TUNISIE
08/04/2016 17h:34 CET

Tunisie: Un 9 avril sur fond de contestation des familles des martyrs et blessés de la révolution

Tunisian citizens leave flowers and light up candles at Mohamed V avenue in memory of the 12 martyrs. The Islamic State group claimed responsibility for Tuesday's attack on a bus in central Tunis, which left 12 dead plus the attacker. (AP Photo/Riadh Dridi)
ASSOCIATED PRESS
Tunisian citizens leave flowers and light up candles at Mohamed V avenue in memory of the 12 martyrs. The Islamic State group claimed responsibility for Tuesday's attack on a bus in central Tunis, which left 12 dead plus the attacker. (AP Photo/Riadh Dridi)

A l'occasion du 9 avril, journée nationale des martyrs, le dossier épineux des dossiers des martyrs de la révolution refait surface.

"Après la liste définitive des martyrs, l'Instance supérieure des droits de l’Homme et des libertés essentielles fournira bientôt une liste des blessés avec un rapport détaillant les critères de ce listing ", a déclaré Majdouline Cherni, présidente de l’Instance générale des martyrs et blessés de la révolution et des opérations terroristes sur les ondes d'Express Fm, le 8 avril.

5 ans après, et à la suite d'une période de ballottage entre différents ministères, le dossier des martyrs et blessés finit par trouver place à l’Instance générale des martyrs et blessés de la révolution et des opérations terroristes, présidée par Majdouline Cherni qui occupait avant le poste de secrétaire d’Etat chargée du dossier des martyrs et des blessés de la révolution, un secrétariat d'Etat rattaché au ministère des Affaires sociales.

La nouvelle Instance est placée sous la tutelle du ministère des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et des droits de l'Homme.

"La création de cette instance a pour but de coordonner les actions des différents ministères concernés par ce dossier. Nous visons plus d'efficacité et une bonne gouvernance", a martelé sa présidente.

Toutefois, le temps est encore au comptage des martyrs et blessés "réels" de la révolution, étant donné que la véracité des listes précédentes a été remise en cause.

"La liste primaire contient 340 martyrs, mais je peux confirmer que plusieurs ont exploité la situation de confusion après la révolution pour insérer des noms à cette liste. De faux certificats médicaux ont été délivrés pour bénéficier par la suite de bénéfices financiers et d’emplois", avait affirmé Majdouline Cherni lors de la publication de la liste définitive des martyrs, en octobre 2015 sur les ondes de Mosaique Fm.

Entre-temps, les familles des martyrs ont adressé, dans ce but, une lettre au président de la République, l’interrogeant sur la date de publication de la liste définitive contenant les martyrs et les blessés. Cette lettre a été publiée sous forme de pétition en ligne.

"Il est honteux que 6 ans après le 14 janvier, on n'ait même pas une liste pour les blessés et martyrs de la révolution alors que c'est la moindre des choses", a fustigé Charfeddine Kallil, avocat des familles des martyrs et blessés de la révolution, contacté par le HuffPost Tunisie.

Il appelle à accélèrer la publication de la liste définitive, remise au président de la République, Béji Caid Essebssi, depuis des mois et en attente d'une signature de ce dernier pour être publiée au Journal officiel de la République tunisienne ( JORT).

"Les tergiversations de la présidence de la République sont dues au fait qu'ils savent qu'il y aura des contestations massives contre cette liste car de nombreuses personnes, présentes dans la première liste publiée, ont été rayées de celle-ci. L'argument avancé est que ces dernières sont décédées dans les prisons dans les actes de rébellion qui ont lieu juste après le 14 janvier. Or jusqu'à maintenant on ne sait pas ce qui s'est passé dans les prisons à l'époque; qui a ouvert les portes, comment ces personnes sont mortes, qui les a tuées et pourquoi il y a eu une médiatisation de l'affaire. Avant d'exclure ces gens, il faut dévoiler la vérité sur ces évènements, qu'on explique aux familles endeuillées les raisons de l'exclusion de leurs enfants de la liste des martyrs", explique-t-il.

Charfeddine Kellil avance qu'il possède des dossiers démontrant que l'administration pénitentiaire ainsi que la justice militaire ont sciemment classé ces affaires pour couvrir certaines meurtriers. Il cite notamment l'affaire Abdesselam Hamdi, un prisonnier décédé mais dont l'affaire a été classée sans suite. L'avocat avance que son meurtrier est pourtant connu.

L'affaire des martyrs et blessés de la révolution marginalisée?

Comme son nom l'indique, l'Instance se penche aussi sur le dossier des familles des martyrs et blessés du terrorisme. Les familles des martyrs auront 40 mille dinars en guise de compensation financière, le recrutement d'un membre de la famille dans la fonction publique et la priorité de bénéficier des logements sociaux, a annoncé Majdouline Cherni.

Pour les blessés, ils auront une compensation financière (entre 4 et 10 mille dinars). Ils bénéficieront d'une prise en charge médicale gratuite et d'un droit au transport public gratuit, a-t-elle ajouté.

"Nous essayons, par ailleurs, de faciliter les procédures administratives pour les ayant-droits à travers la création d'un identifiant unique pour chacun d'entre eux", explique Majdouline Cherni.

Charfeddine Kellil avance qu'il y a eu "un détournement de fonds" et "un vol" des droits des familles des blessés et martyrs de la révolution.

Il révèle ainsi qu'une aide d'un pays du Golfe pour les familles a été distribuée au profit des bénéficiaires de l'amnistie générale, de l'aveu même de Yamina Zoghlami, qui était chargée du dossier des familles des martyrs à l'Assemblée nationale constituante.

"La question des martyrs de la révolution n'a jamais été une priorité en Tunisie. A chaque fois, on la noie avec d'autres dossiers, tantôt avec ceux des bénéficiaires de l'amnistie générale, tantôt avec les victimes de terrorisme", déplore Kellil.

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