ALGÉRIE
30/03/2016 15h:10 CET | Actualisé 31/03/2016 05h:43 CET

Mission médicale à Touggourt : inadéquation entre l'activité et les moyens médicaux

Latifa Abada pour le HuffPost Algérie

Créée en 2013 par un groupe de médecins Algériens pluridisciplinaires exerçants en France, l’association "Solidarité Médicale et Humanitaire" (ASMH) a animé hier mardi 29 mars des ateliers autour de plusieurs spécialités médicales à l’hôpital de Touggourt, à 160 km au Nord-Est de Ouargla.

Le président de l’association, le Dr Fayçal Djari a expliqué que l’objectif de l’ASMH est de  soigner, promouvoir, développer et mettre à disposition des corps médicaux les moyens nécessaires pour améliorer la prise en charge sanitaire des populations nécessiteuses.

"Les journées de Touggourt", organisées du 27 au 31 mars au profit des médecins de l’hôpital Slimane Amirat", se veulent un échange interactif avec l’équipe médicale de l’hôpital de la ville éponyme, explique Dr Ali Sfihi cardiologue et vice-président de l’association.

Sollicités par leurs confrères de l’EPH de cette commune, la mission des médecins membres de l’ASMH consiste à examiner les patients avec lesquels l’équipe de Touggourt rencontre des difficultés de diagnostic. Les membres de cette association doivent aussi mettre à jour les connaissances des médecins sur les nouvelles techniques médicales, présenter des images médicales de certaines maladies qu’ils sont susceptibles de rencontrer et comment les prendre en charge ... 

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La plénière qui s'est déroulée hier à Touggourt a réuni des médecins de la ville de Touggourt, Ouargla, El-Oued, Oum El Bouaghi, Constantine et Alger.

Le médecin cardiologue à l'hôpital "Slimane Amirat" raconte que l’hôpital s’est préparé à l’arrivée des médecins de l’ASMH de telle manière à leur présenter les cas les plus urgents.

"Le Dr Sfihi a examiné hier plus d'une vingtaine de cas qui nous posent problème. Nous avons une patiente qui souffre d’un essoufflement depuis maintenant un an, nous l’avons étiquetée cœur malade. Seulement et selon le diagnostic du docteur Sfihi elle souffre d’une CPC, cœur pulmonaire chronique. C’est-à-dire des pressions pulmonaires élevées à l’origine de cet essoufflement. À partir de ce diagnostic, nous allons rechercher l’étiologie de cette élévation importante des pressions pulmonaires et pouvoir soigner la patiente", précise la cardiologue qui se réjouit de cette assistance précieuse.

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Doléances

L’hôpital de Touggourt est la seule structure hospitalière publique de la région. Face à l’accroissement important de la population, le personnel soignant de l'EPH subit des pressions énormes.

Le directeur de cet hôpital, le Dr Guerioune Sadek, tire la sonnette d'alarme. La structure qu'il dirige depuis 8 mois enregistre un déficit sur tous les plans.

Il cite le manque d'équipements comme problème majeur. "Il y a deux ans nous avons demandé à la direction de la santé de Touggourt 15 générateurs de dialyse. Cette demande attend toujours" confit-il.

Il ajoute que l'hôpital traite environs 80 cas d'insuffisance rénale. Chaque patient doit être soumis à trois séances de dialyse par semaine, et la fréquence de chaque séance dure quatre heures. L'EPH ne dispose que de 15 appareils souvent en panne ce qui engendre une mauvaise prise en charge explique l'interlocuteur.

Le directeur de l'EPH attire, également, l'attention sur la pénurie des médecins spécialistes "l'établissement formule annuellement ses besoins au ministère de la santé pour remédier à ce problème pourtant le problème demeure présent», raconte-t-il.

Il ajoute: "Nous manquons de neurochirurgiens, de cardiologue, chirurgien maxillo-faciale...etc. mais aucun médecin spécialisé dans ces disciplines n'a été affecté à notre hôpital". Un problème majoritairement dû au refus des médecins d’exercer dans les régions isolées souligne-t-il.

Complications

Le manque de médecins spécialistes au sein de l’EPH de Touggourt engendre d’autres problèmes auxquels l’hôpital, mais surtout, les urgentistes doivent faire face.

Bellak Houria, médecin généraliste, travaille depuis quatre ans aux urgences de l’hôpital "Slimane Amirat". Elle dénonce le mal qui mine son service. "Le manque de spécialistes met à mal la santé des patients chaque jour. Certains attendent des jours avant leur transfert à d’autres hôpitaux habilités à leur apporter les soins nécessaires". Si certains survivent d’autres succombent, déplore-t-elle.

Dans ce service sont aussi admis les patients en réanimation, ajoute-t-elle.

Les urgences de l’hôpital sont particulièrement prises d’assaut en période de vacances. Le service enregistre parfois des pics de 250 patients par jour. 

Dotées d’un effectif de 9 médecins dont 4 par shift, c’est souvent le "chaos" dans les urgences, précise, le Dr. Bellak.

Par la même occasion, elle évoque le manque de médicaments. "Lasilix est un médicament indispensable aux urgences. Les ruptures survenues au cours de cette année nous ont compliqué la tâche. Stabiliser l’état d’un hypertendu est censé être un exercice de routine, hélas il devient une mission ardue".

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Solutions coûteuses

Face au manque d’équipements, de médecins spécialisés et de médicaments, des solutions s’imposent mais souvent au prix fort.

Le directeur de l'hôpital de Touggourt, le Dr.,Guerioune explique que pour pallier au manque de médecins spécialistes, l’hôpital a recours aux conventions avec des médecins du secteur privé. Une solution qui implique des frais supplémentaires à une structure qui souffre déjà de manque de moyens. S’ajoute à cela le coût du transfert des malades, précise la même source.

Toutes ces contraintes et bien d’autres, mettent en rogne le personnel médical de "l’EPH Slimane Amirat", qui a appelé au cours de la plénière à l’amélioration urgente du système de la santé publique dans les régions du Sud en général.

"L’hôpital de Touggourt n’est pas un cas isolé. Ces problèmes sont légion dans les hôpitaux du sud du pays. C’est donc un problème national auquel il faut y remédier", affirme encore le Dr Guerioune.

Pour rappel, la mission médicale de l’association "solidarité médicale et humanitaire" est la deuxième en son genre à Touggourt. Depuis sa création les membres de l’ASMH ont effectué quatre missions dans plusieurs villes du Sud du pays.

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