ALGÉRIE
16/04/2016 07h:41 CET | Actualisé 16/04/2016 08h:04 CET

Lhadja Fatma défie l'ignorance en prenant le chemin du savoir

APS

Elle n'a jamais pensé à étudier avant d'avoir passé le cap de la cinquantaine. Lhadja Fatma fait partie de cette génération d'Algérienne qui n’a pas eu la chance de fréquenter l'école. Née sous l'occupation française, son lot quotidien était les tâches ménagères et l'éducation de ses enfants.

C'est avec sa visite aux lieux saints de l'Islam et son pèlerinage qui remonte à 20 ans, qu'elle décide d’apprendre à lire ou à écrire.

A 73 ans, affirme le journaliste de l'Agence de presse algérienne (APS) qui l'a rencontré, Lhadja Fatma peut se targuer d’être un modèle de la femme combative, défiant le poids du temps et les vicissitudes de la vie.

Son histoire d'amour avec la langue arabe, lui a fait prendre le chemin du savoir et vaincre l'ignorance. Le déclic a eu lieu, il y a 20 ans, lorsqu’elle se trouvait aux Lieux Saints de l'islam. ‘‘J’ai ressenti une grande tristesse lorsqu’une hadja indonésienne m’a offert un exemplaire du Coran, en m’invitant à lire quelques versets’‘, se souvient-elle, non sans se rappeler de la profondeur de son désarroi à cause de son incapacité à lire.

De retour au pays, Lhadja Fatma se fit la promesse d’apprendre à lire et à écrire, en demandant à son petit-fils, qui venait d’entamer sa première année fondamentale, de lui apprendre tout ce qu’il apprenait en classe, car ignorant, alors, l’existence des classes d’alphabétisation.

Poursuivant son récit, elle raconte qu’un jour, en se rendant comme à son habitude à la mosquée El Kaouthar du centre-ville, elle a remarqué un tableau dans l’aile réservée aux femmes, croyant qu’il s’agissait d’une information destinée aux enfants scolarisés.

Mais en demandant des explications, une mourchida lui apprit que l’information concernait l’ouverture de classes aux personnes âgées et analphabètes comme elle. ‘‘Je me suis inscrite sans hésitation aucune et j’ai commencé mon apprentissage de l’alphabet arabe’‘, a-t-elle ajouté, déplorant son manque de temps, en raison de ses nombreuses responsabilités après le décès de son mari, alors qu’elle n’avait que 52 ans, la laissant seule avec neuf enfants à charge, qui ne lui permirent pas de suivre assidûment ses cours.

Elle a donc négligé ses cours, afin de pouvoir s’occuper correctement de ses enfants, aujourd’hui tous universitaires (deux médecins, deux ingénieurs, et une professeur)

Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle a pu reprendre le chemin de l’école, en réussissant la gageure d’atteindre la 5eme année primaire’‘.

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Aujourd’hui, Lhadja se prépare à passer l’examen de fin de cycle primaire en juin prochain, avec pour ambition de pouvoir poursuivre son cursus moyen, par correspondance, pour passer au secondaire et décrocher, pourquoi pas, le baccalauréat.

‘‘Si seulement le temps pouvait s’arrêter, j’aurai pu obtenir des diplômes supérieurs’‘, a-t-elle confié, exprimant ainsi un rêve suprême.

Fière de ce qu’elle a réalisé, des regrets pour les années d'ignorance…

C’est avec une fierté non dissimulée, que Lhadja Fatma peut affirmer, aujourd’hui, qu’elle ‘‘sait lire et écrire’‘. Mieux encore, cette septuagénaire a appris une dizaine de hizb du Saint Coran, dont la sourate El Baqara (la vache).

Aussi, n’a-t-elle pas manqué d’exprimer sa gratitude à tous les responsables et enseignants de l’annexe de Blida de l’Office national d’alphabétisation et d'enseignement pour adultes (ONAEA) pour leur patience avec elle

Elle a exprimé son regret pour toutes les années de sa vie où elle ‘‘ne savait même pas écrire mon nom, à cause de l’injustice du colonialisme français, qui excluait les autochtones de l’enseignement’‘, a-t-elle déploré.

Lhadja Fatima a lancé un appel à toutes les personnes analphabètes, hommes et femmes, à ne pas hésiter à suivre le chemin du savoir, ne serait-ce qu’en apprenant à écrire leurs noms ou à lire quelques sourates du Coran.

Le savoir, une bénédiction

La chargée de l’information auprès de l’annexe de l’ONAEA, Siham Amara, a estimé que Lhadja Fatma est un ‘‘modèle vivant de courage et de volonté’‘, en dépit de son âge.

‘‘Elle fait partie des apprenantes les plus disciplinées et assidues, des qualités qui lui ont permis de gagner le respect de tous les enseignants et de ses camarades de classe’‘, a-t-elle observé.

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