TUNISIE
19/04/2016 13h:34 CET | Actualisé 19/04/2016 17h:20 CET

Rendez-vous en terre (pas si) inconnue: La Tunisie vue par Mike Watson, expatrié américain

Mike Watson/Facebook

Ce n'est ni sur un globe terrestre, ni à la télévision que Mike Watson a découvert la Tunisie, mais à travers la chanson de Dizzy Gillespie, A Night in Tunisia.

"Mon grand-père était amateur de Jazz, il m'a fait découvrir cette musique, notamment à travers 'A Night in Tunisia', j'ai trouvé que l'expérience était formidable", confie le jeune Américain au HuffPost Tunisie.

Plus tard, Mike Watson en apprend plus sur la chanson, et sur le pays dont elle parle: "Ce souvenir d'enfance avec ce morceau m'a donné envie de venir ici".

En 2013, il devient officiellement expatrié américain en Tunisie, alternant entre son travail de professeur le jour et de DJ hip-hop la nuit.

Une triple vie professionnelle

Avant de venir, il fait la rencontre d'une "merveilleuse femme" avec qui il entame une relation. "J'étais DJ, elle était batteuse, on formait un très joli couple. Nous voulions voyager et enseigner à l'étranger. On s'était dit que nous allions partir en Tunisie pour enseigner l'anglais et c'était une très belle image", raconte Mike Watson.

Une fois en Tunisie, le jeune homme ne se défait pas de son travail de DJ mais enchaîne également deux autres professions: professeur de psychologie dans une école privée et professeur d'anglais à l'Amideast, centre culturel américain.

Son travail de DJ lui tient particulièrement à cœur, et il a même des projets de carrière à Tunis. "Si je devais choisir un travail, ça serait DJ, même si des trois, c'est le plus éreintant et le plus difficile, parce que le statut est précaire et qu'on ne peut pas obliger les gens à tenir leurs promesses", explique Mike.

mike watson

"Tunis, c'est - parfois - comme à la maison"

La vie à Tunis... Mike Watson avoue que la transition a été difficile au début et que la décision de rester y vivre est un véritable challenge. Résident à Lafayette, "parce qu'aux États-Unis, j'habitais dans le même genre d'endroit, l'atmosphère me donne l'impression d'être chez moi", il avoue que la plus grosse difficulté qu'il ait connue est liée aux démarches administratives.

"Par exemple, quand je dois aller à la municipalité, ça peut-être terrible. Il y a une foule de gens, il y a des files d'attentes, et je ne sais pas laquelle je dois joindre, je ne sais pas à qui demander, je ne sais pas comment demander, et parfois j'ai l'impression de redevenir un bébé", raconte-t-il, avant d'ajouter, "heureusement que beaucoup de personnes devenues des amis proches m'ont aidé."

Sur certains aspects, "Tunis, c'est comme à la maison". Pour lui, la seule véritable barrière est linguistique, "même si souvent on a tendance à croire que je suis africain, et donc on vient me parler arabe ou français". Pourtant, même avec cet "handicap", Mike assure que la communication peut se faire différemment, "À Los Angeles, je jouais au foot avec des personnes qui parlaient espagnol et parfois je ne comprenais pas ce qu'ils disaient, mais on arrivait quand même à jouer, on avait pas besoin de parler la même langue".

"Tounsi", "mriguel" et "kahlouch"

Mike Watson avoue que son "tounsi" est très limité, "mais je connais plein de mots pas très polis", dit-il en riant, "j'arrive également à faire quelques blagues, à demander mon chemin, la nourriture - dont la ojja aux merguez que j'adore". Il remarque que si certains Tunisiens disent que les Américains parlent rapidement, les Tunisiens, eux, battent tous les records.

À travers l'apprentissage du "tounsi", Mike prend conscience de l'ampleur du racisme en Tunisie. À titre d'exemple, il cite l'expression " ?شبيك متحكيش معايا ترى فيا كحلوش " (pourquoi est-ce que tu ne me parles pas? est-ce que je suis noir?)

"Je pense que la pire chose en ce qui concerne le racisme en Tunisie, c'est que l'idée qu'il n'y en a pas prévaut. C'est une grosse blague. Le racisme en Tunisie est culturel, on peut le trouver partout, même dans le langage", avoue le jeune homme.

Sans pour autant se départir de son humour, il raconte une anecdote où un soir il a dû appeler le gérant d'un bar où il devait jouer parce que les gardes du corps n'ont pas voulu le laisser entrer à cause de sa couleur de peau.

Néanmoins, le jeune Américain tient à établir une distinction entre le racisme tunisien et celui aux États-Unis, "en Tunisie, je n'ai pas peur du racisme violent, même si je sais qu'il peut y en avoir. De toutes les façons, en matière de racisme les États-Unis ont placé la barre très haut."

"Si tu as vécu à New-York, tu peux vivre partout"

Malgré les quelques difficultés rencontrées, Mike Watson confie que jusqu'à maintenant il n'a jamais pensé à repartir, "même après les attentats du Bardo et de Sousse, parce que des choses horribles arrivent aussi aux États-Unis... quotidiennement".

Il rappelle que lorsque l'attaque du Bardo a eu lieu, les États-Unis parlaient encore de la mort de Mike Brown, Afro-américain décédé suite à des tirs de la police, et de Ferguson.

"Ça ne me fait pas peur, je viens de Compton, en Californie, ces choses arrivent tout le temps", assure-t-il, avant de renchérir, ironique, "et puis vous savez les Noirs sont les dernières personnes à avoir peur des attaques terroristes, je veux dire, ils en ont rien à faire de nous".

Le jeune homme se dit plus inquiet de la police en Tunisie que du terrorisme: "Parfois quand on m'arrête, je n'arrive pas à connaître leurs intentions - les policiers - , mais je sais reconnaître de la corruption quand j'en vois."

Mais pour l'instant pas question de quitter Tunis pour le jeune homme: "J'ai vécu à New-York et je ne me suis jamais plaint d'une ville comme je me suis plaint de New-York. C'est une ville magnifique, mais c'est tellement difficile d'y vivre. Vous savez ce qu'on dit d'elle? Si tu peux le faire à New-York, tu peux le faire partout."

Mike a des objectifs qui le poussent à prolonger son séjour, "je n'ai pas de date d'expiration pour l'instant, je me vois vivre ici jusqu'à la fin. Parce que j'aime ce pays, parce qu'il m'aide à grandir en tant que personne, parce qu'apprendre l'arabe et le français est un perpétuel défi, et parce que la nourriture est excellente!"

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