MAROC
12/04/2016 11h:07 CET

Jamais sortis de leur village, des enfants marocains se rendent en Norvège

Le 10 avril, des enfants du village Adghagh An Mersa se sont envolés pour le Norvège
Driss Hachimi/EWA
Le 10 avril, des enfants du village Adghagh An Mersa se sont envolés pour le Norvège

RURAL - Ces dix enfants issus de Adghagh An Mersa, un village isolé du Moyen-Atlas, ne pensaient jamais avoir l'opportunité de sortir du périmètre de leur habitation. Et pourtant, depuis le 10 avril et jusqu'au 17, ils font partie d'un programme d'échange en Norvège, où ils sont en train de mettre au point un système reposant sur de l'énergie solaire pour leur village.

Tout a commencé en 2011, lorsque Lamia Bazir, une étudiante de l'université Al-Akhawayn, découvre le village. "Un professeur nous a demandé d'appliquer un exercice de démarche participative, une sorte de leçon en dehors de l'université", raconte-t-elle au HuffPost Maroc. Si son passage dans cette zone rurale ne dure qu'un après-midi, les femmes du village insistent pour garder son contact et prennent régulièrement de ses nouvelles.

Après un moment, je revenais souvent pour les voir. C'est ainsi qu'est née l'idée de fonder avec ces femmes un centre multi-services qui sera géré par elles, afin de contribuer à leur autonomie.

Empowering women in the Atlas

Lamia Bazir et ses nouvelles amies fondent donc Empowering Women in the Atlas (EWA), une initiative contribuant à améliorer les conditions de vie des habitants du village en positionnant les femmes en tant que leaders.

L'association prend de plus en plus d'ampleur, et Lamia revient en 2013 à Adghagh An Mersa annoncer aux femmes du village son départ pour les Etats-Unis, afin d'entamer ses études de master. "Elles m'ont alors demandé de retrouver un certain ami à elles, Josh, un ancien corps de la paix américain qui a vécu dans le village", poursuit la fondatrice d'EWA.

femmes

Ces femmes, qui n'ont jamais quitté leur village pour la plupart, ne se doutaient pas que la tâche confiée à leur jeune amie fraîchement diplômée se révélait, de prime abord, quasi-impossible. Mais c'est sans compter sur le pouvoir des réseaux sociaux.

Opération levée de fonds

Une fois aux Etats-Unis, Lamia Bazir décide de lever des fonds pour son village d'adoption, en mentionnant bien entendu son nom sur Facebook. Et c'est là que la magie opère.

Un jour, je me connecte sur Facebook et trouve un message envoyé par un certain Joshua Cabell. C'était lui!

Josh, désormais installé en Norvège, lui raconte donc son passage dans ce village. Lamia, elle, l'informe de son projet. L'Américain, qui se rappelait encore de ses voisines, adhère immédiatement à l'initiative EWA et se mobilise pour lever des fonds pour les enfants et les femmes du village. "Il nous a également apporté de l'expertise pour le projet solaire que nous avons lancé", précise Lamia.

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C'est ainsi que dix enfants et adolescents, âgés de 13 à 17 ans, ont pu se rendre le 10 avril à la municipalité de Tingvol. "C'était un parcours du combattant. Ils n'avaient ni carte d'identité ni passeport, donc le projet était un grand défi administratif avant tout!", se remémore la jeune rbatie.

Je me souviens quand nous les avons accompagnés à Rabat pour les démarches administratives. Ils étaient tout excités, parce qu'ils n'étaient jamais sortis de leur village. Ils découvraient avec émerveillement le train.

Actuellement, les enfants qui participent à l'échange prennent part à des activités culturelles et éducatives avec des jeunes Norvégiens de leur âge, et font partie d'un workshop sur l'énergie solaire adapté à leur village. "Le but, pour moi, c'était d'en finir avec le stéréotype des populations rurales qui jouent toujours le rôle des bénéficiaires passifs, et démontrer l'importance d'investir dans le leadership des jeunes et des femmes dans le milieu rural", estime celle qui a obtenu le prix des Nations unies pour le volontariat en 2015, pour son projet EWA.

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A leur retour, leurs nouveaux amis norvégiens leur rendront visite, afin de découvrir leur village mais aussi pour faire avancer le projet solaire qui sera géré par les femmes du village.