MAROC
04/04/2016 04h:45 CET | Actualisé 04/04/2016 04h:47 CET

"Panama Papers": une enquête inédite sur les paradis fiscaux met en cause chefs d'Etat, sportifs et milliardaires

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Yuji Sakai via Getty Images
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INTERNATIONAL - "Panama Papers", c'est le nom des quelque 11,5 millions de documents secrets auxquels Le Monde et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) de Washington ont eu accès et qui révèlent les dessous de la finance offshore internationale.

Ces données, dont certaines portent sur des malversations liées l'opacité du système, impliquent directement douze chefs d'État (dont six en exercice), 14 de leurs proches et 38 hommes politiques et hauts fonctionnaires. Ces révélations concernent également des personnes issues du monde sportif, telles que le footballeur Lionel Messi ou le patron du football européen Michel Platini. Figure également dans les listings du cabinet panaméen Mossack Fonseca (au cœur du scandale) l'ex-ministre du Budget déjà impliqué dans un scandale d'évasion fiscale : Jérôme Cahuzac.

Une révélation sans précédents

"C’est la fuite de données la plus massive de l’histoire du journalisme", pose d'emblée Le Monde qui promet une succession de révélations dans les jours à venir. Et pour cause, la somme des documents collectés représente l'équivalent de 1500 Wikileaks (2,6 téra octets).

Parmi les "gros poissons" cités dans cette affaire, on peut mentionner le fraîchement élu président argentin Mauricio Macri, le Premier ministre islandais Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, le président ukrainien Petro Poroshenko ou encore le roi d'Arabie Saoudite Salman bin Abdulaziz (récemment décoré par François Hollande). Tous sont dans les fichiers du cabinet Mossack Fonceska basé au Panama, "l’un des centres financiers les plus opaques de la planète, considéré comme une plaque tournante du blanchiment, où vient se recycler l’argent du crime et de la fraude", rappelle Le Monde. Au total, ce sont 214.000 sociétés offshores créées ou gérées par le fameux cabinet qui ont pu être analysées, offrant ainsi une "cartographie, presque en temps réel, d’un pan entier de la finance mondiale, jusqu’alors à l’abri des regards", détaillent nos confrères.

À noter que toutes ces sociétés offshores ne sont pas illégales. Pour autant, une grande majorité d'entre-elles sont utilisées comme des "sociétés écran", permettant de placer des liquidités non déclarées. "C’est ainsi que chez Mossack Fonseca, l’argent propre côtoie l’argent sale, que l’argent 'gris' (celui de la fraude fiscale) côtoie l’argent 'noir' (celui de la corruption et du crime organisé), que les grandes fortunes et les stars du football côtoient les réseaux criminels et les chefs d’Etat corrompus", résume le quotidien du soir.

Selon les documents révélés par exemple, les associés de Vladimir Poutine auraient détourné plus de 2 milliards de dollars avec l'aide de banques et de sociétés écran.

D'où vient cette fuite ?

C'est une source anonyme qui a livré cet ensemble de documents au journal allemand Süddeutsche Zeitung au début de l'année 2015. L'authenticité des fichiers transmis a été vérifiée par le journal allemand et par Le Monde. Car devant l'ampleur et le caractère international des données fournies par le lanceur d'alerte (dont l'identité a été tenue secrète dans le but de le protéger), les journalistes du Süddeutsche Zeitung ont sollicité l'aide du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) basé à Washington.

Ce faisant, ce sont près de 380 journalistes du monde entier qui se sont penchés sur le traitement de cette masse de données, comme l'explique cette vidéo ci-dessous.

"Ces révélations montrent à quel point des pratiques nocives et la criminalité sont profondément enracinées dans les places offshore", selon Gabriel Zucman, un économiste de l'université de Californie à Berkeley cité par l'ICIJ.

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