ALGÉRIE
13/04/2016 13h:03 CET

Décès du directeur de la publication d'"Algérie Confluences", Abdelkrim Lakhdar Ezzine

Facebook/Mohamed Adjou

Si, à l’heure de tirer leur révérence, les morts étaient invités à citer deux ou trois belles choses qui ont marqué leurs vies, ‘’Le Chroniqueur’’ ne serait pas confronté à l’embarras du choix. Sans hésitation aucune, sans s’égarer dans les méandres des souvenirs, il dira sur un ton affirmatif : ravi d'avoir connu Abdelkader, ‘’Si Abdelkader Safir’’, nom emblématique de l’histoire de la presse algérienne d’’’Omar Samar à nos jours’’.

La triste info a circulé sur les réseaux sociaux avant d'être confirmée au moyen d'une dépêche nécrologique de l'APS. ‘’Le Chroniqueur’’ a cessé de ‘’paraitre’’. Abdelkrim Lakhdar Ezzine – c’est de lui qu’il s’agit -- est décidé, mardi, à Médéa, sa ville natale. Victime d’un AVC en 2013, le défunt a cédé à une santé déclinante. Il avait 66 ans. Il s’en va rejoindre, au pied du col de Benchicao, son maître dans le métier de Théophraste, ‘’Si Abdelkader Safir’’.

Journaliste dans l’âme, passionné d’écriture journalistique, Abdelkrim a aimé bien des choses dans la vie, succombé à nombre d’amours au premier rang desquels l’amour de la presse. Lorsque, voici une éternité, le Premier ministre Mouloud Hamrouche a encouragé les journalistes de la presse publique à lancer des journaux privés et se lancer dans ‘’l’aventure intellectuelle’’, Abdelkrim ne s’est pas fait prier.

Nous sommes au printemps 1990, les nuages d’octobre 1988 se sont, pour l'essentiel, dissipés et la couleur du ciel vire au clair de l’espoir. C’est le ‘’printemps démocratique algérien’’. ‘’ALE’’ – c’est comme ça qu’il signait – décide de prendre congé du 20, rue de la Liberté. Ça sera une autre destination répondant au nom du ‘’Chroniqueur’’.

Voici Abdelkrim engagé, sous la bannière d’un journal, dans l’aventure souhaitée par Mouloud Hamrouche au crédit du pluralisme médiatique et de la démocratie naissante.

‘’Intellectuelle’’, l’aventure du ‘’Chroniqueur’’ l’est à l’évidence. A ceux qui serait tenté d’en douter, ‘’ALE’’ leur oppose, en guise de son pièce à conviction, l’Ours de son nouveau-né : hebdomadaire national cofondé par Abdelkrim Lakhdar Ezzine et Abdelkader Safir.

Alors que le train de l’’’aventure intellectuelle’’ s’ébranle à partir d'Alger et passera par d'autres villes du pays, Abdelkrim Lakhdar Ezzine choisit de partir de Médéa. Ressourcement oblige ! Attaché à son berceau natal, ‘’ALE’’ y trouve, le plus naturellement du monde, les éléments constitutifs de son aventure intellectuelle. Il en parle à ‘’Si Abdelkader Safir’’ qui, au pied levé, répond présent. ‘’Le Chroniqueur’’ naît en 1991 et la vallée d'outre-Cheffa sert d’inspiration pour planter le décor.

Directeur de la publication, ‘’ALE’’ présidera aux destinées du collectif. Entre un exercice rédactionnel et une tache de gestion, il signera la ‘’Philippique’’, son édito qui alterne entre plume douce et encre vitriolée. A côté, ‘’Si Abdelkader’’, 66 ans, jouera au conseiller à l’inspiration éditoriale féconde. Et, cerise sur le gâteau, il signera, chaque semaine, "Le Col de Benchicao", une délicieuse chronique écrite à l'encre du miel.

"Je suis l'homme le plus heureux du monde", me disait "ALE" au soir de l'année 1991 alors que je l'interrogeais sur le cheminement du "Chroniqueur". Et Abdelkrim d'enchaîner : "Que demande le journaliste, que demande Le Chroniqueur ! Je travaille avec le fondateur de l'Ecole de journalisme (d'Alger). Rêve inespéré, le nom d'Abdelkader Safir orne l'Hebdomadaire telle une griffe ! Quel label au crédit du Chroniqueur".

