TUNISIE
05/04/2016 13h:08 CET | Actualisé 06/04/2016 06h:21 CET

Entre les matchs de hand-ball et les chants religieux, rencontre avec Ahmed Ben Mahmoud (PORTRAIT)

Ahmed Ben Mahmoud

À première vue, quand Ahmed Ben Mahmoud dit qu'il est professeur d'éducation physique la journée et "cheikh" (et premier responsable) d'une troupe de "soulameya" (chants religieux) le soir, les gens ont du mal à le suivre:

"Quand ils voient que je dirige une troupe de soulameya alors que je suis jeune, ils sont étonnés."

Entre la soulameya et le sport, le cœur balance

La passion pour la soulameya est innée chez Ahmed Ben Mahmoud: "C'est dans la famille depuis cinq générations". Depuis trente ans, il baigne dans l'atmosphère des chants religieux chantés à la mémoire des saints, "Sidi Abdesslem Lasmer plus précisément, c'est de là qu'est issu le mot 'soulameya' ".

À 13 ans, il apprend à jouer du 'bendir' (instrument à percussion), et commence à chanter à 15 ans.

"Je ne pouvais pas dormir sans écouter ces chants", confie-t-il.

Pourtant, il tient à assurer qu'intégrer cet art ne s'est pas fait par obligation: "Cela a toujours été un choix, c'est vrai que le fait que ma famille baigne dedans a beaucoup joué, mais certains de mes cousins par exemple ne font pas ce métier".

Le jeune homme ne se contente pas d'être cheikh d'une troupe. En parallèle, il est enseignant de sport et "un fou de hand-ball, c'est pour ça que j’entraîne des équipes mais là je fais une pause".

Une histoire de famille

De père en fils, de frère à frère, la famille Ben Mahmoud s'est succédé au poste de cheikh de troupe, même si le groupe inclut d'autres personnes.

"Depuis sa création, la troupe est restée profondément familiale. Actuellement, mon père, mes deux frères et mon oncle font partie du collectif".

Mais l'histoire de la troupe "Mahmoud Aziz" remonte aux années 1960.

Si la troupe de soulameya de la famille Ben Mahmoud s'étale sur cinq générations, c'est le grand-père d'Ahmed, Abdelaziz Ben Mahmoud, qui l'a révolutionnée. Quand il crée la troupe 'Mahmoud Aziz' en 1960, Abdelaziz Ben Mahmoud, grâce à ses relations avec des personnalités telles que Salah Mehdi ou encore Taher Gharssa, deux pionniers de la musique malouf tunisienne, transforme ce qui jusque-là n'étaient que de simples textes en mémoire au saint Sidi Abdelslem.

abdelaziz ben mahmoud

Photo: Abdelaziz Ben Mahmoud

"Au 'dhekr' (texte religieux en mémoire d'un saint) qu'il récitait avec sa troupe, il a inséré des rythmes et des mélodies. Les sonorités musicales se sont progressivement intégrées dans les troupes de soulameya", explique Ahmed.

À cela, Abdelaziz Ben Mahmoud, à la formation initiale de professeur d'arabe, effectue un vrai travail sur les textes.

"Il a travaillé sur les textes pour chasser certaines ambiguïtés qui auraient pu semer le trouble dans les esprits", raconte son petit-fils. Par "ambiguïté", Ahmed veut parler de certains extraits à la gloire des saints qui prêtaient à confusion et auraient pu faire croire à un détachement du monothéisme. Son grand-père s'applique alors à éclaircir certaines tournures.

La troupe de "Mahmoud Aziz" finit par devenir une troupe nationale, qui est sélectionnée par le ministère de la Culture, et voyage à l'étranger pour représenter la Tunisie.

ben mahmoud


Quand le réalisateur tunisien Fadhel Jaziri et le compositeur Samir Aguerbi entament les préparatifs du spectacle culte "El Hadhra" en 1991, ils sollicitent l'aide des trois piliers de la troupe Mahmoud Aziz, les solistes: Sleh Tounsi, Hédi Naat et Azzedine Ben Mahmoud.

Perpétuer la tradition

À la mort de son grand-père, la troupe est reprise par l'oncle d'Ahmed, Azzedine Ben Mahmoud. "Le problème, c'est qu'une troupe ne peut pas être composée de trente personnes", explique le jeune homme.

Pour cette raison, en 2004 Rached Ben Mahmoud (père d'Ahmed) décide de créer la troupe "Les Fils de Mahmoud Aziz", qui est encadrée par Hédi Naat, ancien soliste de la troupe de Abdelaziz Ben Mahmoud.

"Quand j'ai eu ma carte professionnelle en 2010, j'ai pris la direction de la troupe et j'ai changé le nom pour revenir à l'initial 'Mahmoud Aziz'", explique Ahmed.

Avec les acquis qu'il a déjà en main, Ahmed Ben Mahmoud intègre le groupe de chant dirigé par Zied Gharssa à la Rachideya (association tunisienne spécialisée dans la musique tunisienne), "c'est Abdessatar Sediri qui m'a mis en contact avec lui. Il a déjà travaillé avec mon grand-père, avant de se tourner vers la rachideya. Maintenant, il a réintégré le monde de la soulameya à travers mon groupe, en m'aidant à faire les répétitions."

troupe mahmoud aziz

Photo: Troupe "Mahmoud Aziz"

Ce retour aux sources, Ahmed Ben Mahmoud le prône même dans sa soulameya.

À l'absence d'instruments électriques, s'ajoute la volonté de préserver une musique plus traditionnelle car "l'essence même de la soulameya, c'est la voix et la répartition des chants qui se divisent en deux parties: la première, celle où on fait une narration élogieuse de la vie du prophète (Mohamed). La seconde est la soulameya à proprement parler, avec des chansons comme Raïs Labhar", précise Ahmed, avant d'ajouter, "notre soulameya ne se transforme pas en mezoued à la fin de la soirée!"

Pourtant, il avoue que très souvent, la troupe est cantonnée aux événements religieux ou aux mariages. "On aimerait avoir plus de présence en dehors de Ramadan ou du Mouled, on fait quelques événements, et on aimerait même participer à des festivals", confie le jeune homme.

Mais cet amour pour la soulameya ne fait pas oublier à Ahmed son autre passion: "Ce soir, je vais regarder le Classico!"

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