par certaines politiques publiques. L'Allemagne a annoncé dans la foulée de la COP21 qu'elle allait démarrer son plan pour 2050 dès cette année. La Suède a de son côté affirmé en février que le pays aura atteint la neutralité en émission de CO2 cinq ans plus tôt que ce qui est demandé par l'accord de Paris, dès 2045. Le Maroc, qui a inauguré le 4 février ce qui deviendra la plus grande centrale solaire du monde, fait figure de bonne élève en matière d'énergies renouvelables.

L'objectif du royaume, qui se prépare activement à accueillir en novembre 2016 la conférence internationale sur le climat (COP 22), est de porter en 2030 la part des sources renouvelables dans le mix électrique national à 52% (20% utilisant l’énergie solaire, 20% l’éolienne, 12% l’hydraulique).

Le gouvernement australien a, fin décembre, débloqué une aide pour l'éolien, qui avait été écartée du plan de subvention par le précédent premier ministre. Aux Etats-Unis, 17 Etats ont signé en février un accord pour accélérer le développement des énergies renouvelables.

En France, François Hollande a annoncé lors de ses voeux "un programme de grands travaux pour la rénovation de nos bâtiments, pour le développement des énergies renouvelables et pour la croissance verte". En Mars, Ségolène Royal a annoncé le cumul du crédit d'impôt et du prêt à taux zéro pour les travaux énergétiques.

Un dernier indicateur: en 2016, les propositions des actionnaires soumises au vote lors des AG d'entreprises ont vu une hausse de 40% des questions environnementales, selon un rapport.

Le plus dure reste pourtant à faire. Même si les émissions de CO2 sont restées stables en 2014 et 2015, il ne faut pas crier victoire. Pas du tout. 2015 fut l'année la plus chaude jamais enregistrée, de loin, depuis le début des mesures en 1880. Et les mois de janvier, février et mars 2016 ont chacun, respectivement, été les plus chauds jamais enregistrés.

Le chemin à parcourir pour arriver en dessous des prévisions du Giec, le groupe d'experts sur le climat, d'ici 2050 est très long et demandera énormément d'efforts et de changements. Surtout que l'objectif n'est maintenant plus une limitation à 2°C du réchauffement climatique mais, si possible, à 1,5°C. Un scénario qui n'avait pas été tant que ça étudié, mais nécessaire pour éviter que les pays les plus fragiles face au réchauffement ne subissent des conséquences irréparables.

Un groupe d'experts de l'ONU vient justement de se pencher sur les conditions à remplir pour rester sous les 1,5°C et devrait rendre ses conclusions d'ici à 2018. Car pour l'instant, arriver à limiter le réchauffement climatique à ce niveau semble très difficile à réaliser dans les délais impartis.

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