MAROC
26/03/2016 10h:24 CET | Actualisé 26/03/2016 10h:32 CET

Tahar Ben Jelloun dénonce le racisme ordinaire

Tahar Ben Jelloun dénonce le racisme ordinaire
Bouabid El Meknessi
Tahar Ben Jelloun dénonce le racisme ordinaire

LITTÉRATURE - A l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Le mariage de plaisir chez Gallimard, dont le titre fait référence à une disposition du Coran autorisant le croyant qui voyage à contracter un mariage à durée déterminée pour ne pas être tenté de fréquenter les prostituées, l’écrivain a rencontré ses lecteurs dans les salons de l’Ambassade du Maroc à Paris au cours d’une causerie animée par le journaliste Youssef Bouchikhi de France 2.

Revenant sur la genèse de cette histoire d’amour impossible où croyances et superstitions côtoient des questions sociétales bien réelles comme la discrimination, la polygamie ou encore le droit à la différence, Tahar Ben Jelloun a tenu à préciser qu’il n’écrivait pas pour "passer le temps", clin d’œil à Aragon.

Le romancier est quelqu’un qui fouille la société comme un archéologue, en décèle les strates les plus secrètes et parfois même les failles.

Ainsi, à travers l’histoire d’Amir le Blanc, commerçant enrobé de Fès, et de Nabou la Noire, jeune Peule de Dakar, l’auteur met en scène certaines situations où le racisme fait honte à l’humanité, se remémorant des épisodes qui ont marqué son enfance. "Lorsque j’avais 4 ou 5 ans, le frère aîné de mon père a ramené deux esclaves d’Afrique. C’était encore assez courant dans le Maroc des années 50 et ma tante a dû accepter de cohabiter avec une deuxième femme plus jeune qu’elle. Par la suite, je me souviens que mes petits cousins noirs, qui portent le même nom de famille que moi, ne prenaient jamais leurs repas avec nous et restaient cantonnés dans la cuisine avec les domestiques. Tout le monde trouvait cela normal".

tahar benjellou

Une discrimination quasi ordinaire que dénonce Tahar Ben Jelloun, expliquant qu’il existe une véritable pédagogie du racisme au sein de certaines familles et que la haine de l’autre ne tombe pas du ciel. Cette prise de position n’est pas sans rappeler sa récente tribune publiée dans le journal Le Monde, dans laquelle il pointait du doigt la responsabilité des parents de "ceux qui sèment la mort au nom du djihad"*. Enchaînant sur la question des migrants, l’écrivain-citoyen engagé a rendu un hommage appuyé à la politique du gouvernement marocain qui a su, en collaboration avec l’Espagne, démanteler une partie des réseaux de trafiquants d’êtres humains et régulariser plus de 20.000 Subsahariens.

Il existe toujours une violence à l’égard des Noirs dans la société marocaine.

"Un musulman cohérent ne devrait pas faire de distinction entre les hommes", a poursuivi l’auteur du Racisme expliqué à ma fille (Seuil), insistant sur l’importance de l’éducation et de l’école pour faire barrage à la bêtise avant de conclure: "le racisme est une dérive facile alors que respecter l’autre demande un effort".

*Tahar Ben Jelloun publiera en juin "Le terrorisme expliqué à ma fille" aux éditions du Seuil.

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