En tirant sa révérence, "ALE" s'en va prolonger, outre-tombe, les causeries avec un Doyen au long cours. Un vieux de la vielle qui a commencé sa carrière, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, dans le quotidien L'Égalité cher à Ferhat Abbas. Témoignage de "ALE" daté de 2003 à l'occasion d'un hommage commémoratif du 10e anniversaire de la mort du Doyen. "Si Abdelkader était un journaliste au sens propre du terme (...) c'est le talent. Il te dit le faire, le savoir-faire et le devoir-faire".

Né en 1950, "ALE" s'est installé, très jeune, à Soustara. C'est de là où, après une formation de maître en éducation physique et sportive, il a préféré tourner le dos à l'enseignement du sport à l'école". Il dégringole la rue Rovigo/Debih Cherif, coupe par la rue Cadix et la rue Tanger et franchit le porte du 20, rue de la Liberté.

C'est le début d'une carrière dans la presse, d'abord au service de Documentation d'El Moudjahid aux côtés de Ali Ouafek, Rachid Fergane, Madjid Ayad, Mme Benyekhlef. Dévoreur vorace de tout ce qui imprimé, "ALE" avale ce qui atterrit sur la table : Le Monde d'HBM, L'Humanité, Le Nouvel Obs, L'Express à l'odeur "JJSS" (Jean-Jacques Servan-Schreiber). Vers la fin des années soixante-dix, "ALE" frappe à la porte de l'APS. Ça sera la "sportive". Il y exercera jusqu'au début de 1982, date à laquelle il repart à nouveau vers le 20, rue de la Liberté. Mais, cette fois-ci, il escalade deux étages supplémentaires. Il est accueilli par l'hebdomadaire "Algerie Actualités" et en dirigera la rédaction sportive (Yazid Ouahib, Kader Berdja et, comme collaborateur, le regretté Mokhtar Boudrar et El Kadi Ihsane).

Slalomant entre Soustara et le 20, rue de la Liberté, "ALE" continuer de visiter le 3, bd Che Guevara, le temps de pèlerinages répétés. C'est là, à l'aube de ma carrière de journaliste, que j'ai fait sa connaissance. Il venait à la rencontre du regretté Brahim Dahmani, Ahmed Bessol, Said Selhani, Noureddine OUARDI, Abdelkader Cheniouni, Djamel Rachedi.

Sauf confusion de ma part, c'est "ALE" qui a crédité Cheniouni de son surnom "El Professor". À la demande d'Abdelkrim Drif -- un des présidents du Mouloudia d'Alger au temps de la vertu et de l'exemplarité --, Abdelkrim a également dirigé l'opération "réincarnation" du Doyen, la revue du MCA lancé en 1974 par la direction du Club. Avec le soutien de confrères (Mouloudéens de l'Agence, Ahmed Kacemi, Djamel Rachedi, etc), Abdelkrim a boosté Le Doyen en lui imprimant le style magazine auquel tenait Abdelkader Drif.

Le Président du MCA heureux retrouvera, plus tard, "ALE" sous la bannière d'"Algérie Confluences". Ensemble, ils rendront hommage au Doyen Abdelkader Safir à l'heure du 10e anniversaire de sa mort.

Au début des années 2000, "ALE" a réuni une sélection de ses chroniques sous forme de livre "La danse du hibou". À l'heure de son départ, ces farces et ses sorties "ALE" pur jus rejaillissent dans ma mémoire.

Je revois le Abdelkrim de la fin 1982, je le revois répéter, "martial", au journaliste en herbe que je suis : "utilise un autre mot plus fort, plus beau. Tiens, je t'en souffle un !" Quand je lui fait remarquer que le mot ne sied pas au sens que je vous donner à la phrase, il lâche avec la folie qui est la sienne : "Écoute stagiaire, pour une belle phrase, il faut être prêt à saborder l'idée, à la zapper".

À l'heure où Le Chroniqueur s'en va, je le revois jouer au guide touristique farceur à notre arrivée dans un pays pour les besoins d'une couverture : "les amis, partons à la recherche d'un hôtel discount de la périphérie" !!!!

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