ALGÉRIE
07/04/2016 06h:00 CET | Actualisé 07/04/2016 10h:59 CET

Les bureaux de change réautorisés à acheter et vendre des devises en Algérie

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La Banque d'Algérie a officiellement réautorisé les bureaux de change à effectuer des opérations de change des devises, dans un nouveau règlement publié dans le dernier Journal officiel. Selon des experts relayés par l'APS, si cette opération, effectuée exclusivement par les Banques depuis 2007, devrait "constituer un pas dans la lutte contre le marché informel de la devise", "son aboutissement dépendra de l'attractivité des taux de change qui seront pratiqués".

Le nouveau règlement de la Banque d'Algérie (BA) relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l'étranger et aux comptes devises apporte en fait une seule nouveauté: autoriser les bureaux de change à effectuer des opérations de change.

La BA précise que ces opérations de change sont un "achat contre monnaie nationale de billets de banque et de chèques de voyage libellés en monnaies étrangères librement convertibles auprès des personnes physiques résidentes et non-résidentes, au sens de l'article 2 du règlement n° 07-01 du 15 Moharram 1428 correspondant au 3 février 2007, susvisé", explique la BA dans le Journal Officiel.

Il s'agit aussi de "vente contre monnaie nationale de billets de banque libellés en monnaies étrangères librement convertibles, au profit des personnes physiques non-résidentes, concurrence du reliquat des dinars en leur possession, la fin de leur séjour en Algérie et provenant d'une cession de devises préalablement réalisée".

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L'exercice de ces bureaux en Algérie a été autorisé en 1997. Une activité qui n'a cependant pas incité les personnes morales et physiques à s'y impliquer, vue la faible offre des devises et la faible rémunération de ces bureaux, fixée à 1% par la BA. Sur les 46 bureaux de change agréés depuis 1997, seulement six sont encore ouverts à ce jour.

La Banque d'Algérie avait ainsi introduit un règlement en 2007, relatif aux comptes devises, qui limite l'exercice des opérations de change aux banques. Ce nouveau règlement de la BA est ainsi venu modifier l'article 21 du règlement de 2007 pour réautoriser les bureaux de change à effectuer des changes de devises.

Un suicide bancaire

Quant aux prérogatives de ces bureaux, elles restent inchangées par rapport à l'instruction 03-97 du 16 avril 1997, régissant l'activité de ces opérateur. Les résidents et non-résidents pourront acheter des devises contre des dinars. Néanmoins, seuls les non-résidents pourront vendre des devises contre des dinars.

Cette vente des devises reste cependant conditionnée: elle ne peut se faire qu'à "concurrence du reliquat des dinars en leur possession à la fin de leur séjour en Algérie", explique le nouveau règlement? Ce reliquat provient ainsi d'une cession de devises préalablement réalisée.

En dehors de cette exception, l'achat des dinars contre des devises reste interdit aux bureaux de change.

Sinon, une convertibilité totale du Dinar, c'est-à-dire le libre achat et de vente de la monnaie nationale contre des devises serait "un suicide" pour la balance des paiements algérienne, a dit une source bancaire à l'APS.

"Aucun pays émergent, qui a des rentrées limitées en devises ou issues d'une seule ressource, comme les hydrocarbures pour l'Algérie, ne peut autoriser une convertibilité totale de sa monnaie ! car une telle mesure se répercutera immédiatement par une sortie massive des devises vers l'étranger", explique la même source.

"Même les institutions internationales les plus libérales comme le FMI n'ont pas demandé, ni à l'Algérie ni à un autre pays émergent, de rendre totalement convertible sa monnaie", soutient-elle en réponse à certains observateurs ayant prédit une telle mesure.

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Augmentation de la marge bénéficiaire

Les experts estime que le succès des bureaux de change dépend tout de même de l'attractivité des taux de change qui y seront pratiqués.

"Une marge bénéficiaire de 1%, comme c'est le cas actuellement, veut dire que le bureau de change peut acheter la devise à un prix inférieur à 1% par rapport au taux de change de la BA et la vendre à un prix supérieur de 1% de ce taux, et c'est infime comme gain, comparé aux gains réalisés sur le marché informel de la devise", note un banquier.

Il faudrait de ce fait augmenter ces marges bénéficiaires de manière "très significatives", dira la même source.

Au moment où un euro par exemple oscille entre 190 DA et 165 DA au square Port-Saïd, depuis octobre dernier, il est échangé dans une fourchette autour de 120 DA sur le marché officiel. Un écart qui atteint parfois les 60%.

D'autres observateur estime le relèvement de la marge bénéficiaire des bureaux de change apportera très peu à la lutte contre le marché informel de la devise.

Dans un entretien accordé au quotidien francophone El Watan, Badreddine Nouioua, ex-gouverneur de la Banque d'Algérie, a de son côté estimé que "le bureau de change ne peut pas exister ni fonctionner tant qu'il y aura ce marché parallèle, et ce, même si on augmente leurs commissions".

"L’élimination du marché parallèle des changes est une action extrêmement longue et difficile et elle aurait dû être entreprise il y a très longtemps. Mais, pour diverses raisons, on le maintient et on le tolère. Selon vous, quelle est la personne qui détient des devises et qui accepterait de les céder au taux officiel à un bureau de change, alors qu’elle peut s’adresser au marché informel et réaliser une plus-value qui peut atteindre 50% ou même 80% dans certains cas ?", a-t-il déclaré.

Tant que l'offre de devises autorisée par le contrôle de change reste limitée, et tant que les voyageurs peinent à trouver les devises dont ils ont besoin, le marché parallèle existera toujours, a affirmé M. Nouioua.

"Tant qu’il existe une demande de devises supérieure à celle autorisée par le contrôle des changes, tant que celui-ci comprend des restrictions et tant que les gens n’arrivent pas à obtenir les devises dont ils ont besoin par le canal officiel, ils recourront nécessairement à des pratiques illégales et notamment au marché parallèle.

Square Saïd n'est pas prêt d'être mis au chômage. La "bourse" informelle peut continuer à fonctionner en mode pépère, estime un habitué.

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