21/03/2016 10h:07 CET | Actualisé 21/03/2016 10h:07 CET

Samir: La liquidation judiciaire, et après?

Samir: La liquidation judiciaire, et après?
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Samir: La liquidation judiciaire, et après?

INDUSTRIE - Depuis août 2015, date à laquelle la Société anonyme marocaine de l'industrie du raffinage (Samir) a stoppé ses activités, son principal actionnaire, le milliardaire saoudien Mohammed Al Amoudi, joue la montre, tergiverse, promet puis menace, alternant discours rassurants puis disparitions pendants plusieurs semaines.

Aujourd'hui, le scénario du pire est arrivé: le tribunal de commerce de Casablanca a prononcé, ce lundi 21 mars, la liquidation judiciaire de la Samir.

Comme l'explique le site d'informations Médias 24, "tout en prononçant la liquidation judiciaire, le tribunal a autorisé la continuation de la société pendant une période de trois mois, à compter de ce jour 21 mars. En d'autres termes, l'activité prendra fin le 20 juin 2016".

La raffinerie peut aussi "faire appel de cette décision au cours d'un délai de dix jours. L'exécution de la mise en liquidation est immédiate, mais elle peut être stoppée par une procédure d'appel", toujours selon Médias 24. Mais en attendant d'y voir plus clair, le scénario du pire reste plus que jamais envisageable.

Une société cotée en bourse

La capitalisation boursière de la Samir s'élève à un peu plus de 1,5 milliards de dirhams, répartis en près de 12 millions de titres.

Pour ceux qui détiennent des actions de la société cotée à la Bourse de Casablanca depuis 1996, les conséquences peuvent être dramatiques. "Au Maroc, la procédure de liquidation est très compliquée et entourée de beaucoup d’incertitudes. Si l’on détient des actions dans une société qui fait faillite, il est difficile de récupérer ses actions, et c’est l’un des points noirs qui pénalisent l’investissement au Maroc, comme le souligne le rapport de Doing Business", nous expliquait récemment l’économiste Hicham Moussaoui.

Une ardoise lourde

La Samir est une entreprise très lourdement endettée auprès du secteur bancaire national et international. Sa dette globale culmine 42 milliards de dirhams. Mais le raffineur est aussi redevable envers les fournisseurs et l’Etat.

Selon toute logique, l’Etat devrait déclencher une procédure de saisie pour rembourser les créanciers. Voilà pour la théorie. Mais dans la pratique, "il existe un problème de structure juridique au Maroc, qui fait que les lois ne sont pas assez flexibles pour protéger les investisseurs. Les créanciers auront ainsi du mal à récupérer leur mise initiale", estime un économiste marocain qui suit de près le dossier la Samir.

Pour les banques, la liquidation de la raffinerie de Mohammedia pourrait augmenter leurs créances en souffrance. Elles pourraient donc être pénalisées, tout comme l’Etat en tant que créancier.

Et ce n'est pas tout: au final, l'ensemble de l'écosystème de la Samir pâtirait de la déroute du raffineur. "Que ce soient les distributeurs ou les intermédiaires, tous ceux qui ont des contrats avec l’entreprise seraient pénalisés", ajoute notre source.

L’approvisionnement local menacé?

Voilà un autre point éminemment sensible. Depuis la défaillance de la Samir, les autorités publiques n’ont eu de cesse de répéter que "toutes les mesures on été prises pour assurer l'approvisionnement normal du marché national en hydrocarbures", dixit le ministre de l’Energie et des mines Abdelkader Amara. Mais qu’en sera-t-il si la Samir venait à disparaitre?

Certains estiment que l’industrie de raffinage est trop stratégique pour être abandonnée. C’est le cas de Houcine El Yamani, pour qui “le Maroc doit sauvegarder le site de raffinage pour sécuriser ses besoins énergétiques, car si l’on dépend uniquement des importations, la situation serait grave en cas d’inflation".

D’autres, en revanche, insistent sur le fait que les importateurs marocains sont capables de répondre aux besoins du marché. Contacté par le Huffpost Maroc, Adil Ziadi, président du Groupement des pétroliers du Maroc (GPM), souligne que l’approvisionnement local se fait de manière fluide et sans aucun problème dans l’ensemble du territoire. “Les opérateurs sont organisés avec le ministère de l’Energie et des mines pour assurer l’ensemble de l’approvisionnement", rassure-t-il.

Les salariés à la rue

À peine la décision de la liquidation judiciaire de la Samir prise, les syndicats sont montés au créneau pour exprimer leurs inquiétudes. Car sur le plan social, quelques 960 emplois sont en jeu. Si les autorités publiques s'étaient engagées à protéger les intérêts des salariés, il parait évidemment que l’Etat ne pourra pas payer les salaires des employés de la Samir.

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