MAROC
08/04/2016 07h:33 CET | Actualisé 08/04/2016 07h:37 CET

Tashky, le site qui veut démocratiser l'art au Maroc

Capture d'écran

CULTURE - Démocratiser l’art. Voici l’enjeu de la plateforme en ligne Tashky, qui vient d’être lancée sur la toile. Le concept: s’associer avec des artistes peintres en mettant à leur disposition des ateliers et le matériel nécessaire, et proposer à la vente à des prix (très) réduits les oeuvres de ces derniers, exclusivement sur le site Tashky, dont le nom fait référence à Founoune Tashkyliya (arts picturaux). Les oeuvres exposées sont livrées partout au Maroc.

"Notre business model consiste à signer des contrats avec des artistes, qui, en devenant associés, partagent les risques mais aussi les bénéfices, quand bénéfice il y a", nous explique le tétouanais Fayssal Fertakh, initiateur du projet. L’artiste peut ainsi "se concentrer uniquement sur la création, et se détacher d’autres aspects comme la logistique, la comptabilité et le marketing".

La plateforme propose un catalogue composé de près de 500 oeuvres (sculptures, tableaux…), toutes vendues à des prix attractifs, car "la quantité est la clé de notre pérennité". Mais seul un "avant-goût" du catalogue est pour le moment exposé.

tashky

"Les artistes avec qui nous sommes associés ne signent pas leurs oeuvres, pour ne pas faire baisser la cote dont ils jouissent. Cela leur fait en revanche des rentrées d’argent quotidiennes", ajoute Fayssal Fertakh.

L’autre objectif est de "rapprocher l’art du public, d’autant que les Marocains s’y intéressent de plus en plus. Or au Maroc, les oeuvres d’art sont rarement destinées aux personnes dont les revenus sont limités. Au contraire, au Royaume-uni ou en Australie, des foires de biens culturels abordables sont souvent organisées, et ciblent le consommateur à petit budget qui habite dans un petit appartement. Tashky s'inscrit dans la même logique".

Pour l’heure, faute de ressources, et pour faciliter la coordination, la plupart des artistes associés au projet (ils sont une dizaine) habitent à Tétouan, tout comme l’initiateur du projet. Cela tombe bien car ils sont pour la plupart diplômés de la réputée école des Beaux-arts de la plus andalouse des villes marocaines.

Pour l'histoire, l'influence de peintres marocains célèbres qui ont marqué l'histoire de l'école (Mohamed Melehi), ou plus largement les écoles picturales marocaines (Chaïbia Talal pour l'art naïf, Mahi Binebine pour les contemporains), est très palpable.

Il n'empêche que les ventes restent pour le moment confidentielles: "Nous vendons par le biais du bouche à oreille. Mais bientôt, on va sponsoriser notre page Facebook pour toucher plus de personnes", annonce Fayssal Fertakh.

tashky

Le projet, dont le slogan est "l'adorable au prix abordable", est néanmoins "ouvert à tout artiste qui souhaite collaborer avec nous, quel que soit la ville où il réside. Il suffit de nous contacter via notre site ou notre page Facebook", indique encore le fondateur de Tashky.

Il faut dire qu'à 42 ans, ce dernier est un grand habitué des projets solidaires et participatifs. Entre 2005 et 2012, après une carrière de cadre dans le secteur privé en Arabie saoudite puis en Angleterre, ce diplômé en marketing et en commerce international lâche tout pour se consacrer à Wikipedia. Il faisait alors partie du cercle très fermé (une quinzaine de personnes) qui composait à l’époque le comité d’arbitrage de la célèbre encyclopédie participative, et contribuera à l'émergence de l'encyclopédie. Il lancera plus tard le site Bitelma (où les internautes sont invités à dénoncer, photo à l’appui, le mauvais état des toilettes publiques), puis co-fonde le site tarjemly.ma, devenu depuis une référence de la traduction dans la région Mena.

fayssal fertakh et jimmy wales

Fayssal Fertakh et Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, en septembre 2009 à Buenos Aires

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