MAROC
12/04/2016 11h:34 CET | Actualisé 12/04/2016 11h:41 CET

La production et le trafic de médicaments contrefaits bientôt punis par la loi

La production et le trafic de médicaments contrefaits bientôt punis par la loi.
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La production et le trafic de médicaments contrefaits bientôt punis par la loi.

SANTÉ – C’est une gangrène désormais sur la sellette. Le projet de loi 16.16 relative à la lutte contre la production et le trafic de produits médicaux contrefaits devrait être prochainement approuvé par le gouvernement, d’après l’Economiste.

Si l’article 30 de la loi 17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie atteste bel et bien de l’obligation de la vente du médicament en pharmacie, les circuits informels s’y adonnent à cœur joie. Principalement artisanale, la fabrication de médicaments contrefaits au Maroc a quasiment le monopole des herboristes, "qui fabriquent des comprimés, suppositoires et sirops à base de médicaments (corticoïdes et viagra) et de plantes", écrit La Vie éco. Des produits censés traiter les allergies, les problèmes sexuels ou dermatologiques.

La commercialisation de faux médicaments, quant à elle, reste l’apanage des épiceries, où toutes sortes d’antalgiques (pour calmer les douleurs), antitussifs (traitement symptomatique de la toux), anti-inflammatoires, compléments alimentaires ou vitamines peuvent être délivrés à l’unité sans ordonnance, encourageant la progression d’un autre fléau; celui de l’automédication.

Le vice-président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP), Ayman Cheikh-Lahlou, a d’ailleurs regretté le recours à cette pratique, "par ignorance ou manque de moyens financiers" vendredi 8 avril lors d’une conférence de presse à l’occasion du 30e anniversaire de l’AMIP, invitant l’ensemble de la profession à maintenir le cap sur la dimension "responsabilité sociale".

La sécurité médicamenteuse a été l’objet du 9e Congrès scientifique annuel, organisé les 8 et 9 mai 2015 à Fès par la Chambre syndicale des pharmaciens d’officine de Fès (CSPOF), selon l’Economiste. "Nous exhortons les responsables à renforcer les inspections non seulement au sein du corps pharmaceutique comme la loi le dispose, mais surtout au niveau des circuits parallèles qui pèsent de plus en plus sur la profession", avaient dénoncé d’une seule voix les 500 pharmaciens réunis lors de l’événement.

Un phénomène recensé à l’étranger

Le Maroc n'est pas le seul pays touché par le phénomène. Selon un rapport de l'Institut de recherche anticontrefaçon de médicaments (Iracm), dévoilé par L’Express, le marché de la contrefaçon de médicaments a doublé entre 2005 et 2010, à telle enseigne que cette industrie officieuse pèse actuellement 75 milliards de dollars dans le monde.

L'enquête met aussi en lumière "le caractère incroyablement hétéroclite" de cette "nouvelle forme de délinquance en col blanc". Et les découvertes ont largement de quoi faire grincer des dents: du sirop contre la toux contenant de l'antigel, des traitements contre le paludisme qui, en réalité, ne contiennent "rien", des emballages modifiés ou encore des erreurs volontairement commises sur la provenance des excipients. Sans compter qu’aucune pathologie (cancer, sida, diabète, etc.) n’est laissée pour compte. En tout, 1 médicament sur 3 serait contrefait à l’échelle africaine, note l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Une pratique dont la prospérité se voit faciliter par les canaux parfois opaques de la Toile et du commerce en ligne, minimisant l’activité des réseaux mafieux.

Dans le sillage de la lutte contre la contrefaçon des médicaments, le Maroc avait signé le 13 décembre 2012 la convention du Conseil de l’Europe sur la contrefaçon des produits médicaux et les infractions similaires menaçant la santé publique (dite convention Médicrime) entrée en vigueur le 1er janvier 2016. Le royaume n'a, en revanche, toujours pas ratifié la convention.

Cet accord qui s’illustre comme le premier levier international juridiquement contraignant, érige en infractions pénales la contrefaçon, la falsification, la fabrication et la distribution de produits médicaux mis sur le marché sans autorisation ou en violation des normes de sécurité. Outre les sanctions pénales, il introduit aussi des mesures de prévention et de protection des victimes. A ce jour, cinq pays l'ont ratifié: l’Ukraine, l’Espagne, la Hongrie, la Moldavie et la Guinée.

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