ALGÉRIE
21/04/2016 16h:27 CET | Actualisé 21/04/2016 17h:18 CET

Les aveux de cheikh Hamad (Qatar) : "En Libye, il y avait trop de cuisiniers, le plat a été gâché"

Qatari Prime Minister Sheikh Hamad bin Jassim al-Thani speaks at a news conference with U.S. Secretary of State John Kerry (unseen) in Doha June 22, 2013
POOL New / Reuters
Qatari Prime Minister Sheikh Hamad bin Jassim al-Thani speaks at a news conference with U.S. Secretary of State John Kerry (unseen) in Doha June 22, 2013

En Syrie, le Qatar était l'acteur principal dans la crise avant que le saoudiens ne tentent par la suite de monopoliser le dossier. En Libye, le Qatar s'est retrouvé en concurrence avec les Emirats qui soutenaient un autre groupe armé. Résultat des courses : "Il y avait trop de cuisiniers, le plat a été gâché" !

Ces aveux sont de l'ancien premier ministre du Qatar, Cheikh Hamad Ben Jassam ou "HBJ" dans un entretien avec Roula Khalaf du Financial Times.

L'ancien premier ministre qui a quitté ses fonctions depuis près de trois ans après l'abdication de Cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani en faveur de son quatrième fils Cheikh Tamim, se livre à un parler-vrai qui éclaire l'action très offensive menée par le Qatar à son époque.

Une action qui a fini par provoquer une crise avec les autres pays du Golfe que Cheikh Tamil a géré par une politique étrangère moins agressive. Hamad Ben Jassem admet que l'approche est "différente".

Il est possible que ce que "nous faisions a suscité beaucoup de jalousie et d'ennemis, mais j'étais un soldat au sein du gouvernement" et l'action menée était "nécessaire" pour que le Qatar soit "reconnu politiquement et économiquement".

"Je vais dire une chose pour la première fois... Quand nous avons commencé à nous engager en Syrie, en 2012, nous avions le feu vert que c'est le Qatar qui conduit (dirige –ndlr) car l'Arabie saoudite ne voulait pas le faire à cette époque. Ensuite, il y a eu un changement dans la politique et Riyad ne nous a pas dit qu'elle nous voulait sur le siège arrière. Aussi, nous-nous sommes retrouvé en concurrence et cela n'était pas sain".

A la question de savoir si la situation s'est répétée en Libye après la liquidation physique du colonel Mouammar Kadhafi où le Qatar et les Emirats ont soutenu des factions qui s'affrontaient, Hamad Ben Jassem répond par une conclusion : "Au final, il y avait la-bas trop de cuisiniers, c'est pour cela que le plat a été raté".

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Les iraniens plus malins et plus patients que nous

Sur un plan politique, Hamad Ben Jassem admet que les hommes politiques iraniens surclassent leurs homologues arabes. "Je reconnais une seule chose, les iraniens sont plus malins et plus patients que nous. Ils sont meilleurs négociateurs" a-t-il déclaré.

"Regardez combien d'années ils ont négocié avec les puissances mondiales ! Croyez qu'un Etat arabe puisse négocier pendant tout ce temps ?".

Au sujet des déclarations d'Obama dans le fameux entretien publié par The Atlantic sous le titre "The Obama Doctrine", HBJ exprime une certaine compréhension à l’égard du président américain en relevant que les arabes "n'ont pas montré qu'ils sont des alliés sur lesquels on peut compter."

"Nous devons, a-t-il ajouté, avec des relations excellentes avec Washington mais les Etats-Unis ne viendront pas dans la région comme dans le passé".

HBJ partage néanmoins les regrets exprimés dans les pays du Golfe à l'égard des Etats-Unis : "Il n'y a jamais eu de relations équilibrées entre les Etats-Unis et le Golfe. Durant trente années, la région du Golfe a contrôlé les prix du pétrole pour l'Occident, qu'avons-nous gagné en contrepartie ?".

"Quand les cours du pétrole baissaient trop, ils nous disent maitrisez les prix. Quand les prix augmentent, ils crient et nous désignent sous le nom de cartel en disant que nous ne pouvons faire cela".

HBJ dont la fortune personnelle a été estimée à au moins 1,2 milliards de dollars n'a pas été ébranlé par le fait qu'il soit cité par les Panama Papers, l'impôt sur le revenu n'existant pas au Qatar. "Oui, je ne suis pas pauvre, je suis riche" a-t-il déclaré en 2014 à un journaliste américain.

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