MAROC
12/04/2016 07h:12 CET | Actualisé 12/04/2016 07h:12 CET

Au Maroc, le découpage électoral ne sera probablement pas révisé

Découpage électoral: Pas de révision profonde en vue
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Découpage électoral: Pas de révision profonde en vue

ÉLECTIONS - À six mois des élections législatives, une refonte ou une révision profonde du découpage électoral semble de plus en plus improbable. Une source de la majorité qui suit de près le dossier a confié au HuffPost Maroc que la question a été posée lors des rencontres entre les représentants des partis politiques et ceux des ministères de l'Intérieur et de la Justice pour l'amendement des lois électorales. Le ministère de l'Intérieur a alors mis en avant des "difficultés pratiques", qui empêcheraient une révision du découpage électoral avant les élections législatives prévues le 7 octobre.

C'est une demande récurrente des partis politiques, qu'ils expriment à l'approche de chaque scrutin. Pour certaines formations, le découpage actuel est fortement déséquilibré et nécessite révision. D'autant que le dernier recensement général de la population a apporté de nouvelles données sur la population des différentes régions du royaume.

Un découpage qui favorise les provinces peu peuplées

En effet, le cadre spatial de référence du découpage électoral est celui des provinces et des préfectures. "Mais certaines provinces ont une superficie trop limitée et un très faible poids démographique, comme la province de Fahs-Anjra (qui a une superficie de 799 km2 et une population de 76.447 habitants, selon les chiffres du recensement général de la population de 2014 ndlr)", note le président de la commission des élections au Parti de la justice et du développement 'PJD) Abdelhak El Arabi.

Ce qui fait que le découpage actuel favorise les provinces peu peuplées qui disposent d'un minimum de deux députés, quelque soit le nombre d'inscrits. Au final, "on se retrouve avec des circonscriptions peu peuplées où, d'un coté, les listes ne comportent qu'un ou deux candidats, ce qui porte atteinte au principe du scrutin de liste, et de l'autre, avec des députés qui remportent un siège au parlement grâce à 1.600 votes, alors que dans d'autres circonscriptions plus peuplées, il faut remporter dix fois plus de voix pour espérer décrocher un siège au parlement", toujours selon Abdelhak El Arabi.

Pour être résolue, cette problématique nécessitera une révision du découpage administratif, "ce qui ne sera pas possible durant une année électorale, car le découpage administratif ne devrait se fonder ni être pris en otage par des considérations électorales", a argumenté le ministère de l'Intérieur lors des rencontres avec les représentants des partis politiques.

Les grands villes divisées en plusieurs circonscriptions

Mais alors que 84% des provinces et des préfectures correspondent à une circonscription électorale, il n'en est pas de même pour les grandes villes: la ville de Casablanca est découpée en huit circonscriptions, Marrakech en trois, Rabat en deux. À ce sujet, il y a lieu de noter que ce qui était censé être l'exception est devenu la règle: la loi dispose que le cadre spatial de référence pour le découpage électoral est celui de la province et de la préfecture, et qu'exceptionnellement, certaines provinces et préfectures pourront êtres découpées en plusieurs circonscriptions. C'est cette exception qui a régi le découpage de presque toutes les grandes villes.

Selon Abdelhak El Arabi, "ce déséquilibre dans le découpage finit par donner lieu à un déséquilibre dans la représentation. Nous comprenons que dans le cas des provinces du Sud, le découpage soit maintenu tel qu'il est, mais nous plaidons pour un découpage électoral qui ne soit pas forcément concordant avec le découpage administratif des préfectures et des provinces, et qui ne divise pas non plus les villes en plusieurs circonscriptions. Le découpage devrait se baser, essentiellement, sur le critère du poids démographique, afin que les élections soient équitables."

Les provinces du Sud: un cas spécifique

"Le découpage électoral actuel "assure une surreprésentation des provinces dites sahariennes. Six des sept provinces concernées bénéficient d’un député pour moins de 20.000 inscrits, alors que la moyenne nationale est d’un député pour 44.617 inscrits", écrit le géographe David Goeury, qui ajoute que "seule la province de Laâyoune s’avère être dans la moyenne basse avec 34 243 inscrits par députés, tandis que les populations des provinces d’Aousserd et de Tarfaya s’avèrent très largement surreprésentées avec, respectivement, un député pour 3824 et 4774 inscrits. À titre de comparaison, la province la moins bien représentée, Khemisset, ne dispose que d’un député pour 74.469 inscrits, soit un ratio de 1 à 20. Ce biais est cependant atténué par le système de la liste nationale des femmes et des jeunes amenant 90 députés, soit 23 %, à être élus par un scrutin de liste à l’échelle nationale".

Une situation qui ne pose pas problème pour les partis politiques, qui estiment que la surreprésentation des provinces du Sud est amplement justifiée par l'importance de ces régions, ainsi que par la spécificité des modes d'habitation.

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