MAROC
07/04/2016 05h:46 CET | Actualisé 07/04/2016 05h:46 CET

Le ministère de l'Intérieur contacte des partis politiques pour proposer un abaissement du seuil électoral

L'abaissement du seuil électoral proposé par le ministère de l'Intérieur
ASSOCIATED PRESS
L'abaissement du seuil électoral proposé par le ministère de l'Intérieur

ÉLECTIONS - Le 4 avril, le ministère de l'Intérieur a pris contact avec certains leaders de partis politiques afin de leur proposer l'abaissement du seuil électoral à 3%, au lieu de 6% actuellement.

Le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a ainsi déclaré au journal en ligne Médias24 que le ministre de l'Intérieur l'avait contacté pour l'aviser de cette proposition. "Nos deux positions s’accordent", a-t-il indiqué. Mohamed Khalidi, secrétaire général du Parti de la renaissance et de la vertu (PRV), a de son côté indiqué au site d'information Qushq.com que le ministre de l'Intérieur l'a contacté le dimanche 3 avril pour l'informer également de la proposition d'abaisser le seuil électoral.

Du côté du Parti de la justice et du développement (PJD), on affirme que rien n'est encore tranché. Contacté par le HuffPost Maroc, le porte-parole du PJD Souleiman El Amrani indique prudemment que le ministère de l'Intérieur n'a pas pris contact avec son parti, et que concernant l'abaissement du seuil, "rien n'est officiel, vu qu'il faudra, au préalable, discuter cela avec les partis politiques" lors d'une réunion de la commission des élections, en présence des représentants des partis politiques marocains et des ministères de l'Intérieur et de la Justice.

Vu les réactions des chefs de partis marocains, il s'avère que certains d'entre eux ont été contactés par le ministère de l'Intérieur, d'autres non. Et ce qui n'était, au début, qu'une rumeur, se confirme progressivement: le ministère de l'Intérieur ne se contente pas seulement de recueillir les points de vues des partis sur les aspects relevant du seuil électoral, mais promeut bel et bien un abaissement du seuil à 3%.

Intégration vs fragmentation

Les formations politiques qui soutiennent l'abaissement du seuil avancent que cela permettra d'intégrer "le maximum de courants et de forces politiques dans les institutions", comme l'a expliqué au HuffPost Maroc Karim Taj, membre du bureau du Parti du progrès et du socialisme (PPS).

Ceux qui s'y opposent, comme le Parti de l'Istiqlal (PI) et le PJD, estiment qu'un abaissement du seuil électoral contribuera à une plus grande fragmentation du jeu politique. Il permettra aux petits partis, non ou faiblement représentés au parlement aujourd'hui, de n'être pas exclus de la répartition des sièges, et, ainsi, ne rendra que plus hétéroclites les coalitions entre partis, qui seront de plus en plus nombreux à siéger au parlement, selon le PJD.

Le non-dit, c'est qu'il conduira aussi à une réduction du nombre de sièges des grands partis à la Chambre des représentants. Citant une source de la direction du PJD, le quotidien Akhbar Al-Yaoum rapportait, il y a quelques semaines, que le parti de la lampe s'attend à remporter entre 120 et 130 sièges avec un seuil de 6%, mais ne pourra pas obtenir plus de 60 sièges si le seuil venait à être abaissé à 3%.

Sans se pencher sur la validité de ce calcul – le PJD risque, en effet, de perdre des sièges, à l'instar des autres grands partis politiques, mais une division du seuil par deux ne s'accompagnera pas forcément d'une division des sièges potentiels par deux – la principale raison qui pousse les grands partis que sont l'Istiqlal et le PJD à s'opposer à l'abaissement du seuil est, effectivement, leur crainte de perdre des sièges au parlement. Et donc de former des majorités de plus en plus fragiles, s'ils venaient à former majorité.

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