MAROC
08/04/2016 06h:56 CET | Actualisé 08/04/2016 06h:58 CET

Seuil électoral: Benkirane approuve l'abaissement, Abdelilah non

Abdelillah Benkirane, secretary-general of the Islamist Justice and Development party (PJD), casts his ballot at a polling station in Rabat September 4, 2015.  Morocco's ruling Islamist party on Friday faced a major test of its dominance as polls opened for local elections for which most opposition parties have campaigned on anti-corruption platforms and against privileges for the elite. REUTERS/Youssef Boudlal
Youssef Boudlal / Reuters
Abdelillah Benkirane, secretary-general of the Islamist Justice and Development party (PJD), casts his ballot at a polling station in Rabat September 4, 2015. Morocco's ruling Islamist party on Friday faced a major test of its dominance as polls opened for local elections for which most opposition parties have campaigned on anti-corruption platforms and against privileges for the elite. REUTERS/Youssef Boudlal

ÉLECTIONS - Le Chef du gouvernement approuve l'abaissement du seuil électoral. L'information a de quoi surprendre, quand on sait que le Parti de la justice et du développement (PJD) s'est longtemps opposé – et s'oppose toujours – à l'abaissement du seuil à 3%.

Alors que Souleiman El Amrani, vice-secrétaire général du PJD et porte-parole du parti indique que le ministère de l'Intérieur Mohamed Hassad n'a pas pris contact avec son parti concernant l'abaissement du seuil électoral, il s'avère que le ministre de l'Intérieur a bien notifié Abdelilah Benkirane de sa décision d'abaisser le seuil. Et la décision a été approuvée par Abdelilah Benkirane.

Mais "l'approbation de l'abaissement du seuil par le Chef du gouvernement ne nous engage à rien. Abdelilah Benkirane nous a bien signalé qu'il a pris cette décision en tant que Chef du gouvernement, qui prend en considération ce que la majorité des partis marocains veut." Néanmoins, "dans ce débat sur le seuil électoral, Abdelilah Benkirane estime que le parti peut prendre la décision qu'il souhaite, et la défendre, comme le restant des partis politiques", nous indique Abdelhak El Arabi, président de la commission des élections au Parti de la justice et du développement (PJD).

Le PJD continuera donc de défendre le maintien du seuil électoral à 6%. Faute de pouvoir le relever: "nous ne demandons pas le relèvement du seuil à 10%, comme l'Istiqlal, mais dans l'idéal, nous pensons qu'un seuil de 8% est raisonnable. Néanmoins, après une réunion du secrétariat général du parti, nous sommes sortis avec la conclusion selon laquelle le seuil actuel ne pose pas de problème", explique M. El Arabi.

Intégration vs fragmentation

Les formations politiques qui soutiennent l'abaissement du seuil avancent que cela permettra d'intégrer "le maximum de courants et de forces politiques dans les institutions", comme l'a expliqué au HuffPost Maroc Karim Taj, membre du bureau du Parti du progrès et du socialisme (PPS).

Ceux qui s'y opposent, comme le Parti de l'Istiqlal (PI) et le PJD, estiment qu'un abaissement du seuil électoral contribuera à une plus grande fragmentation du jeu politique. Il permettra aux petits partis, non ou faiblement représentés au parlement aujourd'hui, de n'être pas exclus de la répartition des sièges, et, ainsi, ne rendra que plus hétéroclites les coalitions entre partis, qui seront de plus en plus nombreux à siéger au parlement, selon le PJD.

Le non-dit, c'est qu'il conduira aussi à une réduction du nombre de sièges des grands partis à la Chambre des représentants. Citant une source de la direction du PJD, le quotidien Akhbar Al-Yaoum rapportait, il y a quelques semaines, que le parti de la lampe s'attend à remporter entre 120 et 130 sièges avec un seuil de 6%, mais ne pourra pas obtenir plus de 60 sièges si le seuil venait à être abaissé à 3%.

Sans se pencher sur la validité de ce calcul – le PJD risque, en effet, de perdre des sièges, à l'instar des autres grands partis politiques, mais une division du seuil par deux ne s'accompagnera pas forcément d'une division des sièges potentiels par deux – la principale raison qui pousse les grands partis que sont l'Istiqlal et le PJD à s'opposer à l'abaissement du seuil est, effectivement, leur crainte de perdre des sièges au parlement. Et donc de former des majorités de plus en plus fragiles, s'ils venaient à former majorité.

LIRE AUSSI: