MAROC
01/04/2016 06h:52 CET | Actualisé 01/04/2016 07h:07 CET

"Undercover in Little Morocco", le reportage publié en 2005 qui parlait de la radicalisation à Molenbeek

Une femme marche dans le quartier de Molenbeek
Yves Herman / Reuters
Une femme marche dans le quartier de Molenbeek

BELGIQUE - En 2005, la journaliste belge d'origine marocaine Hind Fraihi prédisait dans son enquête "Infiltrée dans le petit Maroc" la radicalisation de certains habitants de Molenbeek. Plus de dix ans plus tard, la justesse de ces prévisions peut sembler édifiante, tant cette commune de Bruxelles est devenue une véritable plaque tournante du terrorisme en Europe.

En 2005, Hind Fraihi a vécu pendant trois mois à Molenbeek pour étudier ce phénomène. Son enquête a d'abord été publiée dans un journal flamand. Il a récemment été republié en français sous le titre "En immersion à Molenbeek". Dans une récente interview accordée au magazine français Marianne, la journaliste explique pourquoi elle a choisi de s'immerger dans ce quartier.

"Lorsque j’étais étudiante à Bruxelles, j’étais en contact avec un groupe de jeunes de Molenbeek, ils me racontaient que certains étaient approchés par des recruteurs pour partir faire le djihad. Mais ce n’était que des rumeurs. Puis, il y a eu le 11 septembre 2001. Je me suis demandée si cela pouvait nous arriver, ici en Europe, en Belgique...".

Afin de pouvoir enquêter, Hind Fraihi explique qu'elle a caché qu'elle était journaliste lorsqu'elle s'est installée de peur d'être accusée de "faire partie du camp sioniste" et "d'être contre les musulmans". Elle s'est donc présentée à l'époque comme une étudiante en sociologie.

"Molenbeek est une enclave, une société dans la société. Les gens y sont éloignés de nous, de la société occidentale. Ils sont fixés sur le Proche-Orient, ou le Maroc. Par exemple, quand je posais la question: 'Qui est Guy Verhofstadt?' Personne ne savait me répondre. C’était notre Premier ministre…", explique-t-elle.

"Il faisait ce que j’appelle du gangsterislam"

Hind Frahi parle ensuite de Bassam Ayachi, surnommé "la porte vers l'Afghanistan". Un prédicateur radical que certains habitants appelaient "le Cheikh". Selon la journaliste, ce dernier expliquait que c’était "la souveraineté d’Allah qui devait régner, pas la démocratie".

Avant d'ajouter que "pour lui et son entourage, le ministère de la Défense était en fait le ministère du djihad. Il disait que c’était le monde occidental qui était un monde djihadiste. Autrement dit, si tu voles un sac, ce n’est pas un pêché tant que c’est pour reverser l’objet du larcin au djihad… Il faisait ce que j’appelle du gangsterislam".

Traitée d'"islamophobe" et de "musulmane traumatisée par l'islam", la journaliste a vu son travail récupéré par la droite belge qui s'en est servi à l'époque pour affirmer qu'il y avait "un problème avec les musulmans". "Nous avons collectivement nié ce qu’il se passait à quelques minutes du centre-ville de la capitale européenne" déplore Hind Fraih. "Toutes ces années de négligence ont malheureusement été captées par un groupement terroriste du nom de Daech".

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