ALGÉRIE
01/04/2016 13h:31 CET | Actualisé 03/04/2016 09h:09 CET

L'affaire Unaoil touche Sonatrach: des millions de dollars de pots-de-vin versés par Samsung et Hyundai

A general view of the headquarters building of Algerian state energy company Sonatrach in Algiers, Algeria, February 8, 2015. After a deep slide in oil prices, Algeria's state energy company Sonatrach is shifting strategy to offer foreign companies direct negotiations over 20 oil and gas fields in a bid to draw in wary investors and increase output. Picture taken February 8, 2015. REUTERS/Ramzi Boudina        EDITORIAL USE ONLY. NO RESALES. NO ARCHIVE
Stringer . / Reuters
A general view of the headquarters building of Algerian state energy company Sonatrach in Algiers, Algeria, February 8, 2015. After a deep slide in oil prices, Algeria's state energy company Sonatrach is shifting strategy to offer foreign companies direct negotiations over 20 oil and gas fields in a bid to draw in wary investors and increase output. Picture taken February 8, 2015. REUTERS/Ramzi Boudina EDITORIAL USE ONLY. NO RESALES. NO ARCHIVE

Des dirigeants des géants coréens Samsung et Huyndai ont payé des pots-de-vin de plusieurs millions de dollars pour obtenir des contrats en Algérie, révèle ce vendredi 1er avril 2016 une enquête mondiale sur la corruption dans le secteur des hydrocarbures menée conjointement par le journal australien The Age et le HuffPost américain.

Des hauts dirigeants de la compagnie étatique Sonatrach, indique l’enquête sans pour autant donner de noms, ont perçu des commissions pour faciliter l’obtention du contrat de 600 millions de dollars pour rénover la raffinerie d’Arzew, accordé à Hyundai en 2008, ainsi que celui de la modernisation de la raffinerie de Skikda, accordé à Samsung en 2009 pour une valeur de 1,2 milliards de dollars.

Ces deux nouvelles "affaires" potentielles touchant Sonatrach ont eu lieu durant la période où Chakib Khelil, qui vient de rentrer en Algérie et a effectué, hier, sa première sortie publique dans une zaouïa à Djelfa, avait la haute main sur le secteur des hydrocarbures. Chakib Khelil, ministre de l'Energie entre 1999 et 2010, est revenu en Algérie le 17 mars dernier, à partir de l'aéroport d'Oran où il avait été accueilli par le Wali d'Oran.

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La chaine Ennahar TV avait assuré que l'ancien ministre avait été "blanchi" par une contre-enquête ordonnée par le président Abdelaziz Bouteflika et que son affaire avait été montée de toutes pièces par des agents du DRS. Une "réhabilitation" sans passage par la case justice qui avait suscité un tollé dans l'opposition et sur les réseaux sociaux.

Sans révéler les montants touchés par les responsables de Sonatrach, l’article indique que Unaoil, la compagnie médiatrice, a empoché quant à elle des commissions d’une valeur de 16 millions de dollars.

“Les gagnants ont été les responsables algériens à qui l’on a graissé la patte, les titans coréens Samsung et Hyundai, une multinationale espagnole, et Unaoil. Le perdant a été le peuple algérien, qui a payé la facture", a écrit le journal australien.

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2 millions de dollars pour jouer le "lièvre"

Un haut responsable de la compagnie espagnole Tecnicas Reunidas, concurrent de Samsung et Huyndai sur ces projets, a également touché une commission de 2 millions de dollars. La mission de ce cadre a été de convaincre son employeur de jouer au lièvre dans l’appel d’offres afin que ce dernier ne soit pas annulé par les autorités algériennes pour manque de soumissionnaires.

Dans un communiqué envoyé à Fairfax Media (compagnie mère du journal The Age) et au Huffington Post américain, le géant coréen Samsung a affirmé qu'il a "toujours respecté la réglementation anti-corruption", sans faire d'autres commentaires.

Ces informations font partie des révélations d'une grande enquête menée par le quotidien australien The Age en partenariat avec The Huffington Post américain.

Au centre de cette investigation, la compagnie intermédiaire Unaoil, basée à Monaco. Des milliers de documents fuités de cette entreprise ont permis de retracer les ficelles de plusieurs affaires de corruption dans le domaine des hydrocarbures à travers le monde, impliquant de grandes multinationales comme Halliburton, Leighton Holdings, Petrofac, FMC Technologies, Eni, Saipem, etc.

La consultation de nombreux mails et documents a permis, selon l'enquête du Huffington Post et le groupe de médias australien Fairfax Media à qui appartient le journal The Age, de montrer que Unaoil est impliqué dans une "affaire de "corruption systématique du secteur pétrolier à l'échelle mondiale, distribuant des millions de dollars en dessous de table" pour le compte de très grandes entreprises du secteur.

Le FBI, le département américain de la Justice, la police fédérale australienne ainsi que d'autres autorités à travers le monde ont lancé des enquêtes sur cette affaire suite à la publication des deux premières parties de l'enquête, le 30 et 31 mars.

Bons vins et tapis persans

Les journalistes de The Age révèlent par ailleurs les noms de deux Algériens payés pour "aider" Unaoil. Omar Habour et Tewfik Guerbatou, ont reçu deux millions dollars en échange d'influence au sein de la compagnie malaisienne Petronas et d'autres entreprises asiatiques.

En plus de la commission, les deux intermédiaires algériens ont reçu des paiements pour un tapis persan et une collection de bons vins.

Le nom d'Omar Habour, réputé proche de l'ancien ministre de l'Energie Chakib Khelil, a été précédemment cité dans le scandale Eni/Saipem, une affaire enrôlée dans la justice algérienne sous le nom "Sonatrach 2". Il a reçu des commissions selon la presse italienne.

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