MAROC
01/04/2016 13h:21 CET | Actualisé 01/04/2016 13h:23 CET

Une association dresse un rapport accablant sur les domestiques subsahariennes au Maroc

Le rapport accablant sur les domestiques subsahariennes au Maroc
Le rapport accablant sur les domestiques subsahariennes au Maroc

TRAVAIL - Absence de contrat de travail, pénibilité des tâches, salaires extrêmement bas... Le constat de l'Association lumière sur l'émigration au Maroc (ALECMA) est sans appel. Dans son dernier rapport d'enquête sur le travail des femmes domestiques subsahariennes dans le royaume, l'association pointe du doigt une série de dysfonctionnements concernant l'embauche d'employées originaires du continent africain.

Un travail de terrain a été mené dans les grande villes du pays (Rabat, Fès, Casablanca, Tanger, Marrakech et Agadir), auprès d'employées mais également d'acteurs associatifs et de commissions régionales des droits de l'homme, en décembre 2015, "afin d’appréhender la réalité des conditions de travail et les abus de tout genre qu’elles subissent au quotidien par leurs employeurs", indique l'association dans son rapport.

D’après les témoignages des différentes femmes subsahariennes recueillis, les employeurs, dans une grande partie des cas, n’octroient pas de contrats de travail à leurs employées. "Ils préfèrent un arrangement verbal", note l'association. Problème: outre l'absence de couverture sociale, les contrats verbaux établis sont souvent rompus après quelques semaines ou quelques mois durant la période de travail.

Multiplication des tâches

Autre abus mis en lumière par le rapport: la multiplication des tâches qui viennent s'ajouter au travail pour lequel l'employée avait été embauchée. "Des femmes recrutées pour faire le ménage se retrouvent en train de laver les voitures, faire la cuisine, le jardinage, la babysitter etc.", écrit l'association.

Aminata M., ivoirienne de 23 ans, témoigne: "Mon travail consistait à faire le ménage chez un couple marocain, une grande demeure de huit chambres. Mais au bout d’une semaine, d’autres tâches se sont ajoutées: laver les voitures (cinq), nettoyer la piscine, arroser le jardin. Mon salaire était de 850 dirhams, je travaillais sans repos". A noter que le SMIG est fixé à un peu moins de 2.600 dirhams par mois.

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Des tâches rendues souvent plus pénibles par la violence de certains employeurs à l'égard de leurs domestiques. "Certains n'hésitent pas à porter la main sur celles-ci tout en les insultant et en les intimidant", indique le rapport, s'appuyant sur les témoignages d'employées qui racontent aussi subir parfois des insultes à caractère raciste. Le mot comme âabid (esclave) revient régulièrement, note l'association.

"Une majorité des employeurs marocains se constituent en maîtres"

Autre fait saillant du rapport: les domestiques subsahariennes seraient moins bien traitées par des employeurs marocains qu'étrangers. "Une grande majorité des employeurs marocains, sachant qu’il n’existe pas de protection juridique relative au travail domestique au Maroc, se constituent en maîtres face à leurs employées", déplore l'association.

Elle note néanmoins qu'"une poignée" d'entre eux "fait la différence dans le traitement donné à leurs employées", et les considèrent parfois "comme leurs propres enfants". "Les expatriés se rapprochent plus du respect des droits des travailleurs domestiques que les autres", poursuit le rapport, même si certains "ne respectent pas ces droits".

Pour rappel, 43 conventions de l’OIT (Organisation internationale du travail) n’ont pas encore été ratifiées par le Maroc, parmi lesquelles la convention n°87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, la convention n°95 sur la protection du salaire, la convention n°102 concernant la sécurité sociale (norme minimum) et la convention n°143 sur les migrants dans des conditions abusives et sur la promotion de l’égalité de chance et de traitement des travailleur(es) migrants.

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