MAROC
01/04/2016 09h:17 CET | Actualisé 01/04/2016 09h:18 CET

Un conflit Casamémoire/Racines avec comme toile de fond le dernier rapport de la Cour des comptes

Un conflit Casamémoire/Racines avec comme toile de fond le dernier rapport de la Cour des comptes
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Un conflit Casamémoire/Racines avec comme toile de fond le dernier rapport de la Cour des comptes

ASSOCIATION - Dans son rapport annuel de 2014, la Cour des comptes examine de près la gestion et les budgets de l'association Casamémoire, et y relève plusieurs dysfonctionnements. Tandis que le président de Casamémoire accuse d'ex-membres de l'association qui ont, par la suite, émigré à l'association Racines, d'avoir contribué à cette situation, ces derniers démentent. Explications.

"La commune urbaine de Casablanca a conclu avec cette association quatre accords de partenariat durant la période 2009-2014, dont trois accords ont fixé comme objectifs, de transformer les anciens abattoirs de Casablanca en un complexe culturel", rappelle la Cour des comptes, notant que sur la base de ces accords, un montant de 4.3 millions de dirhams a été accordé à l'association.

A ce sujet, la Cour régionale des comptes de Casablanca a relevé l'absence d'une structure chargée de la gestion des anciens abattoirs de Casablanca, contrairement à ce qui a été fixé par différentes conventions signées par Casamémoire. Cette absence de structure a causé "une mauvaise gestion des abattoirs, ce qui a affecté la qualité des activités ayant lieu aux abattoirs, ainsi qu'à la détérioration de ces derniers", note l'établissement présidé par Driss Jettou, qui a également relevé plusieurs"carences entachant la réalisation des travaux au niveau des anciens abattoirs."

Les anciens abattoirs "squattés" par Casamémoire

La Cour des comptes s'est aussi attardé sur le "non-respect de l’occupation temporaire des anciens abattoirs comme prévu dans les conventions." En effet, la période d'occupation des anciens abattoirs ayant pris fin, l'occupation des lieux "pendant cette période n'a aucun fondement légal".

Contacté par le HuffPost Maroc, le président de l'association Rachid Andaloussi déclare que la responsabilité de cette occupation hors cadre légal incombe à "un groupe d'anciens membres de Casamémoire, qui a occupé les abattoirs et a créé une association dans l'association", avant de "quitter Casamémoire pour créer l'association Racines." Ce que Aadel Saadani, coordinateur général de Racines, dément catégoriquement, et avance une autre version des faits. "La convention avec Casamémoire disait clairement qu'une fois l'association (la Fabrique culturelle des anciens abattoirs de Casablanca ndlr) créée, Casamémoire fait la passation à cette association". En effet, l'un des reproches de la Cour des comptes concernait l'absence d'une structure chargée de la gestion des anciens abattoirs de Casablanca, contrairement à ce qui a été fixé par différentes conventions signées par Casamémoire.

Toujours d'après Aadel Saadani, "la logique est la suivante: la mission de Casamémoire est la sauvegarde du patrimoine, mais elle ne sait pas faire fonctionner un lieu de culture. Pour gérer un lieu de culture, il faut que ce soit des praticiens qui s'en chargent. Quand on a fondé l'association de la Fabrique culturelle des anciens abattoirs de Casablanca en janvier 2013, on a demandé à Casamémoire de respecter ses accords et de passer la main concernant la gestion des abattoirs, conformément aux engagements pris par Casamémoire dans la convention signée avec la ville. Ils n'ont pas voulu."

Un livre sur qui n'a coûté que la moitié du budget qui lui était alloué

Une convention signée entre Casablanca et la ville d'Amsterdam a permis de débloquer 708.000 dirhams pour l'édition de 1.000 exemplaires d'un livre sur les anciens abattoirs. La convention de partenariat signée entre Casamémoire et la ville de Casablanca reconduisait la publication de ce livre, mais ne faisait aucune mention du budget. L'édition du livre n'a, finalement, nécessité que 327.366 dirhams, pour 2.500 exemplaires, au lieu des 1.000 initialement prévus. Bémol: l'absence, d'un côté, "de tout document permettant de certifier que l'association a effectivement réceptionné 2.500 exemplaires", de l'autre, le fait que le livre soit "proposé à la vente à 250 dirhams au Maroc et à 30 euros à l'étranger, alors que l'objet était d'en faire un livre institutionnel offert gratuitement." La Cour des comptes a également noté que l'association n'a, visiblement, pas perçu le montant des ventes du livre.

