MAROC
16/04/2016 09h:28 CET | Actualisé 16/04/2016 09h:29 CET

Samir: Transparency Maroc réclame "une attitude des pouvoirs publics à la mesure de l'ampleur du scandale"

En 2002, des installations de la Samir ont été ravagées par les flammes
Abdelhak Senna/AFP
En 2002, des installations de la Samir ont été ravagées par les flammes

JUSTICE - La branche marocaine de Transparency appuie là où ça fait mal. Dans un communiqué publié le 15 avril, l'organisation, l'organisation de lutte contre la corruption critique les circonstances de la privatisation de la Samir, ainsi que la liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Casablanca, jeudi 24 mars.

"La privatisation de la SAMIR et de la SCP en 1997 par cession à un homme d’affaires réputé proche de la famille royale saoudienne avait été très mal accueillie par l’opinion publique en raison de l’opacité qui l’a entourée", rappelle Transparency Maroc.

La décision du ministre de la privatisation avait été en effet très critiquée à l'époque. Des critiques qui ont pris davantage d'ampleur lorsque le Saoudien Mohammed Al Amoudi a été nommé directeur général de la raffinerie en juillet 2001. Une nomination qui a "conforté la légitimité des suspicions exprimées", souligne Transparency.

"Des irrégularités" concernant la liquidation judiciaire

"Les experts désignés par le tribunal font état de fautes qui constituent légalement des infractions pénales et de défaillances répétées de la part des organes d'administration, de contrôle interne et de supervision, notamment du commissariat aux comptes, des autorités boursières et des administrations fiscales", estime l'organisation chapeautée par Fouad Abdelmoumni.

En effet, le raffineur continuait de s'endetter lourdement sur les marchés nationaux et internationaux pour alimenter sa trésorerie structurellement déficiente, le tout sous couvert d'une comptabilité opaque, comme le souligne Transparency. "Alors que la mauvaise santé financière de la société était déclarée, elle a pu continuer à s’abstenir de toute reddition de compte au sujet de son cahier des charges, reporter sur plusieurs années l'acquittement de ses impôts et taxes et aggraver son endettement bancaire jusqu’à justifier sa liquidation judiciaire."

Aujourd'hui, la dette globale de la Samir culmine à 42 milliards de dirhams. Le raffineur est également redevable envers les fournisseurs et l'Etat.

Un appel au gouvernement

Craignant que "l’opacité qui continue de couvrir ce dossier et la désinvolture avec laquelle il a été traité ne laissent la voie ouverte à une fin plus dramatique encore, notamment par le recours à un arbitrage commercial international", Transparency s'adresse directement au gouvernement, et l'exhorte de "constituer un comité de vigilance de haut niveau", apte à réduire les impacts de cette situation ainsi qu'à "envisager les solutions d'avenir pour la sécurité énergétique du pays".

Pour Transparency, la solution à cette situation ne pourrait avoir lieu sans que l'Etat ne "diligente une enquête administrative et financière approfondie et déclenche les poursuites disciplinaires et pénales appropriées à la lumière de ses conclusions". L'association d'utilité publique appelle également à défendre les intérêts des victimes de la liquidation et à "tirer les enseignements sur le pouvoir discrétionnaire dont jouissent les autorités administratives et financières en matière de contrôle financier et fiscal et de recouvrement de redevances publiques".

Quelque 960 emplois sont en effet en jeu. Même si les autorités publiques ont promis de protéger les intérêts des salariés, la Samir ne pourra bien évidemment pas payer leurs salaires.

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