ALGÉRIE
17/04/2016 08h:57 CET | Actualisé 17/04/2016 13h:51 CET

Le Pont de Sidi-Rached, une vieille histoire constantinoise

A bridge is seen in the eastern city of Constantine June 21, 2012.           REUTERS/Zohra Bensemra (ALGERIA - Tags: CITYSPACE ENVIRONMENT)
Zohra Bensemra / Reuters
A bridge is seen in the eastern city of Constantine June 21, 2012. REUTERS/Zohra Bensemra (ALGERIA - Tags: CITYSPACE ENVIRONMENT)

Qui ne connait pas le fameux pont de Sidi-Rached de Constantine? Comme le malouf et la robe constantinoise, cette imposante infrastructure en pierre fait souvent partie de l’identité de la ville aux ponts suspendus.

Selon les différents documents d’archives françaises, le pont de Sidi-Rached qui surplombe la zaouïa du saint patron de Constantine et sa mosquée verte, a été réalisé entre 1907 et 1912 par l’ingénieur Paul Séjourné. Dans un autre document, un autre ingénieur a secondé Séjourné dans sa tâche. Il s’appellerait Aubin Eyraut et aurait suivi la réalisation du pont avant d’intégrer l’université d’Oxford comme professeur. Un troisième document donne la paternité du projet à Georges Boisnier, un spécialiste des grands ponts.

Cet ouvrage d’art sur lequel toutes les légendes possibles ont été tressées, aura coûté trois millions de francs français de l’époque (selon une comparaison des plus sommaires 60 millions d’euros actuels).

D’une hauteur de 107 m sur l’endroit le plus culminant, le pont de Sidi-Rached compte 27 arches et mesure en totalité 447 m. L’arche centrale est longue de 70 m et sépare treize autres d’une ouverture de 8 m et une dernière de 30 m.

Frère jumeau du pont Adolphe au Luxembourg, le pont de Sidi-Rached a été inauguré le 19 avril 1912, il serait durant cette période le plus haut ouvrage d’art du monde.

Le pont est, donc, inauguré le 19 avril 1912 en même temps que le pont suspendu de Sidi M’cid et permet d’établir une vitale liaison entre le centre-ville et le quartier de la gare et surtout d’ouvrir une voie en direction du Khroub, Batna, Biskra…

Pour la direction des travaux publics, "le pont de Sidi-Rached connaît des problèmes depuis sa réalisation". Un constat confirmé, dans Mémoire déracinée, paru en 1999, de l’ingénieur René Mayer. Il y évoque le risque d’effondrement du pont. «(…) un ouvrage qui a posé des problèmes dès son achèvement et est l’objet de travaux de confortement depuis longtemps». Un constat fait déjà en 1952 ! Soit 40 ans après l’inauguration de l’ouvrage.

Galerie photoPont de Sidi-Rached Constantine Voyez les images

Le risque d’effondrement connu depuis...1952!

René Mayer donne les plus infimes détails techniques de l’intervention des ponts et chaussées sur le pont de Sidi-Rached. Dans ses notes on peut lire «à supposer que nous ayons les moyens d’y parvenir, il ne sert à rien de vouloir consolider la voûte centrale. Elle n’est nullement responsable de la dislocation à laquelle nous assistons. Elle est la victime du désordre, elle n’en est pas la cause. Elle ne fait que subir les efforts qui lui sont communiqués par le platelage, lui-même mis en mouvement par ce glissement de terrain face auquel, à court terme, nous sommes impuissants. De toute urgence, il faut dissocier l’effet de la cause et couper ce platelage. Le salut va dépendre de notre rapidité d’exécution!", écrivait alors Mayer avant de décrire les travaux à entreprendre.

"Plus tard, quand nous serons parvenus à stopper le mouvement fatal, nous créerons un appui médian situé sur la partie rocheuse et stable et nous nous en servirons comme d’une nouvelle culée intermédiaire. Nous désolidariserons ainsi la partie de l’ouvrage qui franchit les gorges de celle qui, sur la rive droite, est entraînée par le glissement de terrain", note -t-il ajoutant "entre les deux, nous introduirons un arc à trois articulations, facilement déformable qui ne transmettra aucun effort. Ainsi, même si nous ne parvenons pas à arrêter ce fichu glissement de terrain, du moins celui-ci n’entraînera-t-il plus la voûte principale".

Et signe des temps, près de soixante années plus tard, c’est pratiquement au même remède que s’est attelée, en collaboration avec les Italiens de Integra, déjà présents à Constantine pour la réalisation du fameux viaduc Transrhumel, l’entreprise nationale Sapta.

Le pont se déplace d’un centimètre chaque année

Au début de l’année 2000, des travaux allaient donc être entamés afin de consolider la partie du pont concernée par le déplacement et les pouvoirs publics via la Direction des travaux publics continuant à suivre étroitement les mouvements de l’ouvrage d’art tout en préservant son utilité immédiate laquelle est, il est nécessaire de le rappeler, essentielle pour la ville.

Fermé à la circulation à trois reprises entre juin 2011 et août 2012, le Pont de Sidi-Rached est fermé à la circulation chaque soir. La solution, pour les ingénieurs des travaux publics, serait de prolonger l’ancrage du pont dans la roche par "un système de micro-pieux".

Un traitement apporté à l’ouvrage déjà dans les années 90. L’alerte était déjà donnée et les techniciens ont constaté un phénomène de déplacement annuel du pont sur un centimètre.

La réhabilitation du pont entamée et les structures métalliques de soutènement sont déjà présentes. Les autorités envisagent, cependant, une fermeture totale à la circulation si les travaux de réhabilitation l’exigeaient. La direction des travaux publics estime que les dommages constatées ces derniers mois nécessitent une fermeture totale et une reconstruction partielle de la partie détériorée.

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