ALGÉRIE
12/03/2016 04h:09 CET | Actualisé 12/03/2016 04h:20 CET

Affaire Hezbollah: Alger, Beyrouth et Baghdad refusent de suivre Ryad

FILE -- In this Jan. 10, 2016 file photo, Arab foreign ministers attend an emergency Arab League session in Cairo, Egypt. On Friday, March 11, 2016, Egypt’s state news agency says the Arab League has formally branded Lebanon’s militant Hezbollah group a terrorist organization. The vote aligns the 22-member league behind Saudi Arabia and the Saudi-led bloc of six Gulf Arab nations which made the same move earlier this month. However, the Saudi ambassador in Cairo, Ahmed Qattan, told the
ASSOCIATED PRESS
FILE -- In this Jan. 10, 2016 file photo, Arab foreign ministers attend an emergency Arab League session in Cairo, Egypt. On Friday, March 11, 2016, Egypt’s state news agency says the Arab League has formally branded Lebanon’s militant Hezbollah group a terrorist organization. The vote aligns the 22-member league behind Saudi Arabia and the Saudi-led bloc of six Gulf Arab nations which made the same move earlier this month. However, the Saudi ambassador in Cairo, Ahmed Qattan, told the

Dans la foulée des ministres de l’intérieur et sous la pression de l’Arabie saoudite et des pays du Golfe, la 145e session des ministres des affaires étrangères de la ligue arabe a classé le Hezbollah comme une "organisation terroriste".

Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, réuni vendredi au Caire dans le cadre de sa 145ème session, a classé le mouvement libanais Hezbollah, reconnu par Beyrouth, "organisation terroriste". L’Algérie, l’Irak et le Liban, directement concerné puisqu’il s’agit d’un mouvement qui est membre du gouvernement qui est mis à l’index, ont une nouvelle fois refusé de suivre l’Arabie saoudite .

Sur un ton très diplomatique mais assez clair pour ne pas déplaire aux pays du Golfe, le ministre algérien des Affaires maghrébines, de l'Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel a fait valoir que la décision n’est pas conforme à la légalité internationale.

Les résolutions onusiennes et les des organisations terroristes établies par l'ONU "n'incluent pas les composantes politiques reconnues aux niveaux national et international et présentes sur la scène sociopolitique nationale".

La déclaration de M.Messahel confirme clairement que l’Algérie n’a pas validé la décision prise et lève l’équivoque entretenue par un responsable du Bahreïn, Wahid Moubarak Sayar, qui a déclaré que le Liban et l’irak ont émis "des réserves" et l'Algérie a fait des "remarques".

En fait, il ne s’agit pas d’une simple remarque mais d’un refus d’endosser une mesure de nature à mettre la pression sur le Liban autour d’une de ses principales composantes.

L’Algérie, pays à dominante sunnite, a constamment refusé de s’impliquer dans les clivages sectaires entretenus par les pays du Golfe pour faire pendant à l’Iran depuis le succès de la révolution islamique en Iran.

Le nouveau roi saoudien et son fils qui dirige l’armée mènent une politique plus agressive avec une implication directe dans la guerre au Yémen et un soutien multiforme à l’opposition syrienne. Ce raidissement s’est élargi au Liban avec des pressions économiques (appel aux ressortissants du Golfe à quitter le pays et à ne pas s’y rendre), annulation d’un méga-contrat pour l’armement de l’armée libanaise…

Ryad cherche, selon certains analystes, à pousser le Liban vers le clash et met la pression sur ses alliés traditionnels au Liban pour en découdre avec le Hezbollah. Un choix irréaliste. Les pressions, assimilées par une bonne partie des libanais comme un "chantage", servent au contraire le Hezbollah.

Sans compter que les fragiles équilibres libanais négociés justement en Arabie saoudite, à travers les accords de Taëf, risquent de voler en éclat dans une confrontation intercommunautaire. D’où d’ailleurs, l’insistance répétée de l’Algérie sur le fait que le statut particulier du Hezbollah au Liban est une affaire à régler entre libanais.

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Le ministre libanais des affaires étrangères, Gebran Bassil, sur une tonalité moins offensive que le ministre de l’intérieur libanais après la résolution prise à Tunis, a souligné que le Hezbollah "a une large représentativité et il est une composante importante au Liban". Il a indiqué que les réserves du Liban sont motivées par "la non-conformité de la décision avec le traité arabe pour la lutte anti-terroriste".

Vendredi dans la matinée, la délégation saoudienne s'était brièvement retirée des discussions des ministres arabes pour protester contre des propos du ministre irakien des Affaires étrangères Ibrahim al-Jaafari, refusant la qualification du Hezbollah comme "terroriste". Plus tard au micro de la chaîne égyptienne CBC Extra, M. Jaafari a loué le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, "qui fait face au terrorisme et à Israël avec courage".

Début mars, les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) -Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Koweït, Emirats arabes unis, Oman-, toutes membres de la Ligue arabe, avaient pris la décision de classer le Hezbollah, qu'elles accusent de servir de tête de pont à l'Iran, comme "terroriste".

Les ministres arabes de l'Intérieur, réunis à Tunis et à l'exception de celui du Liban, avaient alors apporté leur soutien au CCG, condamnant "les pratiques et les actes dangereux du Hezbollah terroriste (...)".

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Tensions régionales

Le Hezbollah, ou "parti de Dieu", a été créé par les Gardiens de la révolution iraniens dans les années 1980. Financé par Téhéran et poids lourd du gouvernement libanais, il est le seul parti à ne pas à avoir déposé les armes après la guerre civile libanaise (1975-1990). Les Etats-Unis, le Canada et l'Australie considèrent également ce mouvement comme "terroriste". Sa branche armée a été classée comme telle par l'Union européenne.

La décision de la Ligue arabe intervient alors que les relations sont au plus bas entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, qui s'affrontent indirectement sur plusieurs fronts.

En Syrie, Riyad soutient ainsi les rebelles face au régime de Bachar el-Assad, grand allié de Téhéran, et au Yémen, le royaume saoudien lutte contre les rebelles chiites Houthis, soutenus par l'Iran. La tension est montée d'un cran début janvier avec le saccage de l'ambassade saoudienne à Téhéran par une foule en colère, en représailles à l'exécution du dignitaire chiite saoudien Nimr al-Nimr, une figure de l'opposition en Arabie saoudite.

Riyad et Manama avaient alors rompu leurs relations diplomatiques avec Téhéran, les Émirats arabes unis décidant de les réduire. Le Koweït avait rappelé son ambassadeur à Téhéran tandis que le Qatar et Oman avaient condamné l'attaque contre la représentation saoudienne.

En février, peu avant que les monarchies du Golfe déclarent le Hezbollah comme "terroriste", Riyad avait demandé à ses ressortissants de quitter le Liban et suspendu des programmes d'armements de quatre milliards de dollars (3,6 milliards d'euros) au profit de Beyrouth, sanctionnant aussi des sociétés liées au mouvement chiite libanais. Les autres monarchies du CCG, à l'exception d'Oman, avaient demandé à leurs citoyens de faire de même.

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