TUNISIE
25/03/2016 13h:46 CET | Actualisé 25/03/2016 14h:46 CET

Tunisie: La foire du livre, un succès annuel qui cache des problèmes du livre

People view uncensored books newly displayed in a Tunis book store, Tuesday, Jan. 25. 2011. Tunisia's so-called "Jasmine Revolution" has sparked scattered protests and civil disobedience in the Middle East and North Africa, and much of the world is watching to see how the birth pangs of Tunisian democracy play out. (AP Photo/Christophe Ena)
ASSOCIATED PRESS
People view uncensored books newly displayed in a Tunis book store, Tuesday, Jan. 25. 2011. Tunisia's so-called "Jasmine Revolution" has sparked scattered protests and civil disobedience in the Middle East and North Africa, and much of the world is watching to see how the birth pangs of Tunisian democracy play out. (AP Photo/Christophe Ena)

En Tunisie, 70% des lecteurs achètent leurs livres à la Foire, événement annuel dont la 32ème édition connaît le coup d’envoi, aujourd’hui même. L’engouement des Tunisiens pour le livre durera donc une semaine avant de s’estomper en attendant l’édition d’après. Car les chiffres le disent: en 2015, ils n’avaient été que 12% à avoir lu un livre en entier.

"Cet intérêt occasionnel pour le livre est dangereux", déclare au HuffPost Tunisie, Mohamed Salah Maalej. Le président de l’Union des Editeurs tunisiens voit, en l’aspect annuel de pareils événements, le mal et le symptôme d’un dysfonctionnement qui se situe à des niveaux divers dans ce secteur.

"La relation de l’auteur au lecteur est régie par une chaîne à maillons multiples. Et quand un des maillons est inexistant ou défaillant, la distanciation avec le livre est évidente.", commente Mohamed Salah Maalej. Il pointe, notamment, le manque d’accessibilité voire le nombre très réduit de "librairies spécialisées qui sont à distinguer des papeteries de quartier". Avec pareille "défaillance", la foire devient, aussi bien pour l’acheteur que pour l’éditeur, l’occasion pour combler ce vide dans la chaîne du marketing du livre.

1500 parutions tunisiennes par an essaient, en effet, de trouver place dans les rayons des libraires et ensuite entre les mains des lecteurs tunisiens. "Un chiffre qu’on pourrait voir quintupler, si tous les moyens étaient mis pour", regrette le président de l’UET. "Certains livres, même édités à 500 exemplaires se retrouvent invendus et quand on pense à les promouvoir dans les médias, ils sont considérés comme des produits commerciaux ordinaires et les budgets à prévoir, dans ce sens, ne correspondent aucunement à la réalité du marché", ajoute Mohamed Salah Maalej.

Le spécialiste du livre invoque une stratégie globale pour dynamiser un secteur qui a été en récession depuis trop longtemps. "Nous ne manquons pas d’idées mais notre lecture de l’avenir du livre en Tunisie devrait être soutenue par une volonté générale, celle de tout un pays", précise-t-il. La fidélisation du "petit lecteur" à travers le réseau éducatif, la réhabilitation des bibliothèques scolaires, et la mise en place de "l’habitude familiale" sont parmi les solutions proposées pour contrer cette passivité face à la lecture.

Le Tunisien lirait, d’après un bilan de l’UET, 3 minutes par an. Une moyenne nationale alarmante quant à la vitalité de plusieurs secteurs en relation avec le livre comme l’écriture, l’édition et la distribution. Toutefois, cette tendance tendrait à connaître "une légère amélioration" dans les taux d'achats des livres et dans les pourcentages de ceux qui ont lu un ouvrage au moins durant les 12 derniers mois", déclare, au HuffPost Tunisie, Nebil Belaam, directeur d’Emrhod Consulting, bureau d’Etude de marchés nord-africain qui finalise un sondage consacré au livre en Tunisie. "Le bilan est meilleur, il n'en demeure pas moins que, globalement, le déficit est flagrant", conclut-il.

En attendant une réforme structurelle de la part des ministères habilités à donner vie au livre en Tunisie et le regain d’intérêt collectif de la part de ceux qui ont cessé de lire ou qui ne l’ont jamais fait, le marketing du livre se vit en Tunisie sur le "mode passion" par plusieurs auteurs, éditeurs et libraires. Que le même mode se généralise sur le lectorat tunisien, tel est le vœu pieux des acteurs d’un secteur qui connaît sa semaine de gloire du 25 mars au 3 avril, le temps d’une foire, au Palais des Expositions du Kram.

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