ALGÉRIE
05/04/2016 08h:07 CET | Actualisé 05/04/2016 08h:07 CET

"Panama Papers": la Chine, marché-clé de Mossack Fonseca, censure les révélations

AFP

Silence des autorités, critique de "forces occidentales" hostiles et censure tous azimuts: Pékin s'efforçait d'étouffer mardi les révélations des "Panama Papers" visant des dirigeants du régime communiste chinois.

Et Pékin gardait le silence alors même que le cabinet panaméen au coeur du scandale compte plus de bureaux en Chine que dans n'importe quel autre pays.

La révélation, par une centaine de médias, de pratiques d'évasion fiscale par de nombreux dirigeants politiques et personnalités à travers le monde a provoqué des répercussions planétaires: séismes politiques, déclenchements d'enquêtes, démentis indignés en cascade. Mais pas en Chine.

En analysant des millions de documents provenant du cabinet d'avocats Mossack Fonseca, l'enquête coordonnée par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a pourtant montré l'implication de hauts dirigeants chinois.

"Des proches d'au moins huit membres, anciens ou actuels" du tout-puissant comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC), l'organe qui dirige la deuxième économie mondiale, ont ouvert des sociétés écrans dans des paradis fiscaux, assure l'ICIJ.

Pour l'instant, Pékin garde un silence obstiné. "Sur de telles accusations sans fondement, je n'ai aucun commentaire à faire", a déclaré mardi, d'un ton cinglant, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hong Lei.

Le beau-frère du président Xi Jinping et la fille de l'ex-Premier ministre Li Peng sont notamment épinglés par l'ICIJ. La BBC mentionne, elle, des proches de deux membres actuels du comité permanent du Bureau politique, Zhang Gaoli et Liu Yunshan.

Embarrassant, alors que Xi Jinping vante volontiers sa vaste campagne anticorruption destinée à assainir les rangs du Parti via de nombreuses arrestations de cadres.

Mais sans réformes systémiques: les responsables --censés "servir le peuple" -- n'ont aucune obligation de déclarer leurs actifs.

Médias enjoints au silence

Dans un éditorial, le quotidien officiel Global Times a pour sa part affirmé que le scandale faisait partie d'une campagne de "désinformation" aiguillonnée par de "puissantes forces" occidentales.

"Ces documents ont principalement des cibles politiques", ajoutait-il, y voyant "une nouvelle stratégie (...) d'attaquer les élites politiques non-occidentales" et fustigeant l'"influence particulière de Washington".

Le Global Times, comme d'autres médias officiels, insistait sur la mise en cause de dirigeants étrangers, tel le président russe Vladimir Poutine, mais se gardait bien de mentionner les responsables chinois épinglés.

Le sujet était largement censuré dans la presse, comme sur les réseaux sociaux -- malgré les efforts de certains internautes pour contourner les blocages en postant des clichés d'articles.

Les journalistes chinois ont été enjoints de "supprimer tous les contenus sur les fuites des +Panama Papers+", selon des instructions envoyées aux rédactions et consultées par l'AFP.

Fortunés clients chinois

Au-delà de l'élite politique, la Chine représentait en général pour le cabinet panaméen un gisement majeur de clients fortunés.

Mossack Fonseca, dont la spécialité est de créer des sociétés offshore et de concevoir des montages juridiques complexes, rendant opaque la provenance des fonds placés, possède ainsi des bureaux dans huit villes chinoises, selon son site internet.

On y trouve les centres financiers Shanghai et Shenzhen, les cités portuaires Dalian, Qingdao et Ningbo, la métropole industrielle de Hangzhou, ou encore, plus étonnant, Jinan, capitale provinciale du Shandong et centre de l'industrie charbonnière.

Près de 50 officiels du Parti sont tombés pour corruption dans le seul Shandong, selon des données de l'ONG Asia Society.

Hong Kong, très connecté aux marchés internationaux et voie d'accès privilégiée à la Chine continentale, complète la liste.

C'est d'ailleurs à Hong Kong que la firme panaméenne compte le plus d'"intermédiaires" (avocats, banques...) lui adressant des clients, loin devant le Royaume-Uni et la Suisse, selon l'ICIJ.

Un recensement interne réalisé par Mossack Fonseca avait conclu que, parmi ses clients propriétaires de sociétés offshore, la plus grosse proportion venaient de Chine continentale, suivie par les Hongkongais, renchérit le journal britannique Guardian.

De quoi s'interroger sur l'efficacité des efforts anticorruption de Pékin.

Un rapport de la banque centrale chinoise avait certes conclu en 2011 que les officiels corrompus avaient placé à l'étranger plus de 120 milliards de dollars. Les autorités ont depuis lancé une vaste opération, appelée "chasse aux renards", pour retrouver les cadres ayant détourné des fonds et enfuis à l'étranger.

Pékin restreint également drastiquement les sommes que les particuliers ont officiellement le droit de sortir du pays --mais sans toujours y parvenir, comme en témoigne la récente hémorragie de capitaux hors de Chine.

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