ALGÉRIE
26/03/2016 10h:44 CET | Actualisé 20/05/2016 09h:16 CET

Skikda, une petite ville sublimée par les toiles de maîtres

DR

Parfois les trésors les plus prestigieux se trouvent dans les endroits les plus improbables.

Qui croiraient que sur les murs de l’hôtel de ville de Skikda, se prélassent des tableaux d’illustres peintres ? Et pourtant la ville détient depuis l’époque coloniale un grand nombre d’œuvres de peintres de renommée mondiale.

Toutes ces œuvres, dont la ville de Skikda s’enorgueillit ont été acquise durant les vingt années de mandat de Paul Cuttoli, sénateur-maire de la ville pendant la colonisation française. Des acquisitions dues principalement à sa femme, Marie, une grande collectionneuse, connue du monde des Arts.

Cette grande dame, les Philippevilois ou les Skikdis, en parle avec beaucoup de tendresse. Ils l’appellent familièrement "Meriem Cuttoli". Elle était une amie de l’Algérie affirment souvent les vieux de la ville.

Elle a apporté son soutien à l’identité Algérienne, en valorisant le savoir-faire artisanal notamment l’art du tissage, dont elle maîtrisait. Elle fut l’instigatrice de l’ouverture de plusieurs ateliers de tissage pour permettre aux jeunes de la ville d’apprendre ce métier méthodiquement.

Si vos pérégrinations, vous mènent un jour à Skikda, n’oubliez pas de faire un saut à l’hôtel de ville. C’est une réelle visite de musée que vous vous offrirez. Vous y découvrirez des peintres et pas des moindres: Adam Styka, Charles Feola, Raphaëlli ou encore Maurice Lévis et bien d’autres signatures qui ornent les murs de l’hôtel de ville.

Le bureau du maire pour ceux qui l’ont visité est une véritable salle de Musée.

Mais le must de cette collection, sont les six tableaux de Maurice Utrillo.

Les six tableaux de Maurice Utrillo

Nouar Ahmed, un mathématicien citoyen de la ville et féru d’histoire. Dans un livre illustré intitulé "les peintures de l’hôtel de ville de Skikda", Ahmed a tenté de rétablir une partie de l’histoire de ces tableaux grâce aux archives communales auxquelles il a eu accès en tant que vice-président chargé de la culture à l’APC.

On peut découvrir dans ce livre, que Maurice Utrillo est fortement représenté. Trois gouaches sur papier ont été achetées le 12 juin 1933 pour la somme de 7 500FF, peut-on lire encore.

Les trois gouaches s’intitulent : Le moulin de la galette, Square Saint-Pierre et les Fortifications de paris.

Un autre tableau du même artiste, en l’occurrence, "la place de tertre sous la neige" a été acquis en 1933 également au prix de 10 000 FF. La même année sont achetées deux autres tableaux d’Utrillo au prix de 25 000FF, (église de Saint Bernard) et (usine aux gobelins).

Seulement les membres de l’association Utrillo, basé en France estiment que les titres ne correspondent pas aux tableaux. Selon leurs explications, "La place de tertre sous la neige" est en réalité "les fortifications". Les fortifications est "l’Eglise de Saint Bernard" et "l’église de Saint Bernard" est "Place Saint Pierre sous la neige ".

Pour l’anecdote en 1969, lors du festival panafricain d’Alger, le Musée des Beaux-Arts rouvre avec l’exposition des œuvres fraîchement récupérées de France après leurs transferts en 1962 à la suite du plasticage du Musée des Beaux-Arts par l’OAS.

Pour la même occasion, le Musée a reçu en prêt (le temps du festival) des tableaux de Maurice Utrillo propriété de la commune de Skikda.

Dans un article publié à l’occasion, un journaliste du "Monde" Péroncel Hugoz, estimait la valeur de l’un des tableaux de M. Utrillo à plus de 9.50 millions de francs Français de l’époque.

Des anecdotes

L’histoire de ces tableaux, c’est aussi l’histoire de grandes rencontres. Paul Cuttoli a conclu des acquisitions auprès des artistes eux-mêmes rencontrés à diverses occasions. Il rencontre Adam Styka le 20 septembre 1932 et lui achète le tableau Idylle Marocaine au prix de 6000 FF.

Le même jour le sénateur conclu avec le peintre Maurice Lévis, l’achat de deux œuvres "Haute vallée de la Sarthe" et "Bord de la Mayenne". Ils lui coûtèrent 8 500FF. Il acheta aussi à l’artiste Didier Pouget la toile "Le matin bruyère en fleur" au prix de 10 000 FF.

Il est à noter que cette prestigieuse collection, est aussi constituée d’un nombre de tableaux de peintre natif de la ville de Philippeville, l’ancien nom de Skikda. Charles Feola né dans la ville en 1917, lors d’une exposition en 1955 la municipalité lui achète deux tableaux "l’hôtel de ville" et "Place du tertre".

Il est aussi l’oncle de l’artiste Roland Irolle natif de Philippeville. Un inventaire de 1956 attribue à ce dernier le tableau "Place de marqué".

La ville doit aussi une série de tableaux à certains artistes peintres amateurs qui ont occupé des postes administratifs dans l’hôtel de ville. La ville de Skikda se souviendra d’eux particulièrement car ils lui ont rendu hommage à travers des tableaux représentants ses paysages et l’architectures de ses bâtisses à cette époque.

Pour n’en citer que quelques-uns : Jules Chabassiere qui fut conseiller municipal, la ville lui doit un tableau intitulé "Théâtre romain". Paul Rossi auteur du tableau "Port de Stora" a également été conseiller municipal.

D’autre tableaux de ce fond artistique restent anonymes, le manque de moyens et de connaissances sur l’entretien de ces trésors ont souvent été à l’origine de la disparition de signature de certains tableaux.

Malheureusement, ce trésor de l’hôtel de ville de Skikda a excité "la curiosité" de personnes peu regardantes sur les questions du patrimoine.

Des tentatives d’appropriation de certaines œuvre ont bien eut lieu, selon certains vieux Skikdis immédiatement après la guerre de libération nationale.

En l’absence d’un inventaire exhaustif des œuvres, inexistant apparemment durant la période coloniale, et non valorisé après l’indépendance, qui peut donc savoir combien d’œuvres ont disparu?

En tout état de cause, un inventaire officiel doit impérativement être réalisé afin d’éviter toutes tentatives de détournement et mettre ce patrimoine culturel à l’abri de toute prédation.

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