ALGÉRIE
08/04/2016 09h:54 CET | Actualisé 08/04/2016 09h:55 CET

Crise de l'acier: la sidérurgie chinoise dans la tourmente, minée par les surcapacités

Des centaines d'ouvriers licenciés manifestent devant le siège de Guofeng Steel Company à Tangshan, province nord de la Chine, désormais contrainte de stopper sa production le 5 avril 2016
AFP
Des centaines d'ouvriers licenciés manifestent devant le siège de Guofeng Steel Company à Tangshan, province nord de la Chine, désormais contrainte de stopper sa production le 5 avril 2016

Les exportations à bas prix ne permettent pas d'absorber les colossales surcapacités de la sidérurgie chinoise: à Tangshan, capitale de l'acier en Chine, des centaines d'ouvriers licenciés ont manifesté cette semaine devant des usines désormais contraintes de stopper leur production.

Dans cette métropole industrielle du Hebei (nord), l'euphorie des années 2000 est révolue: comme plusieurs aciéries, le groupe étatique Guofeng a fermé la semaine dernière un de ses sites de production, arguant de "facteurs incontrôlables".

D'où quelque 4.000 employés concernés par la vague de licenciements, ont assuré mardi à l'AFP d'anciens ouvriers, qui occupaient une route menant aux bureaux de l'entreprise.

"J'ai une fille, je fais vivre ma famille. Qu'est-ce que je vais devenir ?", se lamente l'un d'eux.

Plusieurs brandissaient des copies du droit du travail chinois, réclamant le versement d'indemnités, tandis que des policiers leur interdisaient l'accès au complexe industriel. Contacté par l'AFP, Guofeng s'est refusé à tout commentaire.

Plombés par le recul de la demande intérieure et la dégringolade des prix, beaucoup d'aciéristes, non rentables, survivent grâce à l'endettement et aux aides publiques.

L'an dernier, les pertes combinées des principaux producteurs d'acier chinois ont été multipliées par 24 par rapport à 2014 pour dépasser l'équivalent de 13,6 milliards d'euros, selon leur fédération, la China Iron and Steel Association.

'Choc pour le marché'

Entre 2000 et 2014, la production d'acier en Chine a été multipliée par sept, dopée par de massifs investissements, un gigantesque plan de relance, le boom du marché immobilier et l'urbanisation à tous crins.

Les entrepreneurs privés s'ajoutant aux mastodontes étatiques, la Chine en est arrivée en 2014 à produire quelque 820 millions de tonnes d'acier par an: la moitié de l'offre mondiale.

Mais c'est alors que la demande chinoise a commencé à fléchir brusquement, sur fond de refroidissement de l'immobilier et d'essoufflement de la croissance.

Le décalage donne aujourd'hui le vertige: le géant asiatique pourrait sortir de ses usines jusqu'à 1,2 milliard de tonnes d'acier par an, alors que la demande nationale atteint laborieusement 700 millions de tonnes.

Les aciéristes tentent donc de multiplier leurs ventes à l'étranger pour écouler leurs surplus.

"En 2015, la Chine a exporté environ 100 millions de tonnes (...) Une bouffée d'oxygène pour l'industrie locale, mais un choc pour le marché international", a reconnu Cai Rang, président de l'Institut de recherche chinois sur le fer et l'acier, cité par un média officiel.

Le déferlement de cet acier à des prix défiant toute concurrence, qui compromet la fragile reprise des sidérurgistes européens et américains, a amené plusieurs membres de l'Union européenne, France comprise, à demander des taxes antidumping, alignées sur les sanctions déjà imposées par Washington.

Seule une petite proportion des exportations chinoises est destinée à l'Europe, l'Asie restant leur débouché prioritaire. Mais au vu des volumes chinois, "même une part limitée des exportations peut avoir un impact pénalisant", explique à l'AFP Kevin Bai, analyste du cabinet CRU Group.

'Aimez votre pays'

Conscient du problème, Pékin a promis de supprimer entre 100 et 150 millions de tonnes de capacités de production d'ici à 2020, au prix de 500.000 emplois, soit plus que les 328.000 salariés de l'acier de toute l'UE.

Pour les ouvriers de Tangshan, qui avaient vu leur salaire mensuel s'envoler depuis les années 1990 --de moins de 1.000 yuans à plusieurs milliers actuellement--, l'avenir paraît sombre.

Autant que pour le secteur du charbon, lui aussi sinistré, qui pourrait voir disparaître 1,3 million d'emplois. D'importantes manifestations de mineurs le mois dernier à Shuangyashan (nord-est) ont été sévèrement réprimées, avec des dizaines d'arrestations.

Dans un régime communiste soucieux d'étouffer toute contestation sociale, les ouvriers de Tangshan redoutent également l'intervention des forces de l'ordre.

"Certains ont déjà été interpellés. La police m'a averti qu'ils m'emmèneraient aussi si je faisais du grabuge", raconte à l'AFP M. Shao, 41 ans, ouvrier de Guofeng.

Venus pour beaucoup des campagnes, les licenciés "n'ont aucun espoir de pouvoir revenir à l'agriculture", se désole-t-il.

"A l'usine, on nous disait: +Aimez votre pays!+", poursuit Shao. "Mais je vais voir mon enfant manger un seul repas par jour, parce que les prix alimentaires sont trop élevés. Comment accepter ça ?".

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.