TUNISIE
17/03/2016 15h:48 CET | Actualisé 17/03/2016 16h:49 CET

Tunisie: Un reportage de la chaîne Al Hiwar Ettounsi sur l'homosexualité interdit aux moins de 18 ans

HOMOSEXUALITÉ - Un reportage de la chaîne Al Hiwar Ettounsi consacré à l'homosexualité a été diffusé dans le cadre de l'émission "Klem Enness" mercredi soir.

Dès le début du reportage l'apparition d'une signalétique "-18" ans attire l'attention, alors qu'on n'y fait que recueillir des témoignages, comme celui d'un imam de la mosquée Zitouna, Jaâfar Cherif:

"C'est une maladie, comme lorsque quelqu'un tombe malade, il va se faire soigner chez un médecin. Cette maladie doit être traitée avec douceur, indulgence et conseils. Il ne faut pas que l'on refuse quelque chose qui a lieu dans notre société et dans nos familles", a-t-il asséné.

L'homosexualité interdite au moins de 18 ans?

Hichem Snoussi, membre du conseil à la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA), contacté par le HuffPost Tunisie, a fait part de son incompréhension: "La signalétique '-18' ans n'existe pas en Tunisie. Celle-ci est utilisée habituellement pour les contenus à caractères pornographiques. Dans notre signalétique on arrive jusqu'au '-16' ans pour les contenus violents par exemple et qui touchent aux droits de l'enfant."

Pour El Hiwar Ettounsi, parler d'homosexualité serait-il considéré comme pornographique?

"Ce n'est pas un tabou de parler d'un tel sujet à la télévision s'il s'agit de rapporter des faits, de les discuter avec des sociologues ou des médecins", rétorque M. Snoussi.

Autre interrogation: l'homosexualité est-elle un sujet qui doit être interdit aux enfants?

Lotfi Laâmari, rédacteur en chef de l'émission, répond au HuffPost Tunisie: "Je ne veux pas que les enfants regardent (ce reportage) sur l'homosexualité. Il y avait des propos et des mots violents".

Pour lui, ce choix est basé sur "le code de la protection de l'enfant qui définit l'enfant comme toute personne âgée de moins de 18 ans".

Pressions, perversion, Islam et dépistage anal

Le reportage revient sur l'affaire des six condamnés pour pratiques homosexuelles arrêtés et jugés à Kairouan, après avoir subi un test anal. Il aborde la question de l'homosexualité en donnant la parole à l'une des personnes accusées, visage masqué, puis à Ahmed Ben Amor, vice président de l'association Shems pour la dépénalisation de l'homosexualité, et enfin à des passants, sur le modèle du micro-trottoir.

Au fil des témoignages le discours se veut de plus en plus virulent. Sur les quatre témoignages recueillis par la chaîne, tous affichent leur homophobie:

"C'est de la grande perversion et si cela se répand, ce sera catastrophique", affirme le premier.

Un deuxième, à qui Islam et liberté semblent deux concepts incompatibles, est plus sévère: "Leurs libertés individuelles? Ils n'ont qu'à aller vivre dans un pays libre. Nous sommes un pays musulman", a-t-il lancé. "S'il y a le moindre doute qu'ils se fassent dépister, je n'ai aucun problème avec ça (le teste anal)".

Une troisième personne affirme quant à elle "ne pas tolérer" les homosexuels: "Qu'on leur applique la loi. Nous sommes tous contre cette histoire. Cela ne nous arrange pas que ce genre de choses se passent dans notre pays".

Enfin, un dernier passant explique la décision de la Cour d'appel de Sousse (abaisser les peines de 6 ans à un mois de prison et d'enlever la peine de "bannissement de la ville") par des pressions: "Le Tribunal de première instance prend une décision puis revient dessus, pourquoi? Qu'est ce qui s'est passé? Quelles sont les pressions qui l'a amené à revenir dessus?".

Interrogé à ce sujet par le HuffPost Tunisie Ahmed Ben Amor, vice-président de l'association Shams, qui lutte pour la dépénalisation de l'homosexualité, dénonce "une pièce de théâtre, bien jouée et bien manipulée", que ce soit au niveau du reportage ou d'un débat lancé sur le plateau.

"Ce n'est pas la même chose de prendre des témoignages au quartier de Lafayette à la sortie des administrations, et de les prendre devant une faculté par exemple" affirme t-il.

Le vice président de Shams dit ne pas comprendre autant de ressemblance dans les points de vue, en une seule enquête: "Tout le monde ne pense pas comme ces gens, sinon d'où viennent toutes les personnes qui nous soutiennent?", s'est-il interrogé.

Quant au débat de "Klem Ennes", "il n'a fait qu'attiser la haine vis à vis de la communauté homosexuelle" selon lui, sans offrir une discussion de fond.

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