TUNISIE
13/04/2016 12h:29 CET | Actualisé 13/04/2016 13h:17 CET

Les intrigues de palais attribuées à Habib Bourguiba par le descendant du Bey sont-elles fondées?

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Pour le HuffPost Tunisie, Sofiane Ben M'rad, président de l'association Histoire et Réconciliation - association à caractère scientifique en charge d'apporter des témoignages et des études par l'entremise d'historiens confirmés - revient sur un épisode médiatique qui a fait couler beaucoup d'encre. Il s'agit du passage de Mohamed Ali Bey, arrière petit-fils de Ezzedine Bey, dans le cadre de l'émission "Liman Yajrou Fakat" de dimanche 10 avril, .

Sofiène Ben M'rad commente les faits historiques avancés par l'invité de Samir El Wafi, notamment ceux faisant état de rapports tendus entre la famille Bey et la famille de Habib Bourguiba.

Qui a donc volé les bijoux de la famille Bey?

"Concernant les bijoux, à ma connaissance ils ont été réclamés par le palais de Carthage. Certains ont été volés le jour de la destitution du Bey, d'autres plus tard. Il faut reconnaître que les familles incriminées dans ce vol étaient toutes de petite condition et n'étaient pas réputées pour leur honnêteté. On a construit une image prestigieuse autour de la famille de Habib Bourguiba et ses proches alors que ces derniers étaient loin d'être des personnages honorables", déclare Sofiane Ben M'rad.

Lors de l'émission, Mohamed Ali Bey a affirmé que Wassila Ben Ammar - deuxième épouse de Habib Bourguiba - et sa fille ont volé la bague de Lamine Bey alors que ce dernier était à l'agonie, sur son lit de mort.

Une part de vérité?

Selon Sofiane M'rad, tous les faits historiques évoqués par l'intervenant durant l'émission sont vrais: "Historiquement les faits sont avérés. Habib Bourguiba a déclaré lui-même dans un de ses discours qu'il fallait éliminer le Bey Du Camp, le prince héritier Ezzeddine Bey, il a donné instruction à ce qu'on l'assassine. Le forfait a été commis par un certain Hedi Jabbalah".

Mohamed Ali Bey, a affirmé lors de l'émission que "des assassinats... comme celui de Ezzedine Bey et d'autres" ont été commandités par Bourguiba.

Une république non prévue?

Pour le président de l'association Histoire et Réconciliation, le départ du Bey n'était pas prévu: "Ce fût un coup d'État orchestré par Bourguiba et quelques destouriens. Il n'a jamais été question le 25 juillet 1957 de la proclamation d'une quelconque république. D'ailleurs ceci n'était même pas inscrit à l'ordre du jour de cette assemblée. De plus aucun Tunisien ni aucun parti n'est jamais descendu dans la rue pour réclamer la destitution du Bey et la proclamation de la République. Les Tunisiens se sont retrouvés devant un fait accompli."

Mohamed Ali Bey, arrière-petit-fils de Ezzedine Bey, a déclaré sur le même plateau, qu' "il n'y a jamais eu de révolte contre l'État husseinite, il y a eu un coup d'État de la part de Bourguiba, un coup d'État contre la royauté".

"Il n'a jamais été mandaté pour être le porte-parole de cette famille"

Pour Sofiane M'rad, "l'intervenant dans l'émission de Samir El Wafi M. Mohamed Ali Bey n'a pas qualité pour représenter qui que ce soit et parler au nom des Husseinites. Il n'en est qu'un membre et il n'a jamais été mandaté pour être le porte-parole de cette famille. Il n'a d'ailleurs ni le statut ni les qualités requises à cet effet".

Le président de l'association Histoire et Réconciliation regrette l'absence d'un historien sur le plateau qui aurait pu remettre en place certaines vérités:

"Je constate d'ailleurs que M. El Wafi, qui a invité des intervenants de renom dans son émission, s'est bien gardé de nous prévenir ou de voir un de nos nombreux historiens ou autres membres qualifiés pour cette tâche".

Lors de l'émission en question, Mohamed Ali Bey avait regretté d'avoir affaire à "la fille adoptive de Bourguiba" et aurait "préféré un vrai membre de la famille", c'est-à-dire issu de sa filiation.



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