Questionné à ce propos, le président de l'association Rachid Andaloussi indique qu'il ne présidait pas l'association au moment des faits. Mais toujours est-il que le livre en question n'est paru qu'en avril 2014, alors que M. Andaloussi préside l'association depuis 2012.

Salaires versés sans contrats, aides étrangères non-déclarées

La Cour des comptes a, par ailleurs, relevé dans son rapport, que l'association ne présente pas ses comptes, contrairement à la loi 75-00 relative aux associations, qui dispose que "les associations qui reçoivent périodiquement des subventions d'une collectivité publique sont tenues de fournir leur budget, et leurs comptes aux ministères qui leur accordent lesdites subventions".

Casamémoire a aussi versé à certains de ses membres des salaires et des indemnités en raison du fait que ces derniers auraient exécuté des tâches pour l'association. Seulement, ces versements se sont faits en l'absence, dans la majorité des cas, de contrats, ce qui a rendu impossible de "vérifier la véracité des charges remplies par ces membres", note la Cour des comptes.

En 2012, Casamémoire a octroyé à une association (que la Cour des comptes ne nomme pas, mais dont le nom en arabe commence par la lettre "J") un chèque d'un montant de 58.897 dirhams, "en l'absence de documents pouvant justifier la nature ou le but de cette opération", estime la Cour des comptes, qui ajoute que certaines membres de l'association en question sont aussi membres de Casamémoire.

La Cour des comptes note enfin que Casamémoire a perçu, en 2009, 969.536 dirhams d'aides étrangères ... qui n'ont pas été déclarés auprès du Secrétariat général du gouvernement, ce qui constitue une infraction.

Ces différents dépassements, Rachid Andaloussi s'en dit conscient, et ajoute qu'il constatait que "plusieurs rentrées d'argent que recevait l'association étaient louches", et ne "savai[t] pas d'où cet argent nous arrivait." Il ajoute que son retour à la tête de Casamémoire (dont il est l'un des membres fondateurs, et qu'il a présidé entre 1998 et 2003) est lié à "cette situation de dérapage. Si je suis revenu à Casamémoire, c'est pour mettre fin à cela", confie-t-il au HuffPost Maroc.

Casamémoire vs Racines

M. Andaloussi déclare que "bien avant, j'ai diligenté un audit des comptes de l'association. Pour cela, j'ai du outrepasser mes prérogatives de président de l'association, car j'avais besoin, au préalable, de l'aval du bureau pour effectuer l'audit. Le bureau a refusé la proposition d'audit. Je dirigeais une association bicéphale, car les membres du bureau de Casamémoire étaient aussi membres d'une autre association, Racines en l'occurrence, ce qui limitait ma liberté de décision", explique M. Andaloussi, qui précise que "malgré cela, j'ai quand même fait l'audit, et je l'ai payé par mes propres moyens. Quand j'ai exposé l'audit devant les membres du bureau exécutif, ces derniers ne l'ont pas validé."

"C'est pour cela que j'ai été heureux de voir la Cour des comptes débarquer à Casamémoire", nous déclare-t-il.

Au HuffPost Maroc, Aadel Saadani, coordinateur général de Racines, dément catégoriquement, et déclare n'avoir "jamais vu l'audit" en question, en raison du fait qu'il a quitté Casamémoire en 2011, soit un an avant l'élection de M. Andaloussi à la tête de Casamémoire. "Je trouve ces déclarations indignes. Son association a été critiquée par la Cour des comptes, et pour se défendre, il attaque une autre association", estime M. Saadani, ajoutant que "le but de la société civile est de travailler pour l'intérêt général, non autre chose."

Il rappelle, par ailleurs, que "les gens qui ont créé Racines ont été membres de Casamémoire. Si on a formé une autre association, c'est parce qu'on ne pouvait pas travailler sur les questions de politique culturelle et de développement au sein de Casamémoire."

Aadel Saadani révèle aussi que de nombreux désaccords de fonds existaient entre les membres de la Fabrique culturelle des anciens abattoirs de Casablanca, et l'actuel président notamment sur la gestion des abattoirs.

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