MAROC
04/04/2016 16h:59 CET | Actualisé 04/04/2016 17h:23 CET

Maroc: Quand l'affaire des homosexuels agressés à Beni Mellal s'invite sur Canal+

Quand l'affaire des homosexuels agressés à Beni Mellal s'invite sur Canal+
Capture d'écran
Quand l'affaire des homosexuels agressés à Beni Mellal s'invite sur Canal+

POLÉMIQUE - La violente agression de deux homosexuels survenue début mars à Beni Mellal, et la condamnation à quatre mois de prison d'une des victimes pour homosexualité, devait faire l'objet d'un reportage d'une équipe de journalistes de l'émission "Le Petit Journal" de Canal+.

Problème: arrivés au Maroc vendredi 1er avril, le journaliste Martin Weill et son caméraman ont été appréhendés deux jours plus tard par la police et expulsés en France lundi matin après avoir passé la nuit à l'aéroport de Casablanca. Ils n'avaient pas demandé d'autorisation de tournage à cause de la longueur de la procédure, et leur présence à Beni Mellal a visiblement suscité la colère des riverains, qui ont prévenu la police.

"On a voulu aller sur place pour raconter leur histoire, et ça n'a pas plu au autorités marocaines qui ont décidé de nous expulser", explique Martin Weill. "On a eu à peine le temps de sortir la caméra et de faire trois images dans le quartier où a eu lieu l'agression. On a été dénoncés par les habitants qui soutiennent les agresseurs et un policier est venu nous voir", poursuit-il.

"Un homosexuel qui se fait tabasser ne peut pas se plaindre à la police"

Les deux journalistes ont tout de même pu faire quelques prises avant leur passage à Beni Mellal, notamment à Rabat, où ils ont rencontré plusieurs homosexuels marocains. Pour éviter d'attirer l'attention sur eux, l'interview s'est faite à bord d'une barque sur le Bouregreg.

Martin Weill interroge un jeune homosexuel qui explique sa situation: "un homosexuel qui se fait tabasser ne peut pas se plaindre à la police. Sinon, il est directement arrêté pour homosexualité". "Vous pensez rester au Maroc ou partir?", lui demande le journaliste. "Je me sens obligé de partir, parce que je sens que la société est contre moi".

L'équipe de Canal+ s'est également rendue à Casablanca au siège de Maroc Hebdo, où elle a rencontré le directeur de publication du magazine qui avait suscité un tollé en juin 2015 pour sa une sur l'homosexualité. Le titre choc "Faut-il brûler les homos?" avait conduit au retrait du numéro des kiosques.

L'équipe de Canal+ a formulé une demande d'autorisation de tournage

A la question posée par le jeune journaliste: "deux hommes qui s’embrassent dans la rue, est-ce impensable?", le directeur de publication, Mohamed Selhami, répond que "si ce ne sont pas des embrassades familiales, alors ce n'est pas acceptable. Parce que ça choque".

L'équipe de Canal+ a formulé une demande d'autorisation de tournage pour revenir la semaine prochaine suivre le procès de la deuxième victime.

La vidéo du lynchage des deux homosexuels à Beni Mellal publiée le 25 mars avait choqué les internautes et de nombreuses associations de défense des droits humains se sont soulevées, certaines demandant l'abrogation de l'article 489 du Code pénal qui punit l'homosexualité.

L'une des victimes, qui était dans "un état d'ébriété avancé lors de son premier contact avec les autorités", a été condamnée à quatre mois de prison ferme pour homosexualité, assortis d'une amende de 500 dirhams. Deux des agresseurs ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis. La deuxième victime doit comparaître le 11 avril devant la justice avec quatre autres personnes accusées d'avoir participé au lynchage.

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