TUNISIE
07/04/2016 07h:36 CET | Actualisé 08/04/2016 11h:20 CET

La Banque centrale de Tunisie s'inquiète du recours au bitcoin, l'accusant de financer le terrorisme

lolloj

BITCOIN - Chedly Ayari, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, s'est déclaré opposé à l’entrée de la monnaie électronique décentralisée Bitcoin sur le marché tunisien mardi 5 avril, lors d'un forum arabe sur les crimes financiers organisé par l’Union internationale des banquiers arabes.

"Cette monnaie est plus complexe que celle traditionnelle car elle peut être utilisée pour financer le terrorisme", a-t-il notamment déclaré, pointant du doigt le caractère intraçable de la monnaie et ses usages anonymes.

Le bitcoin, étendard des défenseurs de la vie privée

Cette prise de position n'est pas partagée dans les milieux technophiles et hacktivistes, où le bitcoin (voir présentation vidéo ci-dessus) est vu comme un outil au service de la protection de la vie privée, dans le droit fil d'une pensée "crypto-anarchiste".

Le bitcoin s’appuie sur des technologies si sophistiquées qu’il est difficile de le traquer, ce qui en fait un « havre...

Posté par Slimus BZ sur mercredi 6 avril 2016


Mais qu'est-ce que le bitcoin? Comme le montre la vidéo ci-dessous, il s'agit d'une monnaie décentralisée, gérée par la communauté de ses utilisateurs.

Une monnaie sans Banque centrale

Les échanges sont entièrement chiffrés, et le compte de l'utilisateur peut être - relativement - anonyme. C'est là que résident les craintes de ses opposants. Mais pourtant le bitcoin se fait depuis quelques années une place dans les échanges: les sites marchands sont de plus en plus nombreux à l'accepter, les frais de transaction étant plus faibles qu'avec les paiement classiques, comme le montre - entre autres - ce reportage d'Arte (13 minutes), qui souligne par ailleurs que les Etats restent jaloux de leur souveraineté monétaire:

"Cette perte de pouvoir sur la monnaie est ce qui explique que les Etats n'ont aucun intérêt au bitcoin", pour un utilisateur tunisien contacté par le HuffPost Tunisie, et qui a préféré garder l'anonymat. "Avec le bitcoin la gouvernance est partagée, et chacun peut faire confiance à cette base de données distribuée, qui n'appartient à personne et appartient à tous", souligne cet utilisateur. "Aucun Etat n'y a intérêt", tranche-t-il.

Le ministère des Technologies de la communication et de l'économie numérique, loin de vilipender le bitcoin, a pourtant donné à l'été 2015 des signes d'intérêts pour cette monnaie collaborative. Contacté par le HuffPost Tunisie, le ministère n'a toutefois pas éclairci sa position sur le bitcoin.

Mais quid du risque d'utilisation par les terroristes?

A Bruxelles aussi on réfléchit à des moyens de s'en prendre au bitcoin, en l'accusant de contribuer au financement du terrorisme. Dans le cadre de son plan d’action pour renforcer la lutte contre le financement du terrorisme, la Commission européenne doit présenter "d'ici la fin du deuxième trimestre 2016", rapporte le site spécialisé Numerama, "une nouvelle directive qui obligera les plateformes d'échanges de bitcoins et autres monnaies virtuelles à obéir à un certain nombre de règles".

Interrogé par le site Metronews, Bruno Delpeuc'h, consultant pour Digital Cash Alliance, une société spécialisée dans les monnaies électroniques, dément toutefois tout lien entre le terrorisme, s'appuyant pour cela sur la traçabilité des transactions, enregistrées dans un registre public.

"Bitcoin laisse des traces sur un registre ouvert à tous", confirme notre utilisateur tunisien, qu'il est possible mais extrêmement difficile de rendre intraçable une transaction. "Il faut investir beaucoup de temps et d'énergie pour cela", assure-t-il. Or "les terroristes n'y ont pas intérêt, le marché du bitcoin est encore trop étroit pour eux", estime-t-il.

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