TUNISIE
14/04/2016 11h:24 CET | Actualisé 14/04/2016 11h:41 CET

Malek Jaziri, tennisman tunisien: "Je conçois ma profession comme un service militaire pour mon pays"

Tunisia's Malek Jaziri hits a return against Italy's Andreas Seppi during their Kremlin Cup semi-final tennis match in Moscow October 20, 2012. REUTERS/Grigory Dukor (RUSSIA - Tags: SPORT TENNIS)
Grigory Dukor / Reuters
Tunisia's Malek Jaziri hits a return against Italy's Andreas Seppi during their Kremlin Cup semi-final tennis match in Moscow October 20, 2012. REUTERS/Grigory Dukor (RUSSIA - Tags: SPORT TENNIS)

RENCONTRE - De sa première raquette de tennis à l'âge de 2 ans à son rang de 74e mondial au classement ATP, le tennisman tunisien Malek Jaziri a parcouru du chemin.

S'il avoue "avoir mal commencé la saison de cette année", le sportif a remporté deux tournois successifs - à Guadalajara au Mexique et en Guadeloupe - lui permettant ainsi d'éviter les matchs de qualification pour le Grand chelem et de monter dans le classement ATP.

L'étape du Grand chelem

À 32 ans, le tennisman tunisien est un des rares sportifs arabes et tunisiens à participer aux tournois du Grand chelem, même s'il ne fait pas toujours long feu dans ces compétitions. Sauf l'année dernière, lorsqu'il se qualifie au troisième tour de l'Open d'Australie.

Malek Jaziri insiste sur l'importance des tournois comme ceux de l'Open de Guadeloupe, parce que "débuter un tournoi avec des têtes de série n'est pas facile. Les gens pensent que le tennis, c'est d'aller gagner Nadal ou Federer, alors qu'il y a tout un travail derrière", en rajoutant que derrière ses résultats pour le Grand chelem, "il y a un peu de malchance".

À un mois du tournoi annuel de Roland Garros, le sportif se dit serein et plus confiant, "rentrer dans le tableau final du tournoi sans passer par les qualifications était l'un de mes objectifs pour cette saison. Il est atteint".

Conscient de l'enjeu important du rendez-vous terre battue de l'année, il persiste à dire que tout se fait "step by step": "Tout s'apprend avec les erreurs et l'expérience. C'est ce que j'essaye de faire depuis des années, avancer par étape."

Son objectif à la fin de cette saison? "J'espère atteindre le top 50 du classement ATP", confie-t-il au HuffPost Tunisie.

Malek Jaziri, la Tunisie et le business sportif

Concernant son rapport avec les médias tunisiens, le tennisman avoue que ce n'est pas simple. Malek Jaziri considère que "le problème avec les médias tunisiens, c'est qu'ils ne parlent de toi que lorsqu'il y a des résultats. Ils ne suivent pas l'actualité du sportif, sa progression."

D'un autre côté, en vue de ses engagements professionnels à l'étranger, il avoue préférer passer du temps avec sa famille quand il rentre en Tunisie, "mais quand un média me demande de venir, je marque ma présence."

Le tennisman professionnel pointe également du doigt l'absence d'une forme de maturité quant à l'évolution du domaine sportif en Tunisie, "le sport est devenu un business, il est vrai qu'on joue pour le pays mais il faut être conscient qu'il y a un côté 'marketing' non-négligeable."

À ce manque de maturité, il affirme que la Tunisie a encore du mal "à vendre ses sportifs".

"Par exemple, les Jeux Olympiques de Rio sont dans trois mois, il n'y a aucune publicité sur les athlètes tunisiens qui vont y participer alors que l'image d'un sportif est importante", dit-il avant d'ajouter, "si les médias mettent la lumière sur un athlète, tout le monde est gagnant: toi, le tourisme, le domaine sportif, etc, l'industrie du sport ouvre des portes."

Néanmoins, il n'est pas totalement critique quant à la situation du sport, et plus spécifiquement du tennis, en Tunisie, "on perçoit encore le tennis comme un loisir, pas un métier à part entière mais il y a une petite amélioration, on a des petits tournois de 10.000 dollars."

Encourager les jeunes à rêver

Pourvu d'une mentalité de leader, Malek Jaziri estime que sa présence au sein de l'équipe nationale de tennis est "une chance pour les jeunes joueurs, ce n'est pas de la prétention", assure-t-il en riant, "à leur âge, j'aurais aimé avoir quelqu'un ayant de l'expérience pour me montrer le chemin à suivre."

Le tennisman encourage les jeunes à rêver, "on manque de rêve ici, on est défaitiste, tout nous semble impossible. Plus jeune je regardais Roland Garros émerveillé, mais jamais je n'aurais pensé pouvoir y jouer."

Au delà du sport, pour Malek Jaziri le tennis est "une école, où il y a une discipline, de la rigueur, du respect". Comme une invitation à "démocratiser ce sport", il espère encourager les parents à inscrire leurs enfants à ce sport, c'est la raison principale pour laquelle il a organisé les Journées portes ouvertes à Bizerte.

Et la polémique du joueur israélien...

En 2013, Malek Jaziri s'était retrouvé pris dans un tourbillon médiatique lorsqu'il avait été contraint de ne pas jouer en quarts de finale contre l'Israélien Amir Weintraub, au tournoi de Tachkent, en Ouzbékistan.

LIRE AUSSI:Forfait contre un Israélien: Malek Jaziri ne sera pas sanctionné par l'ATP (PHOTOS)

À la question de savoir si la même décision serait prise s'il est amené à affronter un joueur israélien, Malek Jaziri, politiquement correct, estime à la fois qu'il est "joueur professionnel" et conçoit sa profession "comme une sorte de service militaire pour [son] pays".

La question de savoir si oui ou non, il sera contraint de déclarer à nouveau forfait face à un joueur israélien reste en suspens.

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