MAROC
20/04/2016 09h:53 CET | Actualisé 20/04/2016 11h:18 CET

Le Maroc, cancre de la liberté de la presse selon Reporters sans frontières

Activists from Reporters Without Borders (RSF) paste a poster depicting Russia's President Vladimir Putin (L) and his counterparts from China, Xi Jinping (C) and Syria, Bashar al-Assad, on the Brancusi Atelier to mark the 20th annual World Press Freedom day in Paris May 3, 2013. The slogan reads, "Without freedom of information, no counter-power". REUTERS/Benoit Tessier (FRANCE - Tags: POLITICS CIVIL UNREST MEDIA) TEMPLATE OUT
Benoit Tessier / Reuters
Activists from Reporters Without Borders (RSF) paste a poster depicting Russia's President Vladimir Putin (L) and his counterparts from China, Xi Jinping (C) and Syria, Bashar al-Assad, on the Brancusi Atelier to mark the 20th annual World Press Freedom day in Paris May 3, 2013. The slogan reads, "Without freedom of information, no counter-power". REUTERS/Benoit Tessier (FRANCE - Tags: POLITICS CIVIL UNREST MEDIA) TEMPLATE OUT

PRESSE - Le Maroc n'avance pas dans le classement de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse. Au contraire, il régresse. Classé 130e sur 180 pays en 2015, le royaume perd ainsi une place et se retrouve derrière l'Algérie et la Tunisie. Le pays du jasmin réalise d'ailleurs un bond majeur de trente places pour occuper la 96e marche du classement.

"RSF relève une lente mais régulière dégradation des libertés de la presse au Maroc", lit-on dans le rapport de l'ONG, qui estime que "les autorités du royaume resserrent de plus en plus l'étau sur les médias pour les dissuader de traiter les sujets hautement sensibles".

Le nouveau code de la presse pose également problème pour RSF, qui souligne que "les maigres progrès notés dans les trois projets de lois sur la presse de 2014 risquent (...) de devenir obsolètes face aux amendements introduits dans le code pénal, visant clairement à limiter le droit d'information des journalistes".

Les journalistes étrangers régulièrement expulsés

Parmi les causes énoncés dans le rapport RSF, les rapports crispés entre la presse étrangère et le Maroc. Plusieurs journalistes ont été expulsés du royaume au cours de l'année écoulée, souvent parce qu'ils ne disposaient pas d'autorisations de tournage, octroyées par le ministère de la Communication.

En février 2015, Jean-Louis Perez et Pierre Chautard, deux journalistes de l'agence Premières lignes qui réalisaient un documentaire pour France 3, ont été interpellés dans les locaux de l'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH), où ils effectuaient une interview. Alors qu'ils étaient sur le point d'être expulsés, les mis en cause avaient expliqué à l'agence de presse AFP qu'ils avaient demandé depuis plusieurs semaines une autorisation à Rabat sans avoir de réponse.

Début avril, alors que la vidéo du lynchage d'un couple homosexuel à Beni Mellal était en une des médias nationaux, une équipe du Petit Journal de Canal+ s'est déplacée à Beni Mellal afin d'effectuer un reportage sur le quartier où l'agression a eu lieu. Les journalistes ont été encore une fois expulsés. Martin Weill, reporter de l'émission française animée par Yann Barthès, a expliqué par la suite sur le plateau de l'émission qu'ils n'avaient pas demandé d'autorisation de tournage étant donné la longueur de la procédure.

Le code de la presse épinglé

En dépit d'une communication positive autour de ce texte de loi, le code de la presse peine à séduire. Et pour cause, il contient toujours des textes évasifs, pouvant être interprétés de différentes manières. En février, le HuffPost Maroc exposait les "14 pièges du code marocain de la presse". Parmi eux, la notion de "pornographie" qui revient dans les articles 72 et 78 et qui n'est pas définie exactement par le texte de loi.

Les éditeurs de journaux ont également été nombreux à exprimer leur "rejet catégorique des régressions contenues dans le projet du code de la presse", concocté par Mustapha El Khalfi. La Fédération marocaine des éditeurs de journaux avait d'ailleurs critiqué "l'instauration de nouvelles sanctions dangereuses", tel que "le retrait définitif de la carte de la presse, la possibilité d'interdiction d'exercice de la profession pendant une période pouvant aller jusqu'à dix ans et l'interdiction de jouir des droits civiques et politiques, voire familiaux", dans un communiqué publié en novembre 2015.

Ce classement est-il neutre pour autant?

Contacté par le HuffPost Maroc, le ministre de la Communication Mustapha El Khalfi a estimé que ce rapport "ne reflète pas la réalité de la liberté de la presse au Maroc", expliquant que "RSF ne prend pas en considération les avancées des médias au royaume, notamment en ce qui concerne le traitement des constantes de la Nation, comme la question du Sahara".

Mais RSF n'est pas du même avis. Selon l'organisme, son rapport suit une méthodologie "transparente" axée sur 87 questions centrées sur "le pluralisme, l'indépendance des médias, l'environnement et l'autocensure, le cadre légal, la transparence et la qualité des infrastructures soutenant la production de l'information".

Toutefois, comme le relevait Telquel en octobre 2015, en se basant sur La facette cachée de Reporters sans frontières du journaliste d'investigation Maxime Vivas, l'association française est parfois taxée de connivences avec les organismes qui la financent, quitte à faire dans le deux poids deux mesures. L'auteur de l'enquête s'étonnait ainsi de "l’'acharnement' de l’association contre le régime du président vénézuélien alors qu’elle passe sous silence les 'bavures' de l’armée américaine en Irak, notamment à la prison d’Abou Ghraïb".

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